Doit-on s’attendre à un «désastre» économique?

Québec s’apprête à annoncer mercredi le maintien de la fermeture des «commerces non prioritaires» et le retour du confinement de l’industrie de la construction et du secteur manufacturier. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Québec s’apprête à annoncer mercredi le maintien de la fermeture des «commerces non prioritaires» et le retour du confinement de l’industrie de la construction et du secteur manufacturier. 

Un deuxième grand confinement au Québec ne sera peut-être pas le « désastre » économique déjà évoqué par le gouvernement Legault, à condition qu’il permette de reprendre le contrôle de la pandémie de COVID-19 et qu’il s’accompagne d’une aide suffisante aux entreprises et aux travailleurs touchés. Mais il fera quand même plus mal que si on avait agi plus tôt et de manière plus décisive.

À la mi-septembre, le gouvernement Legault brandissait le spectre économique d’un nouveau confinement comme celui imposé durant le printemps dernier pour inciter les Québécois à suivre les consignes de la santé publique et expliquer sa réticence à les assouplir plus vite. « Au niveau économique, s’il y avait un autre confinement comme on l’a vécu au printemps, ce serait un désastre », avait déclaré le ministre de l’Économie et de l’innovation, Pierre Fitzgibbon. « On ne veut pas ça cet automne, ça serait catastrophique », avait renchéri le même jour le premier ministre, François Legault.

Or, tout indiquait mardi qu’en raison de l’augmentation de la propagation du virus, Québec s’apprête notamment à annoncer mercredi non seulement le maintien de la fermeture des « commerces non prioritaires » en vigueur depuis le 25 décembre, mais peut-être aussi le retour du confinement de l’industrie de la construction et du secteur manufacturier — à l’exception de ses éléments jugés essentiels, comme les abattoirs et la transformation alimentaire — comme au printemps.

La nouvelle a été reçue avec inquiétude et frustration par les milieux d’affaires. « Pourquoi, avant les Fêtes, le premier ministre a-t-il dit qu’il ne fermerait pas le secteur manufacturier ? Pourquoi, aujourd’hui, se retrouve-t-on dans une situation où on doit le faire ? » se demande Véronique Proulx, p.-d.g. de Manufacturiers et Exportateurs du Québec, qui craint que cette interruption se traduise par la perte à long terme de clients au profit de concurrents étrangers.

Sorties exsangues du premier grand confinement, la moitié des PME disaient en août qu’elles ne survivraient pas à un deuxième, prévient Francis Bérubé, analyste principal des politiques à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante. Pour leur permettre de passer au travers, les gouvernements devront non seulement reconduire et simplifier leurs politiques d’aide du printemps, mais remplacer leurs offres de prêts par des subventions, dit-il. « La capacité d’endettement des PME a atteint sa limite. »

Occasion ratée

« Quel dommage ! » dit Pierre-Carl Michaud. Le professeur d’économie de HEC Montréal était l’un des auteurs d’une lettre ouverte signée par 80 experts en santé publique et en économie qui, au début du mois de décembre, pressaient le gouvernement Legault de profiter du temps des Fêtes pour remettre sans plus attendre le Québec sur pause afin de casser le retour du virus. À la place, on a attendu, pour finalement accoucher « de demi-mesures pas claires et plus ou moins suivies », se désole-t-il.

La capacité d’endettement des PME a atteint sa limite

 

« Ce sont les milieux d’affaires qui réclament ce genre de compromis, note l’expert. La science économique dit, au contraire, qu’il faut frapper vite et fort tout en offrant le soutien nécessaire aux entreprises afin de leur permettre de rebondir rapidement une fois le confinement terminé, parce qu’il ne peut pas y avoir d’économie sans reprise de contrôle de la pandémie. On a raté l’occasion que nous offrait le temps des Fêtes. Cela nous forcera à frapper encore plus fort et probablement plus longtemps à un moment où tout le monde était censé revenir de congé. »

Lumière au bout du tunnel

On pourrait malgré tout ne pas si mal s’en sortir, dit Sylvain Giguère, économiste en chef de la Communauté métropolitaine de Montréal. Le retour à un grand confinement serait bien sûr « une mauvaise nouvelle » comportant des risques importants, notamment pour le secteur manufacturier. Mais, contrairement à la première fois, l’arrivée de vaccins laisse entrevoir une fin à la pandémie.

De plus, la première vague a montré comment plusieurs entreprises ont su rebondir rapidement dès le pire de la crise passé, poursuit-il. C’en était au point où l’emploi, en novembre, dans la grande région de Montréal, n’accusait plus qu’un retard de 1 % par rapport à son niveau d’avant la pandémie. Certaines industries, entre autres dans la fabrication de produits informatiques, de machines et de plastiques, en ont même profité pour croître à la faveur, notamment, de la main-d’œuvre rendue disponible par d’autres secteurs en difficulté. « L’économie métropolitaine affiche une belle résilience parce qu’elle est l’une des plus diversifiées des grands centres en Amérique du Nord. »

Avec Clémence Pavic

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