Les entreprises gagnantes de la pandémie

Depuis le début de la pandémie, 10 entreprises ont mis la main sur plus de la moitié des contrats d’équipements de protection individuels du gouvernement du Québec.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Depuis le début de la pandémie, 10 entreprises ont mis la main sur plus de la moitié des contrats d’équipements de protection individuels du gouvernement du Québec.

Depuis le début de la pandémie, 10 entreprises ont mis la main sur 60 % des contrats d’équipements de protection individuels du gouvernement du Québec, selon les données compilées par Le Devoir.

Cette poignée d’entreprises a engrangé 1,8 milliard des 3 milliards de dollars que totalisent les 669 contrats d’approvisionnement conclus avec 140 fournisseurs depuis la mi-mars. Ces compagnies œuvrent essentiellement dans le commerce de gros, dans l’importation et l’exportation et, dans une moindre mesure, dans la fabrication d’équipements et de vêtements de protection.

C’est la montréalaise SMI International qui, avec 59 contrats, a engrangé les revenus les plus importants : plus de 390 millions de dollars. Cela représente 13 % de la valeur totale de ce qui a été octroyé depuis la mi-mars. SMI International a fourni au réseau de la santé des gants de protection, des masques et des embouts de pipette.

    

L’entreprise Supermax Healthcare Canada — détenue par des intérêts québécois et malaisiens — arrive bonne deuxième en récoltant 330 millions de ces contrats. Elle n’a pas eu à diversifier ses activités, explique Sylvain Bergeron, propriétaire et vice-président : « Pour bien des commandes, nous avons pu compter sur notre propre production, les produits faisaient déjà partie de notre catalogue parce que nous sommes dans le secteur. »

Et en effet, spécialisée dans la fabrication de gants destinés au secteur médical, Supermax a étendu sa production à d’autres équipements de protection au fil des ans. L’entreprise est allée chercher près de 30 % de la valeur totale des contrats conclus pour des blouses, ce qui lui a rapporté 240 millions.

Évolution dans le temps

Se sont greffés au fil des semaines des fabricants dont les activités sont éloignées du secteur de la santé et du commerce de gros. Dès la fin du mois de mars, le fabricant d’équipement de hockey Bauer a décroché un premier de cinq contrats qui lui ont rapporté 3,2 millions.

    

À partir de la mi-avril, des entreprises du vestimentaire et de la mode ont fait leur apparition. Les chiffres compilés par Le Devoir révèlent que leur présence est restée somme toute marginale. Quatre entreprises bien connues du public — Tristan, Canada Goose, Gildan et Tricot Liesse — ont récolté 22,5 millions de dollars.

Ces contrats ont toutefois permis à certaines d’entre elles d’éviter le pire. Tristan a jusqu’à présent engrangé des revenus de 8,9 millions grâce à la confection et à la fabrication de blouses et de masques.

« Au début de la pandémie, on s’est fait retirer notre marge de crédit. Pour nous, c’est devenu une guerre de liquidités et le médical nous a permis d’aller chercher ce qui était nécessaire pour nous rendre jusqu’à aujourd’hui », dit Lili Fortin, présidente de Tristan.

Elle indique que Tristan a même envisagé de développer ce nouveau créneau : « En fait, le médical aurait pu devenir une division d’affaires permanente si on avait un engagement du gouvernement ou d’un client pour une production locale. Seulement, en période de crise, ça semble être plus difficile de planifier du plus long terme quand on a de la difficulté à prévoir demain. »

Si les données font état de 669 contrats, force est de constater que le nombre de commandes est moins élevé, car les organismes publics les ont en fait fractionnées. Par exemple : le 3 avril dernier, le CHU de Québec-Université Laval a octroyé six contrats d’une valeur totale de 70 millions au Groupe VSLG pour la fabrication et la livraison d’un même produit, des blouses médicales.

    

Sylvain Bergeron, propriétaire de Supermax Healthcare, explique que ces contrats sont l’équivalent de bons de commande : « Sur le plan logistique, c’est plus facile à gérer qu’une seule et grosse commande. »

Parmi les fournisseurs d’équipement, on retrouve une entreprise de transport : le Groupe Robert. L’entreprise qui détient une flotte de 13 000 véhicules est devenue dès les premiers jours de la première vague la pierre angulaire de la chaîne de distribution d’équipements de protection.

« Depuis le mois de mars, on travaille étroitement avec le gouvernement du Québec pour assurer l’entreposage et le transport des équipements de protection », explique Isabelle Robert, directrice marketing et communications. « Les fournisseurs qui sont mandatés par le gouvernement livrent le matériel chez nous, dans nos entrepôts. Et c’est de là qu’on redistribue dans les établissements du réseau de la santé. »

Ces contrats, qui ont permis à Groupe Robert d’engranger 8,6 millions de dollars, ont également servi de garde-fou aux ralentissements dans d’autres secteurs comme le manufacturier et la construction. 

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