Quel avenir pour le transport collectif?

La station de métro Berri-UQAM désertée
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La station de métro Berri-UQAM désertée

« Le métro n’est pas vide, mais il y a moitié moins de monde » constate Elisabeth, qui continue de se rendre quelques jours par semaine à son lieu de travail, situé près de la station Atwater. « Le soir, à la station Lionel-Groulx, il arrivait souvent que les quais soient bondés et que les wagons soient déjà pleins. Ce n’est plus le cas maintenant. J’arrive toujours à avoir une place assise. »

Le reste de la semaine, Elisabeth travaille à distance. Comme elle, depuis la fin du mois de mars, de nombreux employés travaillent à partir de leur domicile, en multipliant les rencontres Zoom ou Teams, et cela a des implications profondes sur l’organisation urbaine et les réseaux de transport.

Même si une partie des usagers sont retournés dans les transports en commun, ces derniers continuent de faire face à des baisses d’achalandage majeures à cause du télétravail, de l’enseignement à distance et de la fermeture de plusieurs services, souligne Florence Junca-Adenot, professeure associée au Département d’études urbaines et touristiques de l’UQAM.

Chute de l’achalandage

La Société de transport de Montréal (STM) a fait face à une chute drastique de 90 % de l’achalandage sur son réseau durant la première vague. La réouverture partielle de l’économie a toutefois permis le retour d’une partie des passagers. En date du 20 novembre, la société avait recouvré 34 % de son achalandage régulier, ce qui représente tout de même une perte de 66 % par rapport à l’an dernier.

La société de transport, qui vient de déposer son budget pour 2021, a été plongée dans une crise financière importante en raison de la perte de revenus liée à la baisse d’achalandage et des nouvelles dépenses engendrées par la mise en place des mesures sanitaires. Pour la période allant de 2020 à 2022, cela représente un manque à gagner de 276 millions de dollars. « C’est majeur », explique Luc Tremblay, directeur général de la STM. « Même au plus fort de la crise, on n’a pas eu le choix de continuer à donner notre plein service alors qu’on n’avait presque pas d’usagers. »

En septembre, Ottawa et Québec ont accordé une aide financière de 1,2 milliard de dollars aux organismes et aux sociétés de transport collectif du Québec pour leur permettre de continuer à fournir leurs services. Toutefois, Mme Junca-Adenot croit que les sociétés de transport en commun vont avoir besoin de nouvelles sources de financement.

« Pour le moment, les pertes sont compensées en partie par des contributions gouvernementales, mais si les baisses d’achalandage se maintiennent, les sociétés de transport vont avoir besoin de revenus supplémentaires pour ne pas avoir à trop couper dans leurs services. »

La pandémie n’a fait qu’accélérer le problème financier du transport collectif, selon Luc Tremblay. « Ça ne tenait plus la route, avant même la COVID-19. Un déficit structurel pointait déjà à l’horizon. »

Dans la région métropolitaine de Montréal, près du tiers des sources de revenus du transport collectif proviennent des recettes tarifaires des usagers, alors que le reste du financement provient principalement des subventions gouvernementales et des contributions municipales.

 

Dans un contexte de perte d’achalandage, la recherche de nouveaux mécanismes de financement devient d’autant plus essentielle pour permettre le maintien et le développement du transport collectif.

Luc Tremblay reconnaît que les gouvernements sont généreux au chapitre de l’acquisition d’immobilisations, comme l’achat d’autobus ou de trains et les travaux de rénovation, mais qu’ils sont moins présents en ce qui a trait à l’exploitation.

« Ça nous prend de nouvelles sources de revenus », explique celui qui nie toutefois recourir à des hausses de prix au-delà de l’inflation pour les usagers. « Cela découragerait les gens de retourner dans le transport collectif alors qu’on veut les ramener. »

L’autorité régionale de transport métropolitain propose des solutions sur sa plateforme interactive Parlons mobilité.

Par exemple, les réseaux de New York, de Washington et de Londres bénéficient de redevances de développement, un mécanisme qui implique une contribution financière de la part des promoteurs immobiliers dont les projets profitent de la proximité avec un service de transport en commun.

À Paris, une partie des montants des contraventions routières est destinée au transport collectif.

L’après-COVID

Des défis à long terme guettent les sociétés de transports en commun. Après la pandémie, que se passera-t-il si certains passagers ne reviennent jamais ? Au Canada, environ 40 % des emplois peuvent être exercés en télétravail, selon Statistique Canada.

« Il est fort probable que les tendances de fond demeurent, croit Florence Junca-Adenot. Il y aura sûrement une certaine partie d’employés qui continueront de travailler à distance. Cela va avoir un effet sur la congestion dans les heures de pointe. S’il y a moins de congestion, les gens vont-ils prendre le transport collectif ou vont-ils reprendre leur voiture ? » se demande la professeure à l’UQAM. « On n’a pas le choix de faire des efforts quant à l’offre en transport collectif, car le secteur des transports demeure la principale source d’émissions de gaz à effets de serre au Québec. Ce ne sont pas seulement les voitures électriques qui vont régler le problème. »

Il y aura sûrement une certaine partie d’employés qui continueront de travailler à distance. Cela va avoir un effet sur la congestion en heure de pointe.

 

À la STM, on ne s’attend pas à un retour à la normale avant 2022. Toutefois, la baisse de l’achalandage liée à la pandémie ne doit pas remettre en cause les projets de développement, croit Luc Tremblay.

« Si on veut ramener de l’achalandage, il faut qu’il y ait de l’offre de service. Quand le maire Drapeau a lancé la construction du réseau de métro à Montréal, il a pensé 60 ans à l’avance. Le REM et le prolongement de la ligne bleue, ce sont des projets qui vont nous permettre d’attirer de la nouvelle clientèle. Les gens vont revenir dans les transports collectifs, j’en suis convaincu. »

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Une version précédente de cet article, qui ne tenait pas compte de la bonification de l’aide financière accordée en septembre aux sociétés de transport, a été modifiée.