Les Québécois investissent toujours plus vert et social

La composition des portefeuilles responsables fait que les secteurs comme ceux du pétrole et du gaz sont moins présents.
Photo: Frank Gunn La Presse canadienne La composition des portefeuilles responsables fait que les secteurs comme ceux du pétrole et du gaz sont moins présents.

Les Québécois placent et investissent de plus en plus leur argent dans des entreprises considérées comme vertes, sociales ou bien administrées. La part de la finance responsable est passée de 50 % en 2016 à 68 % au 31 décembre 2019, selon le Portrait 2020 de la finance responsable au Québec publié par l’Institut de recherche en économie contemporaine mercredi.

En colligeant les informations de 90 organisations financières québécoises, le chercheur Hubert Rioux a tout d’abord recensé un total de 36,7 milliards de dollars en investissement responsable direct auprès des entreprises pour 2019, une croissance de 162 % depuis 2016.

En voici un exemple. Les Ateliers transition, à Saint-Hyacinthe, ne pourraient pas faire travailler une cinquantaine de personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale, en processus de réinsertion sociale, sans le soutien de certains grands partenaires financiers. Il y a environ deux ans, l’entreprise a dû déménager et acquérir du nouvel équipement, un projet de 1,2 M$. L’apport d’Investissement Québec, de Desjardins Entreprises, de la Fiducie du Chantier de l’économie sociale et du Réseau d’investissement social du Québec, entre autres, a été crucial.

« Aujourd’hui, il y a des retombées économiques », affirme Yves St-Arnaud, directeur général de cette entreprise qui fait de l’emballage et de l’assemblage de divers produits, de même que du déchiquetage de documents confidentiels.

« La semaine dernière, un travailleur nous a quittés pour un stage dans une autre entreprise, où il a la possibilité d’obtenir un poste permanent. Un autre est parti pour terminer son secondaire », poursuit-il, ajoutant que son entreprise va éventuellement rembourser le tout avec intérêts, au bénéfice de ses investisseurs.

Ce genre de projet d’affaires à vocation sociale, les organisations financières du Québec en sont de plus en plus friandes. Celles qui sont jugées comme positives sur le plan environnemental le sont tout autant. L’entreprise de bornes de recharge pour véhicules électriques AddÉnergie a obtenu, à la fin octobre, un financement de 53 M$ pour accroître son réseau, notamment aux États-Unis. Parmi les investisseurs se trouve la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ).

Ce soutien est « fondamental » pour prendre d’assaut le marché américain du véhicule électrique, dix fois plus important que celui du Québec, selon Sylvain Bouffard, directeur des communications et des affaires publiques de la compagnie basée à Québec.

« C’est une création de richesse au Québec. On a 185 employés. L’assemblage de nos bornes est fait ici », souligne M. Bouffard.

Les acteurs financiers misent aussi de plus en plus sur la bonne gouvernance. La CDPQ a annoncé, cet automne, la création du fonds d’investissement Équité 253, doté de 250 millions de dollars, pour les entreprises qui s’engageront à atteindre, en cinq ans, au moins 25 % de femmes, de membres des minorités visibles ou d’Autochtones au sein de leurs conseils d’administration, de leur équipe de gestion et de leur actionnariat.

Les épargnants plus conscientisés

Les banques, gestionnaires de fonds et caisses de retraite prennent aussi de plus en plus en compte les conséquences environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) dans les produits financiers proposés aux épargnants, selon Hubert Rioux. Si bien que les placements dits responsables québécois représentaient 663,15 milliards de dollars en 2019, une croissance de 50 % depuis 2016.

M. Rioux estime que les citoyens, de plus en plus conscients des questions environnementales et sociales, le réclament. « Les institutions financières répondent à cette demande en créant de nouveaux produits responsables. Elles répondent aussi à des signaux de marché, parce que, dans les dernières années, les produits financiers ESG sont plus performants que les produits financiers traditionnels », explique le chercheur.

La composition des portefeuilles responsables fait que les secteurs comme ceux du pétrole et du gaz y sont moins présents, rapporte M. Rioux, ce qui est bénéfique en temps de crise, comme en ce moment, car ces secteurs sont les plus volatils.

« L’intégration des facteurs ESG fait en sorte que tout le processus d’enquête et d’analyse pour choisir des entreprises ou des titres boursiers est plus poussé. On a ainsi tendance à détecter des firmes mieux gérées », ajoute-t-il.

De vrais effets sur les entreprises

Les effets positifs de cette tendance sont bien réels, selon Jean-Philippe Renaut, directeur général d’Æquo, Services d’engagement actionnarial. « Sans aucun doute, le mouvement de l’investissement responsable influence les actions des compagnies. Elles sont nombreuses à invoquer la pression ou les demandes des investisseurs pour justifier telle ou telle initiative [sur les plans ESG] », dit M. Renaut.

M. Rioux est du même avis. Mais il y a toutefois des limites. Puisqu’il n’y a pas de définition consensuelle et contraignante de l’investissement responsable, chaque acteur financier est libre d’établir ses propres lignes directrices en la matière.

Comment donc s’assurer que nos placements responsables sont vraiment responsables ? Plusieurs institutions souscrivent à des principes internationaux en la matière, indique M. Rioux. Étant donné la place grandissante que ces placements et investissements risquent de prendre dans le paysage québécois, le chercheur réclame que les gouvernements, les acteurs financiers et les citoyens réfléchissent à une éventuelle réglementation en la matière.

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