Le financement des grandes banques sous surveillance

Architecture du quartier financier de Toronto
Photo: Getty Images Architecture du quartier financier de Toronto

Compte tenu de la part qu’occupe le secteur dans l’économie, les grandes banques canadiennes vont continuer de financer l’industrie pétrolière et gazière, même si cet apport pourrait perdre du poids à moyen terme, estime l’agence de notation DBRS Morningstar dans un rapport qui met en relief les pressions croissantes exercées par ceux qui militent pour un retrait et les gestes posés par certaines institutions pour resserrer ces activités.

Au 31 juillet dernier, 2,1 % de l’ensemble des prêts consentis par les six grandes banques du pays se trouvaient dans le créneau des énergies fossiles, a relevé l’agence dans une analyse publiée mardi, en décrivant cette exposition de « modérée ». Ce pourcentage n’a que légèrement changé depuis 2015, lorsque les institutions étaient exposées à hauteur de 2 %. En chiffres absolus, toutefois, les prêts sont passés de 45 milliards à 66 milliards.

Les grandes banques sont des bailleurs de fonds bien connus dans le secteur pétrolier et gazier, a rappelé DBRS. L’industrie canadienne se classe au quatrième rang des exportateurs mondiaux de pétrole et au cinquième rang pour le gaz naturel. S’il représente le cinquième des exportations, le secteur compte par ailleurs pour 27 % des émissions de gaz à effet de serre dans un contexte où le Canada est l’un des signataires de l’Accord de Paris.

2,1%
C’est le taux de l’ensemble des prêts consentis par les six grandes banques du pays dans les énergies fossiles, au 31 juillet dernier.

« Cependant, ces industries ont exposé le secteur bancaire à une plus grande surveillance de la part des investisseurs et des militants, qui incitent les banques à réduire leurs prêts aux sociétés à forte émission de GES », a dit DBRS. La Banque TD et le groupe RBC ont mis en avant des gestes cherchant l’équilibre entre la transition vers une économie plus verte et les besoins énergétiques mondiaux, a ajouté l’agence, en mentionnant que RBC compte cesser certains types de prêts.

Même si cela n’aura aucun impact « significatif » sur l’exposition de TD et RBC, selon DBRS, qui évoque un rebond du secteur en 2022 dans la foulée de la pandémie, « nous pourrions voir l’exposition diminuer à moyen terme, car un certain nombre de pays de l’Organisation pour la coopération et le développement économique [OCDE] ont pris des mesures pour réduire leurs émissions et pour abolir, par exemple, les centrales au charbon ».

Liste des banques

La Banque Scotia est de loin la plus active dans le secteur, exposée à hauteur de plus de 18 milliards, a mentionné DBRS, suivie de la Banque de Montréal à 14 milliards. La Banque Nationale est de loin la moins active, autour de 5 milliards. L’exposition du portefeuille de prêts de la BN serait d’environ 3,25 %, selon un graphique produit par l’agence, suivie de BMO (environ 3 %), de la Scotia (un peu moins de 3 %), de la Banque CIBC (un peu moins de 2,5 %), de TD et de RBC (moins de 1,5 % chacune).

Dans son rapport de responsabilité sociale 2019 publié la semaine dernière, la Banque Nationale a affirmé que l’exposition de son portefeuille global de prêts aux énergies non renouvelables se chiffrait à 4,8 %, ce qui comprend « les montants utilisés, les engagements inutilisés et les autres éléments hors bilan ». Cela comprend aussi les pipelines et les mines et métaux (le charbon seulement). Ce pourcentage est en baisse, a-t-elle précisé : au début de 2014, il se situait à 7,1 % et a graduellement diminué par la suite. L’exposition aux énergies renouvelables, quant à elle, est passée de 1,6 % à 3,3 %.

L’objectif de la Banque Nationale « demeure de faire croître la proportion des prêts à l’énergie renouvelable à un rythme supérieur à ceux liés à l’énergie non renouvelable », a indiqué mardi son vice-président aux communications et responsabilité sociale d’entreprise, Claude Breton. « On poursuit donc dans cette voie, en plus de veiller à réduire nos propres émissions, déjà parmi les plus basses dans notre industrie, par dollar de revenu ou par pied carré d’espace de bureaux. »

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