Quelle serait l’incidence d’un deuxième confinement sur les revenus de Québec?

Un second confinement engendrerait de très gros dommages structurels, comme en santé, en éducation, et pour des secteurs qui vont absolument avoir besoin d’aide pour se redresser.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Un second confinement engendrerait de très gros dommages structurels, comme en santé, en éducation, et pour des secteurs qui vont absolument avoir besoin d’aide pour se redresser.

Les répercussions d’un deuxième confinement sur les dépenses de consommation non essentielles pourraient réduire de 660 millions à 2,1 milliards les taxes et impôts qui entrent dans les coffres du gouvernement québécois, estime l’Institut du Québec (IdQ) après avoir analysé huit scénarios différents.

Cette fourchette, précise l’IdQ dans son étude publiée jeudi, ne comprend toutefois pas les conséquences qu’un nouveau confinement pourrait entraîner sur les revenus des sociétés d’État (Hydro-Québec, SAQ, Loto-Québec) ni sur les dépenses en matière de santé ou d’appuis financiers pour soutenir l’économie, par exemple.

« J’ai été assez surprise par les résultats, car je pensais que l’impact sur la perte de revenus aurait été beaucoup plus grand. Ce n’est pas aussi catastrophique que ce que j’aurais pensé », a dit en entrevue la p.-d.g. de l’Institut du Québec, Mia Homsy. « À l’interne, on croyait que ça allait être pire. Mais on a compris que c’est à cause de l’ampleur des mesures de soutien déployées par le gouvernement fédéral. »

L’ensemble des transferts visant à aider les individus et les entreprises à traverser la pandémie « fait en sorte que le revenu disponible des gens, finalement, est plus élevé, qu’il y a de l’épargne, mais qu’il y a aussi de la consommation », a dit Mme Homsy. Une partie de cette épargne forcée est finalement remise en circulation dans l’économie par un phénomène de consommation reportée.

-14,9
C’est, en milliards, le déficit budgétaire attendu pour l’année financière 2020-2021. Pour colmater ce manque à gagner, le gouvernement a puisé dans la réserve de stabilisation une somme comptable qui repose sur les excédents des années antérieures. Le retour à l’équilibre se ferait sur cinq ans.

Pour arriver à la fourchette de 660 millions à 2,1 milliards, l’IdQ a établi huit scénarios et a eu recours au modèle d’une firme externe, DAMÉCO. L’objectif consistait à mesurer l’incidence des scénarios sur les dépenses des ménages, lesquels entraînent différents effets dans l’économie (emplois, investissements, etc.) et contribuent au produit intérieur brut. Les scénarios reposent sur deux grandes variables, soit l’intensité de la réduction de la consommation et la durée du confinement (une période semblable à celle du printemps vs une période de quatre semaines).

« Ce qui est inquiétant, c’est quelque chose qui est en filigrane dans le rapport et qu’on ne traite pas de front, mais c’est le coût de tout ça », a dit Mme Homsy. « Donc les mesures de soutien pour les personnes et l’économie, mais aussi les dépenses qui vont suivre pour les dommages structurels, comme en santé, en éducation, et pour des secteurs qui vont absolument avoir besoin d’aide pour se redresser. »

Quatre milliards de côté

Le ministre des Finances, Eric Girard, compte publier le 12 novembre une mise à jour économique. Québec a annoncé en juin qu’il mettait de côté une provision de quatre milliards pour faire face aux « risques économiques potentiels, couvrir des dépenses additionnelles en santé et financer des mesures de soutien et de relance additionnelles » en vue d’une deuxième vague. Pour l’année financière 2020-2021, le déficit budgétaire est attendu à -14,9 milliards. Pour colmater ce manque à gagner, le gouvernement a puisé dans la réserve de stabilisation une somme comptable qui repose sur les excédents des années antérieures. Le retour à l’équilibre se ferait sur cinq ans.

Toujours lors de l’énoncé économique du mois de juin, le ministre Girard a indiqué que le gouvernement a revu à la baisse sa prévision 2020-2021 au chapitre des revenus autonomes, qui excluent les revenus des sociétés d’État. La révision à la baisse a été de 8,1 milliards par rapport à ce qu’il prévoyait lors du dépôt du budget au mois de mars.

Quant aux revenus des entreprises de l’État, dont Hydro-Québec et Loto-Québec, ils ont été revus à la baisse de 1,5 milliard. Cependant, il faut désormais tenir compte d’une hausse de 4 milliards en transferts fédéraux,ceux-ci ayant été déployés en vue d’une relance économique. De manière globale, Québec a dépensé 28 milliards pour soutenir l’activité économique depuis le début de la pandémie.

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