Raymond Bachand au chevet d’une industrie touristique en crise

Des touristes arpentaient les rues désertées du Vieux-Québec en juillet dernier.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Des touristes arpentaient les rues désertées du Vieux-Québec en juillet dernier.

Raymond Bachand prend la présidence de la Conférence économique de l’industrie touristique québécoise. L’ex-ministre des Finances dirigera ainsi la mobilisation et les démarches d’une industrie en crise qui lutte pour sa survie.

L’un des secteurs les plus touchés par la pandémie, l’industrie touristique traverse présentement l’une des pires crises de son histoire.

« L’industrie de la proximité sociale est en danger. Je ne connais pas d’entreprise capable de survivre à 15 ou 20 % de son chiffre d’affaires pendant 16 à 18 mois », résume Raymond Bachand, conseiller stratégique au cabinet Norton Rose Fulbright Canada.

« L’économie canadienne est rétablie à 95 %. L’autre 5 %, qui renferme le tourisme et le secteur culturel, est enlisé dans une crise qui pourrait perdurer jusqu’à l’été prochain » et provoquer une déstructuration d’une industrie vitale pour le Québec et ses régions.

Une douzaine de dirigeants de l’industrie se sont ainsi regroupés pour former la Conférence économique de l’industrie touristique québécoise. On y retrouve notamment Janine Durette, de La Ronde Six Flags, Christiane Germain, de Germain Hôtels, Yan Hamel, de Croisières AML, Jacques Primeau, de L’Équipe Spectra, et David Rheault, d’Air Canada.

« Deux mois d’opérations estivales n’auront jamais permis de combler l’absence des clientèles d’affaires et d’agrément provenant des marchés hors Québec. Malgré une gestion rigoureuse, la rentabilité est impossible, les coffres sont vides, mais les obligations financières, elles, demeurent », explique Yan Hamel, dans un communiqué. Et avec cette deuxième vague qui paralyse les activités d’automne et fait craindre un débordement à l’hiver… « Nous parlons carrément de survie : comment, au cours de la prochaine année, peut-on espérer payer nos employés, nos taxes, nos factures avec seulement 20 % de nos revenus habituels ? »

Ottawa à l’écoute

Plusieurs rencontres auprès d’instances gouvernementales se sont déroulées ces derniers jours afin de proposer des solutions concrètes.

« Ils sont très sensibles à Ottawa. Les ministres Mélanie Joly et Chrystia Freeland s’activent. Nous verrons. À Québec, la ministre du Tourisme [Caroline Proulx] se montre très réceptive, mais je dirais que le gouvernement est moins chaud », précise Raymond Bachand. Il rappelle qu’au Québec, l’industrie touristique abrite 30 000 entreprises employant 400 000 personnes, soit un dixième de l’emploi total.

L’économie canadienne est rétablie à 95 %. L’autre 5 %, qui renferme le tourisme et le secteur culturel, est enlisé dans une crise qui pourrait perdurer jusqu’à l’été prochain.

 

L’intervention souhaitée porte sur trois aspects. Si les programmes en place ont bien fonctionné pour 95 % de l’économie, l’on souhaiterait d’abord une modulation du programme de subvention salariale d’urgence aux particularités de l’industrie touristique.

Ensuite un soutien aux frais fixes, qui accaparent en moyenne 25 % du chiffre d’affaires. Enfin un ajustement au programme de financement fédéral, qui exige présentement une participation du privé de l’ordre de 20 %. Or le privé, les banques en particulier, ne prête pas à ce secteur. « Et il y a des limites à l’endettement », précise M. Bachand, qui se demande pourquoi l’État n’assumerait pas 20 % du risque.

Il insiste : « En 2008, nous nous retrouvions devant une crise de liquidité. Aujourd’hui, nous faisons face à une crise de revenus. C’est dramatique ! »

Selon les chiffres fournis par la Conférence, le tourisme québécois contribue à l’économie du Québec à hauteur de 16 milliards annuellement.

« En outre, en termes d’entrées de devises étrangères, le tourisme représentait l’équivalent du cinquième secteur d’exportation du Québec puisque les quelque 9,3 millions de touristes provenant de l’extérieur du Québec généraient 5,8 milliards de dépenses touristiques sur le territoire québécois. »

Mais sous le coup de la crise sanitaire, des pertes de revenus de 3,4 milliards sont à prévoir pour l’année 2020-2021, soit une baisse de 61 % du chiffre d’affaires pour les seuls secteurs de l’hébergement, des attraits et des services touristiques.

« Une prévision qui ne comprend pas les pertes de revenus de la restauration touristique et du sous-secteur des transports », indique l’organisme, citant une étude effectuée en septembre par RCGT Horwarth HTL.

« En tant qu’ancien membre du conseil d’administration de Tourisme Montréal, ainsi qu’ancien ministre du Tourisme et ministre des Finances, j’ai choisi de m’impliquer avec les autres membres de la Conférence afin de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter la déstructuration d’un pan complet de notre économie », conclut Raymond Bachand.

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