Quelle serait l’aide d’Ottawa aux transporteurs aériens?

Le gouvernement Trudeau n’exclut pas une prise de participation au sein des compagnies aériennes.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le gouvernement Trudeau n’exclut pas une prise de participation au sein des compagnies aériennes.

Quel pourrait être le plan fédéral pour venir en aide au secteur aérien ? La question circule plus que jamais depuis ce week-end, lorsque le ministre des Affaires intergouvernementales a suggéré en entrevue, au réseau CTV, que le gouvernement Trudeau n’exclut pas une prise de participation au sein des transporteurs.

Invité à dire si Ottawa était prêt à entrer au capital d’entreprises comme l’a fait l’Allemagne, le ministre Dominic LeBlanc a affirmé que ses collègues Marc Garneau (Transports) et Chrystia Freeland (Finances) étudient plusieurs options, qu’aucune décision n’a encore été prise, mais qu’ils « discutent de cela, je le sais ».

Le gouvernement allemand a annoncé à la fin du mois de mai qu’il prendrait 20 % de Lufthansa dans le cadre d’une opération de sauvetage de neuf milliards d’euros. Or, l’industrie canadienne de l’aviation demande une aide fédérale depuis des mois en rappelant que d’autres pays, comme la France et les États-Unis, ont offert une aide spécifique au secteur. Le Conseil national des lignes aériennes du Canada a indiqué au début du mois que le volume de passagers au pays a chuté de 90 %, plus que la chute maximale de 26 % observée après le 11 septembre 2001 et la crise du SRAS en 2003.

Transat

« Nous sommes très heureux de voir que le gouvernement semble avoir pris conscience de la nécessité absolue d’apporter rapidement de l’aide aux secteurs aérien et du voyage afin de maintenir une industrie concurrentielle à l’échelle mondiale. Nous attendrons de connaître les modalités d’une telle aide avant de commenter davantage », a indiqué le vice-président aux ressources humaines et aux affaires publiques de Transat, Christophe Hennebelle. « Il faut toutefois noter que l’accord d’arrangement actuellement en place avec Air Canada ne nous permet pas d’émettre de nouvelles actions. »

M. Hennebelle a précisé qu’au 31 juillet, le montant des crédits pour voyage futur émis par Transat était de 564 millions, ce qui comprend les vols secs et les forfaits. « Toute aide conditionnelle à un remboursement au comptant devrait donc nous permettre de faire face à ces obligations à des conditions qui n’oblitèrent pas le futur. Cela devrait s’ajouter à l’aide proprement dite, destinée à faire face aux conséquences de la pandémie sur notre activité. »

En entrevue à Radio-Canada, le ministre LeBlanc a dit que la question des crédits « fera partie de la conversation » si Ottawa et les transporteurs discutaient d’une aide, tout en ajoutant qu’il n’y a pas actuellement de négociations formelles. Au moment où ces lignes étaient écrites, il n’avait pas été possible d’obtenir une réaction d’Air Canada.

« Dieu, non, nous n’avons pas besoin d’une prise de participation dans les transporteurs aériens. Les mesures de contrôle des coûts seraient incroyables », a lancé lundi le président de l’Association du transport aérien du Canada, John McKenna, qui représente une trentaine d’entreprises régionales. « Nous avons besoin de liquidités, des prêts sans intérêt, peut-être des prêts pardonnables… car il est beaucoup plus facile de réparer que de remplacer », a-t-il dit selon des propos cités par La Presse canadienne.

Motifs de l’aide

« Les grands transporteurs seraient probablement relativement réceptifs à une telle aide parce qu’on sait que les grandes lignes américaines ont bénéficié, elles, d’un programme quand même important jusqu’au 1er octobre, et qui leur a permis de ne pas procéder à des coupes massives jusqu’à ce moment-là, à la fois d’employés et de lignes desservies », a estimé en entrevue Yan Cimon, professeur titulaire de stratégie à la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval.

« Il y a plusieurs raisons qui pourraient inciter un gouvernement à aider le secteur, que ce soit par une prise de participation au capital ou par des aides plus traditionnelles comme des subventions ou des mécanismes de crédit », a dit M. Cimon. Entre autres, la sécurité nationale, en ce sens « qu’un grand pays comme le Canada pourrait-il se permettre de ne plus être connecté d’un océan à l’autre ? »

Par ailleurs, un groupe s’appelant Les travailleurs de l’aviation se rendra à Ottawa mardi pour inciter le gouvernement à prendre des « mesures concrètes » pour une reprise sécuritaire. Mis sur pied par des pilotes de ligne au mois de septembre, il compte 11 400 membres qui sont notamment des agents de bord, des employés aéroportuaires, des agents au sol, etc.

« Depuis bientôt huit mois, il n’y a pas eu du gouvernement le moindre indice qu’il envisageait des mesures spécifiques pour la relance graduelle de l’aviation », a déclaré le groupe lundi.

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