​Analyse: les résultats de l'élection américaine inquiètent plus que le choix

Tant un gouvernement Trump qu’un gouvernement Biden se heurteraient rapidement à la sempiternelle division d’un Congrès aux prises avec des vertiges face à l’ampleur des déficits budgétaires.
Photo: Jim Watson / Saul Loeb Agence France-Presse Tant un gouvernement Trump qu’un gouvernement Biden se heurteraient rapidement à la sempiternelle division d’un Congrès aux prises avec des vertiges face à l’ampleur des déficits budgétaires.

Inquiétude et volatilité accrue reviennent composer le quotidien des marchés financiers. À l’approche du 3 novembre, c’est davantage le résultat que le choix du vainqueur de la présidentielle américaine qui inquiète.

L’incertitude revient en Bourse. À l’approche de l’élection présidentielle, le politique prend le dessus. Ce qui inquiète : le manque de clarté dans les résultats aux élections du 3 novembre. Pour la firme de recherches Oxford Economics, les marchés misent sur un « modeste chaos postélectoral ».

Mais la crainte croît d’une contestation des résultats entraînant une paralysie du gouvernement dans un contexte de pandémie et de chômage élevé. Même la référence à la présidentielle de 2000 opposant Al Gore à George W. Bush sert difficilement d’exemple avec l’actuelle crise sanitaire et l’exacerbation des tensions sociales. Seul l’espoir de l’adoption d’un nouveau programme d’aide avant le rendez-vous de novembre pourrait apaiser les marchés.

Autrement, la prochaine présidence se veut prévisible en l’absence de chocs exogènes. Sous Donald Trump, le deuxième mandat serait à l’image du premier. Réduction du fardeau fiscal, coupes dans les dépenses de santé, dérégulation dans les secteurs de l’environnement et de l’énergie, maintien de la ligne dure face à la Chine et l’immigration et politique étrangère menée sous l’arme tarifaire devraient composer l’essentiel de l’action gouvernementale. Avec Medicare dans la ligne de mire et un resserrement des conditions d’accès à Medicaid, ainsi qu’une compression des dépenses discrétionnaires concentrée dans la portion du budget non liée à la Défense.

Avec une croissance des revenus prévue dans le budget 2021 publié en février plus élevée que le scénario retenu par le secteur privé et un déficit budgétaire appelé à demeurer élevé selon la lecture du Bureau du budget du Congrès, tout laisse présager un avenir plus austère dans un deuxième mandat Trump, retiennent les analystes de la Banque TD. S’y greffe l’impact économique et budgétaire de la pandémie.

Et l’inévitable hausse des taxes et impôts qu’imposera la crise sanitaire. « Dans le passé, les hausses d’impôt les plus importantes ont été mises en place à la suite de la dépression des années 1930 et des deux guerres mondiales […] Si on peut se fier au passé pour prédire l’avenir, on pourrait dire que, vu la gravité de ce ralentissement, le pire depuis la Grande Dépression, les hausses d’impôt sont inévitables quel que soit le vainqueur des prochaines élections », écrit Angelo Katsoras, analyste géopolitique à la Banque Nationale.

Une hausse des impôts qui sera ressentie sous Joe Biden. La plateforme du candidat démocrate prévoit des dépenses, chiffrées réalistement à 5400 milliards $US sur dix ans, financées en grande partie par une hausse des contributions des entreprises et des contribuables campant dans les revenus supérieurs. Le programme accorde la priorité aux infrastructures et à l’environnement avec, pour cible, l’automobile électrique et un secteur énergétique à zéro carbone. Il priorise également les secteurs de la santé et de l’éducation supérieure. Tout en prônant un certain degré de protectionnisme avec le « Buy America », l’approche se veut ouverte aux accords commerciaux et à une négociation sino-américaine avec l’appui des partenaires des États-Unis. Quoique, sur ce dernier point, l’emploi de la ligne dure face à la Chine gagne de plus en plus d’adeptes dans le clan démocrate.

Si les analystes estiment que l’impact macroéconomique à long terme de ce programme sera minimaliste, il devrait engendrer un environnement géopolitique plus stable et plus prévisible. L’augmentation de l’immigration et la réduction des inégalités de revenu généreront également une croissance économique sous-jacente mieux ancrée, retient la TD.

Mais tant un gouvernement Trump qu’un gouvernement Biden se heurteraient rapidement à la sempiternelle division d’un Congrès aux prises avec des vertiges face à l’ampleur des déficits budgétaires. Un clivage incitant à une réduction des ambitions du programme démocrate, soutient Oxford Economics, et à refroidir l’élan d’un nouvel assouplissement fiscal souhaité par Donald Trump, ajoute l’analyste de la Nationale.

 

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