Des salaires difficilement prévisibles pour 2021

Au Canada, 13% des employeurs envisagent un gel salarial en 2021.
Photo: iStock Au Canada, 13% des employeurs envisagent un gel salarial en 2021.

Si l’année 2020 est encore sous le coup des pertes d’emplois par milliers et d’un effondrement de revenus dans plusieurs secteurs, l’année 2021 pourrait également présenter des enjeux salariaux, selon deux analyses produites mardi qui dépeignent le portrait d’employeurs ayant déjà prévu un gel ou hésitant à augmenter la rémunération.

Les études de Morneau Shepell et du Conference Board du Canada, qui surviennent au moment où bon nombre d’entreprises s’apprêtent à élaborer le budget de l’année prochaine, décrivent toute l’incertitude dans laquelle baignent les sociétés, frappées à divers degrés par les mesures sanitaires et restrictives, mais toutes placées devant les risques qui découleront d’une deuxième vague.

De manière globale au Canada, 13 % des employeurs envisagent un gel salarial en 2021, alors que 41 % n’y pensent pas et que 46 % ignorent toujours ce qu’ils vont faire, a estimé Morneau Shepell. Au Québec, 9 % des entreprises souhaitent un gel et 41 % ne le savent pas encore. Ce degré d’incertitude a explosé : l’an dernier, lors de la même enquête, seulement 2 % des organisations québécoises pensaient à un gel pour 2020.

Le sondage de Morneau a été effectué aux mois de juillet et d’août, a fait remarquer Guylaine Béliveau, directrice de Services-conseils en rémunération. En réalité, 36 % des entreprises ont indiqué qu’elles ont gelé des salaires en 2020. « C’est énorme. Ça démontre bien l’impact de la COVID-19. Et on peut s’attendre à ce que des organisations qui ont gelé [les salaires] en 2020 fassent probablement la même chose en 2021. »

Selon l’autre enquête, du Conference Board, les employés non syndiqués gagneront en moyenne 2,1 % de plus en 2021, soit le même taux que l’inflation. Cependant, 40 % des employeurs n’ont pas encore mis leur budget sur papier et 14 % savent déjà qu’ils veulent geler la rémunération de leurs employés. Compte tenu des difficultés que la pandémie a entraînées au chapitre des revenus, le Conference Board prévient que des « révisions à la baisse des augmentations salariales sont à prévoir dans les prochains mois », car les entreprises se trouveront devant des « pressions sur les coûts » et pourraient donc éprouver de la difficulté à coller au budget prévu.

Impacts inégaux

Les données de Morneau Shepell montrent également l’impact des mesures sanitaires ayant frappé des secteurs plus que d’autres. Ainsi, 42 % des travailleurs du secteur des arts, du divertissement et des loisirs subiront un gel salarial en 2021, révèle l’enquête de Morneau Shepell, réalisée auprès de 900 entreprises. Dans des secteurs comme l’immobilier, les services publics, la foresterie et les services financiers, une majorité d’employeurs — parfois mince — ont plutôt l’intention d’augmenter les salaires. Sans surprise, 68 % des entreprises de transport et d’entreposage et 58 % de celles en hébergement et restauration ne savent pas encore quoi répondre à la question.

Si l’on exclut les gels, les employeurs qui comptent augmenter les salaires envisagent une hausse de 2,5 % en 2021, à peine moins que le gain moyen de 2,6 % observé au cours des trois dernières années.

Dans l’ensemble, trois employeurs sur quatre affirment que la crise de la COVID-19 a entraîné des conséquences négatives sur leur chiffre d’affaires, dont une sur cinq qui évoque une « chute importante ». « Les résultats de cette année font partie des données les plus préoccupantes que nous avons connues depuis la création de cette enquête, qui remonte à 1982 », a indiqué Morneau Shepell. « Alors que pratiquement la moitié des employeurs appréhendent l’année 2021, il est important que les Canadiens soient conscients des conséquences éventuelles sur leur bien-être financier et s’attendent à vivre une autre année difficile. »

Pour l’instant, les prévisions macroéconomiques évoquent généralement un recul du produit intérieur brut de 5 ou 6 % en 2020, résultat d’un deuxième trimestre catastrophique au début des mesures sanitaires, suivi d’un rebond de 4 ou 5 % l’an prochain. Il est généralement entendu que de nouvelles mesures de confinement sectorielles ou géographiques pourraient modifier ces données.

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