Vent d’opposition dans le milieu coopératif canadien

La vente du détaillant Mountain Equipment Coop à l’investisseur américain Kingswood Capital ne respecte ni la loi de la Colombie-Britannique ni les règlements de MEC, selon un organisme qui représente des groupes coopératifs partout au Canada, dont plusieurs membres au Québec.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne La vente du détaillant Mountain Equipment Coop à l’investisseur américain Kingswood Capital ne respecte ni la loi de la Colombie-Britannique ni les règlements de MEC, selon un organisme qui représente des groupes coopératifs partout au Canada, dont plusieurs membres au Québec.

La vente du détaillant MEC à l’investisseur américain Kingswood Capital ne respecte ni la loi de la Colombie-Britannique ni les règlements de MEC et devrait être tout simplement suspendue, a affirmé lundi un organisme qui représente des groupes coopératifs partout au Canada et dont plusieurs membres se trouvent au Québec.

Coopératives et mutuelles Canada (CMC) souhaitait profiter d’une audience en Cour suprême de la Colombie-Britannique pour exprimer sa demande et pour que son conseiller juridique soit reconnu comme intervenant afin de représenter CMC de même que la British Columbia Cooperative Association (BCCA) et l’Alberta Community and Co-operative Association (ACCA). Au moment où ces lignes étaient écrites, l’audience portant sur la vente était en cours et pouvait même s’étirer jusqu’à mardi.

L’intervention du milieu coopératif est le dernier chapitre d’un récit qui a pris tout le monde par surprise dès ses débuts : l’annonce d’il y a deux semaines révélant que le spécialiste du plein air fondé en 1971, aux prises avec des problèmes financiers qui se sont aggravés pendant la pandémie, passerait aux mains d’intérêts privés basés en Californie. Pour mettre l’opération en œuvre, le conseil d’administration de MEC a placé la société sous la protection des tribunaux contre ses créanciers.

Or, selon CMC, la loi de la Colombie-Britannique, où est situé le siège social de MEC, « exige que les coopératives demandent des résolutions spéciales à leurs membres avant de s’engager dans un processus de vente de la quasi-totalité des actifs » d’une association ou, à tout le moins, « des réunions consultatives » auprès des membres pour mesurer le degré d’appui. « Aucune de ces démarches n’a été effectuée lors de la vente de MEC à Kingswood Capital Management le 11 septembre », affirme CMC dans un communiqué.

5,8 millions de membres

Basée à Ottawa, CMC compte parmi ses membres Desjardins, Sollio (ex-Coop fédérée), le groupe financier Co-operators, des associations coopératives de la Colombie-Britannique, de l’Alberta et de l’Ontario, de même que des fédérations de coopératives québécoises de services funéraires, de produits forestiers, d’alimentation et d’habitation. Sur son site Internet, MEC est également affiché à titre de membre.

Une pétition pilotée par Save MEC/Sauvons MEC demandant l’annulation de la transaction a jusqu’ici récolté près de 140 000 signatures dans la population. Une pétition distincte signée exclusivement par des membres de MEC a, de son côté, reçu l’appui de 14 000 personnes.

140 000
C’est le nombre de signataires d’une pétition pilotée par Save MEC/ Sauvons MEC qui demande l’annulation de la transaction.

Au total, depuis sa fondation, MEC a cumulé 5,8 millions de membres — dont 750 000 au Québec — qui ont chacun payé 5 $ afin de se procurer leur part sociale. Selon des documents déposés en cour la semaine dernière, la vente à Kingswood Capital Management repose sur un prix de base de 120 millions qui grimpe à 150 millions si l’on tient compte de la prise en charge des passifs. La société compte plus d’une vingtaine de magasins à la grandeur du Canada et enregistre des revenus d’environ 450 millions. Le Québec compte quelques magasins : ceux de Montréal et de Québec sont ouverts, mais ceux de Laval et de Longueuil sont fermés pour l’instant.

Les démarches visant à contacter des investisseurs intéressés ont commencé cet été, selon un des documents déposés lundi en cour par le cabinet d’avocats Norton Rose Fulbright. La liste mentionne notamment Canadian Tire, Décathlon et Home Hardware. Elle nomme aussi « Caisse depot », sans préciser s’il s’agit bel et bien du gestionnaire québécois, le régime ontarien Teachers et « CPPIB », l’acronyme anglais de l’Office d’investissement du régime de pensions du Canada.

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