Explosion des déficits à Ottawa et à Québec

Le déficit du Québec et celui du Canada atteignent des sommets, en raison de la pandémie.
Photo: iStock Le déficit du Québec et celui du Canada atteignent des sommets, en raison de la pandémie.

Après quatre mois, le déficit fédéral frôle les 150 milliards, 92 fois plus élevé qu’au cours de la période correspondante de 2019-2020. Ottawa a dû ajouter 323 milliards à sa dette pour couvrir ses dépenses effectuées et ses besoins prévus. Pour sa part, le déficit de Québec avoisine les 5 milliards après trois mois.

Pour la période d’avril à juillet de l’exercice 2020-2021, le gouvernement fédéral a comptabilisé un déficit budgétaire de 148,6 milliards, comparativement à 1,6 milliard un an plus tôt. Une « variation sans précédent », qui n’est pas sans refléter à la fois la détérioration de la conjoncture économique et les mesures temporaires mises en œuvre destinées à soutenir les particuliers et les entreprises soumis à des difficultés financières en raison de l’éclosion de la COVID-19, souligne la Revue financière de juillet publiée vendredi.

Les revenus ont totalisé 73,9 milliards, en baisse de 38,3 milliards ou de 34 %, sous le coup d’une diminution des rentrées d’impôt sur le revenu et des autres revenus. De cette somme, les revenus fiscaux s’affichent en recul de 25 milliards, ou de 26,7 %, principalement sous le poids de la diminution des revenus tirés de la TPS et de l’impôt sur le revenu des particuliers et des sociétés.

Pour leur part, les charges de programmes ont augmenté de 111,1 milliards, ou de 106 %, pour totaliser 215,7 milliards en raison essentiellement des transferts versés aux particuliers et aux entreprises. La Prestation canadienne d’urgence, la Subvention salariale d’urgence du Canada et l’incitatif de 25 % du Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes ont coûté respectivement 50,4 milliards, 30,6 milliards et 7 milliards.

Faible consolation, les frais de la dette publique ont diminué de 2,4 milliards ou de 26 %, traduisant l’effet du recul des taux d’intérêt.

 
4,9 milliards
Il s'agit du déficit budgétaire du Québec pour les trois premiers mois de l’exercice 2020-2021.

Le déficit des quatre premiers mois « est dans l’ensemble conforme au solde budgétaire présenté dans le Portrait économique et budgétaire présenté en juillet », poursuit le ministère des Finances. Les projections de juillet faisaient ressortir un déficit de 343,2 milliards pour l’exercice se terminant en mars prochain, contre 34,4 milliards en 2019-2020, soit 15,9 % du PIB contre 1,5 %.

Cette estimation ne comprend toutefois pas les nouvelles mesures prises ou annoncées depuis juillet et qui pourraient pousser le déficit fédéral autour des 400 milliards, estiment des analystes.

Besoins de 211,9 milliards

Considérant un déficit de 148,6 milliards et des besoins de 63,4 milliards liés aux opérations non budgétaires, la période d’avril à juillet s’est soldée par des besoins financiers de 211,9 milliards, comparativement à 14,4 milliards pour la même période de l’exercice précédent, ajoute la Revue. La dette non échue a toutefois augmenté de 323 milliards, sous la forme d’émission de bons du Trésor et d’obligations négociables, afin de couvrir ces besoins et d’accroître l’encaisse.

Fin juillet, le solde de trésorerie s’élevait à 155,8 milliards, soit 111,2 milliards de plus qu’à la fin mars. « L’augmentation considérable de la trésorerie est principalement attribuable aux emprunts effectués afin de répondre aux besoins financiers prévus du gouvernement […] pour répondre à la COVID-19 », explique-t-il.

Déficit à Québec

Québec a également déposé vendredi son Rapport mensuel des opérations financières au 30 juin. On y lit que le déficit budgétaire atteint 4,9 milliards pour les trois premiers mois de l’exercice 2020-2021, contre un surplus de 824 millions un an plus tôt.

Ce déficit tient compte d’un versement de 589 millions au Fonds des générations. Le ministère québécois des Finances évoque l’incidence du ralentissement sur l’ensemble des sources de revenus autonomes et une forte croissance des dépenses, traduisant l’importance des ressources mobilisées dans le secteur de la santé.

Au premier trimestre, Québec a vu ses revenus consolidés reculer de 18 % à 25,4 milliards, les diminutions les plus importantes venant de l’impôt des sociétés (-34 %) et des taxes à la consommation (-26 %). S’y greffe un plongeon de quelque 59 % des revenus des sociétés d’État. Pour leur part, les dépenses, y compris le service de la dette, ont bondi de 10 %, à 27,8 milliards, gonflées par l’augmentation de 21 % du côté de la Santé et des Services sociaux. Les transferts fédéraux ont toutefois augmenté de près de 16 %,ou de 920 millions.

Pour l’exercice, le gouvernement table sur un déficit de 14,9 milliards, qui renferme une provision de 4 milliards visant à répondre aux besoins découlant d’une deuxième vague de la pandémie.

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