Les banques mondiales tanguent à cause de révélations sur le blanchiment d'argent

Dans son  enquête,  le Consortium international  des journalistes  d’investigation dénonce  les carences  de la régulation du secteur.
Angela Weiss Agence France-Presse Dans son enquête, le Consortium international des journalistes d’investigation dénonce les carences de la régulation du secteur.

HSBC, Deutsche Bank, JPMorgan Chase… Ces grands noms de la finance étaient malmenés en Bourse lundi, après les révélations d’un consortium de journalistes qui les accusent d’avoir permis le blanchiment d’argent sale à grande échelle.

À Wall Street, le géant JPMorgan Chase a lâché 3,1 %. Dans son sillage, Bank of America a abandonné 2,9 % et Wells Fargo 4,3 %, au cours d’une séance en baisse généralisée sous l’influence d’une remontée des cas de COVID-19.

À Francfort, Deutsche Bank a chuté de 8,8 %, tandis que Standard Chartered, également cité dans l’enquête, a perdu 5,8 % à Londres. À Hong Kong, HSBC est tombée à son plus bas depuis 25 ans. Également mentionnée dans l’affaire, pour avoir aidé des clients en Pologne à transférer des fonds suspects en dehors de Russie, la banque ING a dégringolé de 9,3 % à Amsterdam. La banque française Société Générale était également visée par l’enquête qui lui reproche un manque de transparence à l’égard de certains clients de sa filiale suisse SGPB. Elle a cédé 7,7 % à Paris.

Dans son enquête menée par 108 médias internationaux, de 88 pays, le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) dénonce les carences de la régulation du secteur. L’enquête « FinCEN Files » est fondée sur des milliers de « rapports d’activité suspecte » adressés aux services de la police financière du Trésor américain (FinCEN) par des banques du monde entier, mais « gardés hors de la vue du public ».

Des activités supplémentaires peuvent survenir et ne présenter aucune suspicion ou au contraire confirmer le soupçon originel […]. Les autorités de tutelle peuvent aussi demander à un établissement financier de maintenir la relation client afin de permettre des investigations plus poussées.

Ces documents portent sur 2000 milliards de dollars de transactions, entre 1999 et 2017. Il s’agirait d’argent provenant de la drogue et d’actes criminels ou encore de fortunes détournées des pays en développement. Cependant, les rapports d’activité suspecte « ne sont pas des déclarations de crime ou de fraude, mais alertent sur des cas potentiels de crime économique », fait valoir UK Finance, le lobby de la finance britannique, dans un communiqué transmis à l’Agence France-Presse

« Des activités supplémentaires peuvent survenir et ne présenter aucune suspicion ou au contraire confirmer le soupçon originel […]. Les autorités de tutelle peuvent aussi demander à un établissement financier de maintenir la relation client afin de permettre des investigations plus poussées. »

Pour le patron du lobby bancaire américain Bank Policy Institute, Greg Baer, il est aussi « absurde que les médias se reposent, pour accuser les banques d’avoir caché des activités illégales, sur les rapports d’activité suspecte transmis par ces mêmes banques aux autorités ».

JPMorgan Chase souligne qu’elle ne peut pas se défendre sur le contenu des accusations puisqu’elle a l’interdiction de discuter de ces rapports d’activité suspecte. De son côté, HSBC présente les accusations de l’ICIJ comme anciennes et antérieures à un accord conclu sur le sujet en 2012 avec le département américain de la Justice.

Deutsche Bank assure également que les révélations du consortium étaient en fait des informations « bien connues » de ses régulateurs et a dit avoir « consacré d’importantes ressources au renforcement de ses contrôles ».

Société Générale affirme quant à elle que « tous les cas suspects qu’elle détecte font […] systématiquement l’objet de déclarations auprès des autorités compétentes, ces déclarations comprenant l’intégralité des éléments que la banque est en mesure de communiquer en conformité avec les réglementations locales ».

Par ailleurs, Wall Street a fait fi de la déclaration du conseiller économique de la Maison-Blanche voulant que l’économie américaine n’ait pas besoin d’un coup de pouce public supplémentaire pour repartir de l’avant. « Nous connaissons une […] reprise qui s’alimente toute seule, avec une économie qui remonte rapidement après avoir beaucoup chuté », a déclaré Larry Kudlow lundi à des journalistes, reconnaissant toutefois que « la bataille » n’était « pas encore terminée ».

Les démocrates et les républicains tentent depuis près de deux mois de se mettre d’accord pour adopter de nouvelles aides. Ces discussions portent sur un plan qui « comporte certains éléments qui pourraient aider » l’économie, mais « je ne pense pas que la reprise dépende de ce programme d’assistance », a jugé le conseiller du président Donald Trump.

Le gouvernement américain avait, fin mars, débloqué 2200 milliards de dollars d’aides dans le cadre d’un plan de relance titanesque baptisé Cares Act, qui avait été rallongé de près de 500 milliards fin avril. Une aide supplémentaire est désormais jugée cruciale par les économistes, dont ceux de la Banque centrale américaine.

 

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