Cogeco reçoit des appuis face à une offre de rachat rejetée

Début septembre, Altice USA et Rogers ont proposé de racheter Cogeco pour 10,3 milliards. L'offre a été rapidement rejetée.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Début septembre, Altice USA et Rogers ont proposé de racheter Cogeco pour 10,3 milliards. L'offre a été rapidement rejetée.

Malgré le refus sans équivoque de la famille Audet, deux municipalités ont estimé devoir manifester leur appui à Cogeco, cible d’une offre d’achat non sollicitée de 10,3 milliards d’Altice USA et Rogers. Trois-Rivières et Burlington, qui abritent des centres opérationnels de Cogeco au Québec et en Ontario, se sont rangées la semaine dernière derrière le fleuron québécois des télécommunications.

Trois-Rivières est même allée jusqu’à écrire une lettre au ministre fédéral de l’Innovation, Navdeep Bains, dans laquelle elle « dénonce » l’offensive des deux compagnies. « Les tractations que subit Cogeco menacent sérieusement l’apport structurant et mobilisateur de cette entreprise, a souligné le maire, Jean Lamarche, dans une déclaration publiée vendredi. C’est pourquoi nous réclamons l’appui sans réserve de [M.] Bains pour s’assurer qu’il prenne les actions nécessaires afin de respecter la volonté de Cogeco de poursuivre ses activités. » Ses commentaires découlaient d’une motion adoptée à l’unanimité par le conseil municipal.

La mairesse de la municipalité ontarienne, Meed Ward, a pour sa part fait valoir que Cogeco avait offert des « occasions d’envergure » pour la main-d’œuvre locale. « J’ai parlé au président exécutif Louis Audet [le 11 septembre] et il a réitéré ne pas avoir l’intention de vendre la participation qui confère le contrôle de la société », a-t-elle souligné dans un communiqué.

Le siège social de Cogeco et sa principale filiale se trouvent à Montréal. Ses centres opérationnels de Trois-Rivières (plus de 550 employés) et Burlington (plus de 1000 salariés) regroupent notamment des travailleurs affectés au service à la clientèle ainsi qu’au soutien technique. Le 2 septembre, Altice, pour laquelle l’offre pour Cogeco est une manière de mettre la main sur les activités d’Atlantic Broadband — huitième câblodistributeur américain — a pris tout le monde de court. La compagnie, quatrième câblodistributeur du pays, a mis des détails sur la table. Dans sa proposition, elle promet 800 millions à la famille Audet et céderait les actifs canadiens pour 4,9 milliards à Rogers.

L’actionnaire de contrôle avait immédiatement rejeté l’offre. La société familiale, Gestion Audem, retient 69 % des droits de vote de Cogeco et 82,9 % de Cogeco Communications par le jeu d’actions à droits de vote multiples. Le président exécutif de la société québécoise et représentant de la famille, Louis Audet, a martelé ensuite que le refus ne constituait « en rien une position de négociation », qu’il était « définitif ».

Deux jours après les propos inquiets du premier ministre François Legault, qui disait craindre le déménagement du centre décisionnel de Cogeco vers l’Ontario lors d’une entrevue au FM93, Rogers a voulu se faire rassurante en s’engageant à maintenir le siège social de Cogeco au Québec, disant souhaiter même « accroître sa présence au Québec ».

Altice et Rogers n’ont également pas semblé tenir cette position pour acquise. Pour le chef de la direction de la société américaine, Dexter Goei, ce dossier constitue un « marathon » et non un « sprint », a-t-il déclaré le 9 septembre dans le cadre d’une conférence virtuelle destinée aux investisseurs organisée par Merrill Lynch / Bank of America. Le chef de la direction de Rogers Communications, Joe Natale, qui participait également à l’événement dans le cadre d’un atelier distinct, a quant à lui réitéré que le géant ontarien des télécommunications était toujours « engagé » à l’endroit de la proposition dévoilée la semaine précédente.

« Peut-être qu’il y aura d’autres étapes dans cette affaire, mais une pause peut être justifiée avant que ces correspondants haussent le ton une nouvelle fois », a souligné l’analyste Adam Shine de la Financière Banque Nationale. Il a ajouté que rien ne laissait présager que Cogeco et sa principale filiale étaient disposées à vendre la compagnie et qu’il était justifié de se demander si Altice USA et Rogers sauront convaincre la famille Audet de changer son fusil d’épaule.

Avec Le Devoir

 

À voir en vidéo