Ottawa doit voler au secours des transporteurs aériens, selon Airbus Canada

Seuls 100 des 350 employés de l’usine d’Airbus à Mirabel qui avaient été mis à pied ont été rappelés, sur les 2800 qui y œuvraient avant la crise.
Photo: Thibault Camus Associated Press Seuls 100 des 350 employés de l’usine d’Airbus à Mirabel qui avaient été mis à pied ont été rappelés, sur les 2800 qui y œuvraient avant la crise.

Devant la détérioration des prévisions concernant le transport de passagers, le temps presse et le gouvernement fédéral devrait absolument offrir un soutien spécifique aux transporteurs aériens, estime Airbus Canada, en faisant valoir qu’une telle aide renforcerait les bases de l’ensemble de l’écosystème aéronautique du pays.

« Il est urgent que le gouvernement fédéral aide les compagnies aériennes canadiennes, discute avec elles, comprenne leurs enjeux et voie comment les aider », a dit en entrevue téléphonique le chef des activités d’Airbus au Canada, Philippe Balducchi. D’autres pays, comme les États-Unis et la France, ont déjà offert une aide aux entreprises, précise-t-il.

« Je ne parle pas forcément d’une aide financière. L’industrie aéronautique est “en première ligne” des impacts de la crise. Il ne faut pas juste regarder la compagnie aérienne, que ce soit Air Canada, WestJet, Porter, etc. Derrière, il y a tout l’écosystème de l’aéronautique industriel et de services, qui est un joyau », a ajouté M. Balducchi. Il est également p.-d.g. de la société en commandite Airbus Canada, qui assemble les appareils A220 à Mirabel. L’établissement a réduit sa cadence de quatre avions par mois à trois et rappelé seulement 100 des 350 personnes mises à pied, sur les 2800 qui y œuvraient avant la crise.

La nouvelle sortie de M. Balducchi survient un mois et demi après celle, très remarquée, du président et chef de la direction d’Air Canada, Calin Rovinescu. Au moment de publier les résultats trimestriels de la compagnie, ce dernier a laissé entendre en juillet que l’absence d’un appui gouvernemental à l’industrie pourrait forcer Air Canada à étudier certaines façons de réduire ses coûts, par exemple des suspensions de liaisons ou des annulations de commandes auprès de Boeing ou d’Airbus.

Prévisions revues

En juin, le chef de la direction d’Airbus au Canada avait affirmé à RDI Économie qu’il y avait bien sûr les aides générales pour l’ensemble des entreprises, mais qu’il ne voyait pas de « signaux forts » indiquant un soutien spécifique de la part d’Ottawa. Or, depuis ce temps, a-t-il dit au Devoir, l’Association internationale du transport aérien a revu ses attentes : elle ne parle plus d’une baisse de 46 % du transport international de voyageurs en 2020, mais de 55 %. « C’est très problématique pour le transport aérien, donc pour l’économie en tant que telle, mais en particulier pour l’industrie aéronautique. Si nos clients vont mal, on va tous mal. »

Sur 13 appareils livrés par Airbus Canada cette année, sept l’ont été chez Air Canada. Pendant la crise, plus précisément, le transporteur a pris livraison de quatre des cinq avions assemblés à Mirabel. « D’abord parce que les clients ne pouvaient pas venir chercher les avions, et Air Canada a tenu bon. C’est important pour nous que les transporteurs puissent voler, puissent transporter des passagers, ou que, s’ils ne le peuvent pas, qu’ils puissent bénéficier d’une aide spécifique », a dit M. Balducchi. Aucune commande n’a été annulée à ce jour. Si des transporteurs se mettaient à annuler des commandes pour limiter leurs coûts, cela aurait un effet sur le renouvellement des flottes. Ce retard dans la modernisation, estime M. Balducchi, signifie qu’« on aura des flottes plus anciennes et plus polluantes ».

Également aux premières loges de la crise, les infrastructures aéroportuaires partout dans le monde se sont vidées. Aéroports de Montréal a indiqué le mois dernier que le volume de passagers en 2020 devrait afficher un recul de 71 % par rapport à 2019. En France, le Groupe ADP, qui gère les aéroports Charles-de-Gaulle et Paris-Orly, évoque de son côté une chute de 62 %. À Toronto, les autorités de l’aéroport Pearson ont relevé une diminution de 58 % pour les six premiers mois de 2020 par rapport à l’an dernier.

Le Conseil des aéroports du Canada a récemment demandé au gouvernement fédéral de prolonger le congé de loyers « de plusieurs années » afin de leur permettre de reprendre le contrôle sur les coûts. Dans une mise à jour de ses prévisions, l’organisme, qui demande également des prêts sans intérêt, a estimé que la baisse de l’achalandage dans les aéroports canadiens sera de 65 % même en 2021. Il est difficile de prédire la mine qu’affichera le secteur du transport aérien « lorsque les Canadiens seront de nouveau prêts à voyager », a-t-il écrit le 4 septembre.

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