​Analyse: une deuxième vague moins dure sur l’économie?

   <caption>Selon une  enquête du Pew Research Center, les pays européens placent le changement climatique en tête des principales menaces mondiales contre l’économie. Sur cette photo, un tronçon de la Loire, dans  la commune  d’Ancenis, montre l’intensité des récents épisodes de sécheresse en France. </caption>
Sébastien Salom-Gomis Agence France-Presse Selon une enquête du Pew Research Center, les pays européens placent le changement climatique en tête des principales menaces mondiales contre l’économie. Sur cette photo, un tronçon de la Loire, dans la commune d’Ancenis, montre l’intensité des récents épisodes de sécheresse en France.

Les doigts sont croisés. Si une deuxième vague pandémique doit déferler, son impact économique sera, espère-t-on, moins sévère que la première en l’absence d’une mutation virale modifiant le profil de contagion.

S’il y a présentement recrudescence des cas d’infection dans les pays occidentaux, le nombre de décès ne suit pas, mettent en exergue les analystes de la Banque Nationale dans une note succincte publiée mercredi. La démographie des cas d’infection est différente présentement, les personnes touchées étant plus jeunes alors que celles qui sont plus à risque sont mieux protégées ou prennent davantage de précautions. L’exercice de dépistage se veut également plus dynamique. Si cette première lecture dans un environnement postconfinement et de rentrée scolaire sert de présage à une potentielle deuxième vague, il est permis d’anticiper que le choc économique d’un tel événement sera, de loin, moins ressenti que le précédent.

Au Canada, 90 % des décès liés à la COVID-19 sont survenus chez les personnes de 70 ans et plus, une cohorte qui compte pour 26 % des cas déclarés, écrivent les analystes Matthieu Arseneau et Alexandra Ducharme. L’âge étant un facteur dominant dans l’équation, on peut penser qu’en l’absence de mutation du virus, les gouvernements limiteront cette fois la mise en pause de l’économie et canaliseront l’intervention vers la protection des personnes à risque ou vulnérables, disent-ils.

D’autant que personne n’a vu venir l’ampleur de la crise économique engendrée par la crise sanitaire et que les scénarios préliminaires de reprise en V ou en U sont rapidement devenus une caricature. Aux États-Unis, le Bureau du budget du Congrès a évoqué un effet économique de longue durée. Sur dix ans, soit entre 2020 et 2030, l’impact est chiffré à une réduction cumulative du PIB réel équivalant à 37 % du PIB de 2019, reprend l’étude la Banque Nationale. Doivent s’y greffer la persistance de déficits budgétaires. Sans oublier les effets des mesures de confinement sur d’autres aspects de la santé humaine.

Les analystes ont ajouté que sur une trentaine de variables pouvant expliquer l’écart du taux de mortalité lié à la COVID-19 entre les pays de l’OCDE, la mobilité de la population se démarque. Suivent la démographie liée à l’âge, le poids du tourisme international dans l’économie et la qualité du système de santé. Si les restrictions à la mobilité et la rapidité à imposer le confinement sont une clé importante dans la limitation de la propagation du virus, ils n’expliquent toutefois que 31,2 % de la différence du taux de mortalité entre les pays étudiés.

D’où la croyance en une retenue advenant une deuxième vague. Une croyance renforcée par l’accroissement des connaissances depuis l’éclatement de la pandémie, par les changements apportés notamment en matière de télétravail et de biosécurisation du transport aérien et par les programmes de dépistage et de traçage des cas. Mais une croyance qui pourrait trouver ses limites dans une gestion plus cacophonique des cas d’hospitalisation advenant une coïncidence avec la grippe saisonnière.

Et le risque climatique ?

Pas étonnant, donc, que les maladies infectieuses soient désormais placées au sommet de la liste des grandes menaces mondiales, comme ce fut le cas pour le terrorisme lorsque les groupes extrémistes monopolisaient l’actualité. Ainsi, 69 % des gens considèrent la propagation des maladies infectieuses comme une menace majeure pour leur pays, relève Pew Research Center dans un sondage réalisé dans 14 pays à économie dite avancée, dont le Canada.

Une proportion élevée qui n’empêche pas le risque climatique de demeurer en tête des préoccupations, avec un taux de 70 % ,sauf aux États-Unis, où il arrive deuxième, à hauteur de 62 % contre 78 % pour le risque de propagation de maladies.

Le centre de réflexion américain indépendant ajoute que les pays européens inclus dans l’enquête placent le changement climatique bien avant le risque de propagation : à 83 % pour la France, l’Italie et l’Espagne. Au Canada, ces deux risques se partagent le premier rang avec un poids de 67 %.

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