La reprise a été surprenante, mais elle s’essoufflera, prévient la Banque du Canada

La Banque entend maintenir son taux directeur plancher jusqu’à ce que l’inflation revienne à sa cible de 2% «de manière durable».
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne La Banque entend maintenir son taux directeur plancher jusqu’à ce que l’inflation revienne à sa cible de 2% «de manière durable».

Après l’effondrement que l’on sait de l’activité économique causé par la pandémie, la seconde moitié de l’année s’est ouverte avec une reprise « plus rapide » que prévu, admet la Banque du Canada. Mais qu’on ne s’y trompe pas, la récupération à venir s’annonce toujours « lente et en dents de scie ».

La banque centrale canadienne n’a surpris personne, mercredi, en laissant son taux directeur là où elle l’a abaissé aussitôt que la pandémie de coronavirus s’est abattue sur le pays, c’est-à-dire à ce qu’elle considère sa « valeur plancher » de 0,25 %. L’institution avait indiqué en juillet son intention de laisser inchangé son principal outil de politique monétaire tant que l’économie canadienne n’aura pas largement rattrapé son retard accumulé à cause de la crise, soit vraisemblablement pas avant quelque part en 2022.

Dans le bref communiqué expliquant sa décision, la Banque a admis mercredi qu’après un recul total de 13 % durant les six premiers mois de l’année, « la reprise de l’activité au troisième trimestre semble plus rapide qu’on le prévoyait », à la faveur, notamment, du déconfinement de l’économie, des programmes d’aide financière d’urgence des gouvernements et de sa politique monétaire ultra-accommodante. « Les dépenses des ménages ont nettement rebondi au cours de l’été, la consommation de biens et l’activité dans le secteur du logement étant plus fortes que prévu en raison surtout de la demande refoulée. Un rebond fort, mais inégal, de l’emploi a aussi été constaté. »

Bien que profitant d’un certain renforcement de la demande étrangère, notamment américaine, les exportations restent cependant « largement inférieures à leurs niveaux d’avant la pandémie », a-t-elle continué. La confiance et les investissements des entreprises ont encore une grosse pente à remonter.

La reprise de l’activité au troisième trimestre semble plus rapide qu’on le prévoyait

 

Aussi, « la Banque s’attend toujours à une récupération lente et en dents de scie, l’économie subissant les effets de l’incertitude et des défis structurels ».

Explosion du bilan de la Banque

Dans ce contexte, non seulement la Banque entend-elle maintenir son taux directeur plancher jusqu’à ce que l’inflation revienne à sa cible de 2 % « de manière durable », mais elle continuera aussi d’injecter des liquidités dans le marché financier en achetant « à grande échelle » des obligations du gouvernement du Canada, à raison d’au moins 5 milliards par semaine et à un rythme qui « sera modulé de façon à procurer le niveau de détente monétaire nécessaire pour soutenir la reprise ».

Ces mesures dites « d’assouplissement quantitatif » ont fait plus que tripler le bilan de la banque centrale canadienne seulement durant les six premiers mois de l’année, le faisant passer d’un total d’un peu moins de 120 milliards à près de 530 milliards, rapportait la Banque en juillet. Cela demeure moins, toutefois, en proportion de la taille de l’économie (plus de 20 % du PIB), que la Réserve fédérale américaine (plus de 30 %), que la Banque centrale européenne (plus de 50 %) ou que la Banque du Japon (presque 120 %).

« Tout indique que la progression de l’économie canadienne entrera bientôt dans une phase plus modérée, au moment où les effets néfastes persistants de la COVID-19 seront plus perceptibles », a commenté l’économiste au Mouvement Desjardins, Benoit P. Durocher, dans une brève analyse.

Or, a observé son confrère à la CIBC, Royce Mendes, avec la Banque du Canada qui conduit déjà sa politique monétaire « le pied au plancher », « il reviendra aux élus et à leurs politiques budgétaires d’apporter toute stimulation économique supplémentaire qui apparaîtrait nécessaire ».

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