​Analyse: insolvabilité sous surveillance

En pause durant les premiers mois de la pandémie, l’insolvabilité a repris une voie ascendante chez les consommateurs cet été.
Francis Vachon Le Devoir En pause durant les premiers mois de la pandémie, l’insolvabilité a repris une voie ascendante chez les consommateurs cet été.

Faisant une pause durant les premiers mois de la pandémie, l’insolvabilité a repris une voie ascendante chez les consommateurs cet été. Juin et juillet semblent attester le scénario des analystes prédisant un retour à des niveaux de récession au cours des prochains mois.

Selon les dernières données du Bureau du surintendant des faillites (BSF), le nombre total de dossiers d’insolvabilité déposés en juillet était en baisse de 42,5 % par rapport à juillet 2019. Ramené sur la période de 12 mois ayant pris fin le 31 juillet, il était en recul de 10,8 % par rapport à la période correspondante terminée le 31 juillet 2019. Mais derrière ces chiffres témoignant d’une forte contraction au début de la pandémie pourrait se cacher un retour à la tendance qui prévalait avant la mise sur pause provoquée par la COVID-19.

Ainsi, après le premier repli de mars et la forte baisse d’avril et mai, l’insolvabilité a repris sa marche haussière au Canada en juin et juillet. Selon les statistiques du BSF, le nombre total de dossiers d’insolvabilité a augmenté de 3,1 % en juillet par rapport au mois précédent. Il venait d’augmenter de 4,7 % en juin par rapport au mois d’avant. « Avant les énormes pertes de revenu généralisées et l’incertitude économique provoquées par la COVID, le nombre de dossiers d’insolvabilité de consommateurs était en hausse au Canada. Les récentes statistiques pourraient annoncer un retour à cette tendance », a indiqué mercredi Mark Rosen, président du conseil d’administration de l’Association canadienne des professionnels de l’insolvabilité et de la réorganisation (ACPIR).

Effectivement, avant le début officiel de la pandémie, les observations du BSF faisaient ressortir une hausse de 8,4 % du nombre total de dossiers d’insolvabilité entre les premiers trimestres de 2019 et de 2020. Et au cours de la période de 12 mois qui a pris fin le 31 mars, ce nombre était en progression de 8,4 % par rapport à la période correspondante terminée le 31 mars 2019.

Les modalités de paiement

« À l’heure actuelle, il est impossible de connaître avec exactitude l’ampleur de l’incidence de la pandémie sur le nombre de dossiers d’insolvabilité déposés, mais la situation s’annonce difficile, particulièrement lorsque les mesures de soutien financier diminueront ou prendront fin », poursuit l’ACPIR.

Il est attendu que le taux d’insolvabilité reviendra à la normale, qu’il retrouvera ses couleurs de récession. D’autant que le scénario dominant repousse un retour du taux de chômage à son niveau de prépandémie à 2022.

Rappelons les résultats d’un sondage réalisé par la Banque CIBC, publiés le 29 juin, soulignant que, pour les 22 % de répondants qui ont dû emprunter davantage au cours des 12 derniers mois, les dépenses courantes constituaient la principale raison de leur emprunt, suivies d’une perte de revenu et d’une perte d’emploi. Selon, cette fois, l’Indice des dettes à la consommation compilé pour le cabinet de professionnels en insolvabilité MNP, ils étaient 41 % à dire qu’ils se retrouvent à 200 $ ou moins de l’insolvabilité à la fin du mois, d’après un sondage réalisé par Ipsos au début de juin.

Pour l’ACPIR, la mise sur pause de l’insolvabilité observée entre mars et mai est en grande partie attribuable à l’assouplissement des modalités de paiement apporté par les créanciers, les locateurs et les administrateurs, combiné aux mesures temporaires de soutien du revenu mises en place par le gouvernement. Mais « la pandémie accroîtra l’endettement excessif auquel les Canadiens faisaient déjà face », croit-elle.

En guise d’illustration, selon les données du Bureau du surintendant des institutions financières, au 30 juillet, les reports de prêts hypothécaires résidentiels impayés s’élevaient à environ 170 milliards de dollars uniquement pour les six plus grandes banques, la majorité devant arriver à échéance au cours des deux prochains mois.

Pour sa part, l’Association des banquiers canadiens souligne que, jusqu’au 31 juillet, 13 banques membres de l’ABC ont fourni un soutien sous forme de sursis ou de saut des paiements hypothécaires à plus de 775 000 particuliers, ce qui représente environ 16 % de leurs portefeuilles hypothécaires. Et plus de 470 000 demandes de remise de paiements de cartes de crédit soumises à huit banques ont été traitées ou sont en cours de traitement.

Du côté des entreprises, jusqu’au 27 août, 730 000 prêts du Compte d’urgence pour entreprises canadiennes ont été approuvés par les institutions financières. Les banques ont aussi accordé plus de 85 000 reports de paiements à leurs clients commerciaux.

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