Recul historique de l’économie canadienne

Le produit intérieur brut (PIB) canadien a fondu de 11,5% d’avril à juin inclusivement, a rapporté vendredi Statistique Canada.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le produit intérieur brut (PIB) canadien a fondu de 11,5% d’avril à juin inclusivement, a rapporté vendredi Statistique Canada.

La pandémie de coronavirus a infligé ce printemps à l’économie canadienne son pire recul en trois mois depuis au moins 60 ans. Mais cette récession hors de l’ordinaire semble déjà avoir cédé la place à un certain rebond.

Le produit intérieur brut (PIB) canadien a fondu de 11,5 % d’avril à juin inclusivement, a rapporté vendredi Statistique Canada. Équivalente à un recul de 38,7 % en rythme annualisé, a souligné l’agence, cette baisse au deuxième trimestre se révélait « la plus prononcée depuis le début de la collecte des données trimestrielles en 1961 » et venait après un premier repli de 2,1 % (8,2 % en taux annualisé) durant les trois premiers mois de l’année.

La seule baisse de 11,5 % au deuxième trimestre pulvérise déjà la perte totale essuyée au Canada durant la dernière Grande Récession de 2008-2009 (4,4 %), ont observé dans une analyse les économistes de la Banque Nationale, Jocelyn Paquet et Kyle Dahms. Elle se révèle un peu plus sévère que ce qu’ont eux-mêmes subi les États-Unis (-9,1 %) ou le Japon (-7,8 %) au deuxième trimestre cette année, mais paraît mieux en comparaison du sort subi par l’Italie (-12,4 %), la France (-13,8 %) ou le Royaume-Uni (-20,4 %).

Le résultat, rappelle Statistique Canada, « des fermetures généralisées des entreprises non essentielles, des fermetures de frontières et des restrictions de voyage et d’activités touristiques en réponse à la pandémie de COVID-19 », ce terrible coup frein économique s’est répercuté aussi bien sur les dépenses des ménages (-13,1 %), l’investissement dans le logement (-14,9 %) l’investissement des entreprises (-16,2 %) ainsi que le volume des exportations (-18,4 %) et des importations (-22,6 %).

Augmentation du revenu des Canadiens

La mise en veille et le confinement de pans entiers de l’économie n’ont pas manqué de sérieusement plomber les profits des entreprises (-13,3 %) et de conduire à « la plus forte baisse jamais enregistrée » en trois mois de la rémunération versée aux employés (-8,9 %).

Mais cette dernière baisse « a été plus que contrebalancée par la hausse marquée des transferts gouvernementaux aux ménages » visant à compenser l’impact de la crise, comme la Prestation canadienne d’urgence (PCU), observe Statistique Canada, si bien que, plutôt que de reculer, le revenu disponible des ménages a effectivement augmenté de 10,8 % au deuxième trimestre. Et comme les occasions, ou l’envie, de dépenser se sont faites plus rares, le taux d’épargne des ménages a bondi à un sommet historique de 28,2 % du revenu disponible contre 3,1 % à pareille date l’an dernier.

« La bonne position financière des ménages leur permettra de participer pleinement à la reprise de l’économie », a estimé dans une analyse Benoit P. Durocher, économiste au Mouvement Desjardins. Cette reprise avait d’ailleurs déjà commencé au mois de mai avec le début du renversement des mesures de confinements des gouvernements.

À raison d’une augmentation du PIB de 4,8 % en mai, 6,5 % en juin et de 3 % en juillet (selon une estimation provisoire de Statistique Canada), on pourrait s’attendre au troisième trimestre à un rebond d’environ 10 % ou 45 % en rythme annualisé, selon l’analyste.

« La récupération de l’économie canadienne va bon train, en conclut Benoit P. Durocher. Cela dit, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour retrouver le niveau d’avant la crise. Or, plusieurs incertitudes persistent et la reprise demeure très inégale au sein des différents secteurs d’activité. De plus, la possibilité qu’une seconde vague de la pandémie survienne plus tard dans l’année ne peut pas être totalement écartée. »

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