Le PIB canadien s’est contracté de 38,7% au deuxième trimestre, un record

La pandémie de COVID-19 a conduit à la fermeture d’entreprises non essentielles et a ralenti l’économie.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne La pandémie de COVID-19 a conduit à la fermeture d’entreprises non essentielles et a ralenti l’économie.

L’économie a affiché la plus forte baisse jamais enregistrée au deuxième trimestre, la pandémie de COVID-19 ayant forcé la fermeture d’entreprises non essentielles et ralenti l’activité, a indiqué Statistique Canada, vendredi.

Le produit intérieur brut (PIB) canadien s’est contracté à un taux annualisé de 38,7 % au cours de cette période de trois mois, sa pire performance trimestrielle depuis que les données ont commencé à être compilées, en 1961. Les économistes tablaient sur une chute de 39,6 % pour le trimestre, selon la firme de données sur les marchés financiers Refinitiv.

Presque tous les indicateurs de l’économie servant à calculer le PIB ont touché un creux au cours de la période qui s’est échelonnée d’avril à juin — en grande partie en raison des mesures de confinement déployées en avril. Toutefois, l’économie a affiché un rebond de 4,8 % en mai et l’augmentation a été de 6,5 % en juin, a indiqué l’agence statistique.

L’estimation préliminaire de Statistique Canada pour juillet table sur une hausse de 3 % du PIB réel — ajusté à l’inflation — ce qui aurait été un record mensuel avant cette année, a déclaré l’économiste en chef de la Banque de Montréal, Douglas Porter. L’économie semble reprendre du poil de la bête plus rapidement que prévu.

« Cela signifie que les dégâts n’étaient pas aussi graves que nous le pensions au deuxième trimestre et que les premières étapes du rebond ont répondu aux attentes », a-t-il indiqué au cours d’une entrevue.

Le deuxième trimestre devrait être la pire séquence de trois mois pour l’économie cette année avant ce qui devrait être une reprise qui s’annonce longue et sinueuse.

L’économiste principal de Banque TD, Brian DePratto, a écrit dans une note que les nouvelles données suggèrent que la forme de la reprise pourrait ressembler davantage à un « K » où certains secteurs rebondissent bien, tandis que d’autres sont laissés pour compte.


Baisse record des dépenses

Le plongeon du PIB observé au deuxième trimestre s’explique notamment par une baisse record des dépenses, alors que les entreprises étaient fermées, que les mesures de restrictions étaient imposées par les autorités et qu’un grand nombre de travailleurs étaient privés de leur gagne-pain.

Les dépenses des ménages, pilier de l’économie canadienne, ont chuté de 13,1 % et les investissements des entreprises ont décliné de 16,2 %, selon Statistique Canada. La rémunération des employés a chuté de 8,9 %, la plus forte baisse jamais enregistrée, car les travailleurs ont été licenciés ou ont vu leurs heures réduites.

L’aide d’urgence fédérale, en particulier par l’entremise de la Prestation canadienne d’urgence (PCU), a plus que compensé cette baisse, selon l’agence, qui a souligné que le revenu disponible des ménages avait grimpé de 10,8 %.

Cela a fait grimper le taux d’épargne des ménages à 28 %, ce qui laisse croie qu’il reste « potentiellement des liquidités supplémentaires à dépenser » dans les mois à venir, a estimé l’économiste principal à la Banque CIBC, Royce Mendes.

Dans l’ensemble, les principaux transferts aux particuliers — comme les prestations destinées aux aînés, les prestations d’assurance-emploi et la Prestation canadienne d’urgence — ont bondi de 193,5 % d’une année à l’autre entre avril et juin, atteignant environ 70,6 milliards $. La Subvention salariale d’urgence du Canada a également représenté des dépenses de 22,8 milliards $ au cours des trois premiers mois de l’année financière en cours, a indiqué vendredi le ministère fédéral des Finances.

Le gouvernement Trudeau propose maintenant un ensemble de prestations estimé à 37 milliards $ et des modifications à l’assurance-emploi lorsque la PCU prendra fin le mois prochain, ce qui alourdira le déficit record prévu à 343 milliards $.

Pour l’économiste et consultante Roslyn Kunin, si les dépenses massives paraissaient logiques au début de la pandémie, cela ne sera peut-être plus le cas lorsque l’économie aura traversé la crise sanitaire.

« Continuer sur la même voie n’est peut-être pas la chose la plus sage parce que nous sommes dans une situation (qui perdurera) pour cinq à 10 ans », a expliqué l’ex-économiste pour le gouvernement fédéral.

Jeudi, l’agence de notation de crédit Fitch Ratings a indiqué que la crise sanitaire avait eu « un impact permanent » sur le potentiel de croissance économique au Canada.

Elle avait signalé que les dépenses publiques demeuraient élevées alors que l’activité économique mettrait des années à se redresser, ajoutant qu’elle pourrait devoir encore abaisser la cote de crédit du pays si les déficits et les dettes n’étaient pas maîtrisés.

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