​Analyse: des banquiers centraux qui cherchent à être de leur temps

La Fed s’est montrée impuissante à stimuler assez l’économie américaine pour ramener l’inflation à la cible de 2%, et ce, même lorsque le taux directeur de la Fed est à zéro et qu’elle fait rouler la planche à billets à plein régime comme aujourd’hui.
Photo: iStock La Fed s’est montrée impuissante à stimuler assez l’économie américaine pour ramener l’inflation à la cible de 2%, et ce, même lorsque le taux directeur de la Fed est à zéro et qu’elle fait rouler la planche à billets à plein régime comme aujourd’hui.

Signe des temps, les banquiers centraux de la planète ne pourront pas se retrouver dans le décor enchanteur de la vallée de Jackson Hole, au Wyoming, cette fois. Entièrement virtuel, leur traditionnel rendez-vous annuel sera quand même l’occasion d’aborder des problèmes bien réels, pour ne pas dire existentiels… cette année encore.

L’an dernier, il était question de l’effet déstabilisateur et destructeur des gouvernements populistes, notamment celui du président américain, Donald Trump, ainsi que du degré de préparation en cas de choc économique mondial. Cette année, il s’agit de faire le bilan des dégâts et de voir ce qu’on peut faire pour aider à arranger les choses.

L’hôte de la fête, le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Jerome Powell, a lancé l’événement en grand, en annonçant, jeudi, un changement important dans la façon de conduire sa politique monétaire dans l’espoir de se redonner un peu plus d’influence sur le cours de la crise économique actuelle et des crises à venir.

Plutôt que de continuer à modifier ses taux d’intérêt de façon à toujours garder l’inflation le plus près possible de sa cible de 2 %, la banque centrale américaine se dit prête désormais à maintenir des conditions monétaires accommodantes après que l’inflation eut atteint sa cible, ou qu’elle l’eut même dépassée, si cela permet de compenser du temps passé sous cette même cible et de manière à ce que ce soit l’inflation moyenne pour une période donnée qui soit de 2 %. On entend également attendre un peu avant de lever le pied de l’accélérateur monétaire même lorsqu’on approchera de ce que l’on estime être le plein-emploi.

De façon immédiate et pratique, cela équivaut à une promesse de conditions monétaires ultra-accommodantes pour au moins quelques années encore. Plus fondamentalement, il s’agit d’un aveu d’impuissance — non seulement depuis quelques mois, mais depuis au moins la dernière crise financière, il y a plus de dix ans — à suffisamment stimuler l’activité économique aux États-Unis pour ramener l’inflation à la cible de 2 %, et ce, même lorsque le taux directeur de la Fed est à zéro et qu’elle fait rouler la planche à billets à plein régime comme aujourd’hui.

« L’économie est en constante évolution et la stratégie [de la Fed] pour atteindre ses objectifs doit s’adapter pour relever les nouveaux défis qui se présentent », a déclaré à l’AFP son patron qui a été nommé par Donald Trump, mais qui est tout de suite devenu l’une de ses têtes de Turc préférées.

La Fed n’est pas la seule banque centrale à se demander s’il n’y aurait pas une meilleure façon d’assurer une croissance économique durable et la stabilité financière dans un contexte où l’on craint d’être déjà en train de préparer la prochaine crise économique à force de faibles taux d’intérêt qui incitent à l’endettement ou, pire encore, de se diriger vers un marasme déflationniste à l’instar du Japon depuis 30 ans.

Procédant à un tel réexamen aux cinq ans, la Banque du Canada est l’une d’elles, aux côtés notamment de ses homologues européennes et britannique. On y soupèsera, jusqu’à l’an prochain, non seulement un changement général d’approche, comme aux États-Unis jeudi, mais aussi le recours à de nouveaux outils d’intervention, comme les taux d’intérêt négatifs.

Il faudra aussi admettre que la banque centrale n’est pas toujours la mieux placée pour agir efficacement, a déclaré dans un discours mercredi sa première sous-gouverneure, Carolyn Wilkins, citant le resserrement des règles hypothécaires pour freiner l’endettement des ménages canadiens ainsi que l’aide financière d’urgence et les futurs plans de relance économique des gouvernements en cette période de crise de COVID-19.

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