Les Canadiens sondés sur leur future politique monétaire

Tous les cinq ans, le gouvernement fédéral fait le point avec la banque centrale sur son principal mandat en matière de politique monétaire.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Tous les cinq ans, le gouvernement fédéral fait le point avec la banque centrale sur son principal mandat en matière de politique monétaire.

La Banque du Canada a lancé lundi sa première consultation auprès du grand public afin de déterminer si sa priorité doit rester le maintien d’une inflation basse et stable, ou plutôt l’atteinte d’un certain niveau de croissance économique ou du plein-emploi.

Tous les cinq ans, le gouvernement fédéral fait le point avec la banque centrale sur son principal mandat en matière de politique monétaire. À cette occasion, on a pris l’habitude de consulter des experts et les principaux groupes d’intérêt susceptibles d’avoir une opinion sur le sujet.

Depuis une trentaine d’années, cet exercice a chaque fois conclu que la meilleure façon pour la Banque du Canada d’assurer le bien-être économique à long terme au pays est de jouer avec les taux d’intérêt afin de maintenir la hausse des prix à un niveau bas et stable, qu’on a fixé, depuis presque autant de temps, à un taux d’inflation annuel moyen de 2 %.

En vue du prochain renouvellement de son entente avec Ottawa, prévu à la fin de 2021, la Banque a dit lundi vouloir obtenir le point de vue des Canadiens par l’entremise d’un questionnaire accessible en ligne jusqu’au 1er octobre de cette année. « Pour bien planifier, il faut d’abord écouter, et nous voulons entendre ce que vous avez à dire », a déclaré dans un communiqué son nouveau gouverneur, Tiff Macklem.

Dans le questionnaire, on sonde l’effet de l’inflation sur la qualité de vie des répondants. On présente les risques et avantages de taux d’intérêt plus élevés ou plus volatils. On explique les nouveaux outils de politiques monétaires que la Banque pourrait utiliser en temps de crise en plus de la baisse des taux d’intérêt, comme l’assouplissement quantitatif ou les taux d’intérêt négatifs.

Des approches alternatives

On soumet enfin des approches alternatives au ciblage de l’inflation moyenne, comme le ciblage d’un niveau de croissance économique moyen, un ciblage du niveau des prix à long terme qui permettrait à la Banque de procéder à des corrections ponctuelles plus musclées de ses taux d’intérêt ou encore un double mandat qui, à l’instar de la Réserve fédérale américaine, poursuivrait à la fois le contrôle de l’inflation et le niveau maximal d’emploi.

« Je ferais le pari que la décision de maintenir le statu quo à la Banque est déjà pas mal prise et que l’objectif de cette consultation est autant de mesurer le niveau de compréhension des gens de la politique monétaire que d’avoir leurs opinions », observe Steve Ambler, professeur d’économie à l’UQAM et principal expert de politique monétaire de l’Institut C.D. Howe.

Première banque centrale, avec celle de la Nouvelle-Zélande, à s’être dotée d’une cible d’inflation moyenne, la Banque du Canada a largement été imitée par la suite. La cible de 2 % a d’ailleurs été atteinte avec une précision impressionnante, note l’expert, du moins jusqu’à la dernière crise financière après quoi tout le monde s’est mis à avoir beaucoup plus de mal à ranimer la croissance et, avec elle, l’inflation, en dépit de taux d’intérêt très bas.

Aujourd’hui, l’inflation est presque nulle et la Banque du Canada maintient son taux directeur à seulement 0,25 % et injecte des milliards dans les marchés financiers (assouplissement quantitatif) afin d’aider l’économie à s’extraire de la récession dans laquelle l’a plongée la pandémie de coronavirus. « Les 12 à 18 prochains mois seront déterminants pour voir si l’on parviendra à revenir à la cible. »

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