Trêve au port de Montréal

Le conseiller syndical des débardeurs, Michel Murray, et le président de l’Association des employeurs maritimes, Martin Tessier, se sont entendus sur la suspension des moyens de pression au port de Montréal jusqu’en mars prochain.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le conseiller syndical des débardeurs, Michel Murray, et le président de l’Association des employeurs maritimes, Martin Tessier, se sont entendus sur la suspension des moyens de pression au port de Montréal jusqu’en mars prochain.

Paralysé par une grève générale illimitée depuis le 10 août, le port de Mont-réal redémarrera ses activités dimanche matin à 7 h : l’Association des employeurs maritimes (AEM) et le syndicat des débardeurs ont conclu une entente de principe portant sur une trêve de sept mois, histoire de se concentrer sur la négociation. Selon la partie patronale, ce sont les propos inquiets du ministre de l’Économie, tenus la veille en commission parlementaire, qui ont fait bouger les choses.

Les parties, qui négocient le renouvellement de la convention collective touchant plus de 1100 débardeurs depuis 2018, ont précisé en conférence de presse conjointe que l’entente de trêve prévoit l’absence complète de moyens de pression et de commentaires publics au sujet des pourparlers.

Les débardeurs ont déclenché une grève générale illimitée le 10 août, une situation qui paralyse une bonne partie des activités au port de Montréal et qui a forcé le déroutage de navires vers Halifax et Saint John. Cet arrêt des activités a suscité l’inquiétude dans certains milieux où l’on craignait la pénurie éventuelle de certains intrants importants. Au cœur des discussions figurent notamment les horaires de travail.

« Quand j’ai entendu le ministre Fitzgibbon, je me suis dit qu’il faut être plus intelligent qu’orgueilleux », a dit le président de l’AEM, Martin Tessier. C’est la première fois en 50 ans que les parties patronale et syndicale s’avancent ensemble devant les médias, a-t-il dit, en décrivant l’effort concerté et la trêve comme étant des efforts pour « moderniser nos relations de travail ».

Invité par un député d’opposition à décrire sa lecture du conflit et de l’impact de la grève, le ministre Fitzgibbon s’est dit plus inquiet du port de Montréal que de la pandémie.

Bénéfique pour la discussion

« Les deux, on était d’accord pour dire que la grève avait assez duré », a dit le conseiller syndical des débardeurs, Michel Murray. Il a bon espoir d’en arriver à une entente négociée d’ici la fin de l’expiration de la trêve, en mars 2021.

Le « pas de recul » des parties visant à rouvrir le port « va être bénéfique pour la suite des négociations ». 

Les rapports de force ont été clairement démontrés de part et d’autre, selon lui. « Le syndicat ne part pas avec l’esprit d’avoir à refaire les moyens de pression qu’on a faits dans l’exercice des sept prochains mois. »

L’entente sur la trêve comprend des éléments permettant aux parties, d’un commun accord, d’aller vers un arbitrage de différends s’il persiste des divergences sur certaines clauses.

Les deux, on était d’accord pour dire que la grève avait assez duré

 

« Ce qui est important, c’est que, pendant les sept prochains mois, on va se concentrer sur la négociation pour améliorer les relations de travail », a dit M. Tessier. Les deux parties « ont mis de l’eau dans leur vin ».

La direction de l’AEM devait s’affairer dès vendredi après-midi à prendre contact avec les compagnies maritimes pour coordonner l’arrivée des premiers navires et à communiquer avec les compagnies ferroviaires, maillons importants dans la chaîne de transport.

La pression avait monté d’un cran cette semaine lorsque la direction de l’AEM a évoqué un possible recours à des cadres et des travailleurs de remplacement pour déplacer 477 conteneurs jugés importants, ce qui avait soulevé l’indignation du syndicat.

La direction de l’AEM avait ensuite affirmé qu’elle discuterait avec le syndicat pour évaluer le contenu des conteneurs, retirant du coup l’idée d’utiliser jeudi des travailleurs de remplacement.

Une rencontre a eu lieu jeudi avec des représentants du ministère fédéral du Travail, qui ont proposé aux deux parties une proposition de trêve « qualifiée de non négociable par le fédéral », a dit M. Tessier.

Les parties sont retournées chacune de leur côté pour y réfléchir, et c’est là qu’est arrivée la déclaration du ministre Fitzgibbon. L’employeur et le syndicat se sont revus pendant plusieurs heures pour négocier une trêve, « qui n’est pas celle proposée par le fédéral, mais négociée entre les parties ».

Le Conseil du patronat a rapidement diffusé un communiqué vendredi pour saluer la trêve, en affirmant que « depuis dix jours, c’est toute l’économie du Québec qui était prise en otage ».

« On est très contents, et nos clients sont soulagés », a dit en entrevue téléphonique Stéphane Alary, directeur général d’Eurofret Canada, une société de Blainville qui fait du courtage en douane et de la logistique de transport. N’ayant pas reçu le stock attendu, certains clients avaient prévu le début d’un cycle de mises à pied. Il faudra environ un mois pour que la situation revienne à la normale pour les clients, a-t-il dit.

Plus tôt en matinée, l’AEM a également annoncé avoir conclu une entente de principe avec le syndicat des vérificateurs, qui compte environ 150 membres et était également en grève générale illimitée. Il a été impossible de joindre le syndicat pour obtenir des commentaires.

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