Les employeurs demandent l’aide des débardeurs grévistes

Le président de l’AEM préfère que les 1125 débardeurs grévistes se chargent des cargaisons au port, «au lieu des cadres ou des travailleurs de remplacement».
Photo: Ryan Remiorz Archives La Presse canadienne Le président de l’AEM préfère que les 1125 débardeurs grévistes se chargent des cargaisons au port, «au lieu des cadres ou des travailleurs de remplacement».

L’Association des employeurs maritimes (AEM) a brisé un silence de plusieurs jours mercredi en affirmant avoir demandé au syndicat des débardeurs de l’aider à déplacer 477 conteneurs, une requête mal reçue dans la mesure où les travailleurs en grève veulent connaître leurs contenus exacts pour déterminer s’ils transportent ou non des produits jugés essentiels face à la COVID-19.

Lors d’une longue conférence de presse au dixième jour de grève, le président de l’AEM a dit que ces conteneurs ont des « cargaisons très importantes » et qu’il préfère que les 1125 débardeurs grévistes s’en chargent, « au lieu des cadres ou des travailleurs de remplacement ».

« On comprend que le syndicat est en grève générale illimitée, mais pour éviter les événements du 29 juillet, lorsqu’il y a eu de la violence, de l’intimidation, on voudrait s’assurer qu’on puisse bouger la marchandise importante et la marchandise contrôlée, qui n’est pas toute nécessairement liée à la pandémie mais qui est importante pour la santé du public et pour l’économie du Québec et de l’est du Canada », a dit le président de l’AEM, Martin Tessier.

Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le président de l’Association des employeurs maritimes, Martin Tessier, en conférence de presse mercredi.

Invité à dire ce que transportent ces 477 conteneurs, sur un total de 11 500, M. Tessier a dit qu’« il y a de l’information qu’on peut avoir mais on n’a pas tous les détails ». « Ç’a été identifié par les compagnies maritimes, les importateurs-exportateurs. » Il a donné quelques exemples, comme des produits pharmaceutiques dans des conteneurs réfrigérés, des matières contrôlées (pouvant être jugées dangereuses) et du sucre en vrac.

À ce jour, les parties ont tenu 79 séances de négociations, qui ont commencé en 2018 et qui achoppent notamment sur la question des horaires de travail. Les progrès des derniers jours « stagnent », selon M. Tessier. La ministre fédérale du Travail, Filomena Tassi, lui a récemment dit de se retrousser les manches et de redoubler d’efforts, a-t-il expliqué.

L’Association des employeurs maritimes a pour objectif « d’en arriver à une entente négociée », a dit M. Tessier, en soulignant l’importance du travail effectué par les débardeurs. L’organisation veut également « s’assurer qu’on ne prenne aucune partie prenante en otage et s’assurer qu’on a une obligation de résultat dans nos négociations ».

En soirée, l’AEM a affirmé que les parties allaient se réunir pour évaluer le contenu des conteneurs et qu’aucun travailleur de remplacement ne serait utilisé jeudi.

Syndicat perplexe

Plusieurs heures avant la sortie des employeurs de mercredi soir, le conseiller du Syndicat canadien de la fonction publique auprès de la section locale 375 des débardeurs, Michel Murray, avait fait valoir en conférence de presse que le recours à des travailleurs de remplacement serait « la pire chose à faire ». Lorsqu’il a lieu dans le monde, cela « fait monter la tension » alors que présentement, dans le conflit portuaire, « on a besoin de diminuer la tension ». Depuis la mise sur pied de l’AEM il y a une cinquantaine d’années, « il n’y a jamais eu de travailleurs de remplacement au port de Montréal », selon le SCFP, qui disait y voir un « affront terrible ».

Dès le début du conflit, le syndicat a fait savoir à l’employeur qu’il serait prêt à traiter tous les conteneurs liés à la pandémie s’ils sont identifiés comme tels, a poursuivi M. Murray. « Ce n’est pas vrai que les compagnies maritimes et le Port de Montréal ne savent pas ce qu’il y a dans les conteneurs. […] Il faudrait que l’AEM soit un peu plus active à être transparente dans la transmission des informations afin qu’on puisse juger et, le cas échéant, fournir les débardeurs. » Le syndicat a refusé de manipuler des conteneurs transportant des boulettes de minerai de fer, appartenant à Arcelor Mittal, et le sucre, a-t-il précisé.

« En 2010, une usine nous a appelés en disant que, si elle n’avait pas ses dix rouleaux d’acier, elle fermerait ses portes. C’est le syndicat des débardeurs qui avait permis de le faire », a dit M. Murray. « On ne veut pas non plus avoir à gérer, pour les deux prochains mois, l’entièreté des conteneurs pour l’entièreté des compagnies qui vont nous dire “là, ma shop est danger”. C’est pour ça qu’on fait la grève, pour essayer de mettre de la pression. Mais on est capables de considérer la valeur humanitaire en lien avec la pandémie et la valeur de certaines petites PME qui sont tributaires de leurs réceptions. Mais pour ça, il faut que l’employeur soit transparent et fournisse l’information. »

Entre-temps, d’autres voix se sont élevées pour demander mercredi au gouvernement fédéral d’intervenir, soit le Conseil canadien du porc, Porc Canada, le Conseil des viandes du Canada et la Canadian Cattlemen’s Association. Le port est un carrefour important des exportations, ont-ils fait valoir.

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