Port de Montréal: Ottawa maintient sa confiance dans les négociations

Les grévistes ont bravé la pluie lundi. Les débardeurs du Port de Montréal ont déclenché une grève générale illimitée la semaine dernière.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Les grévistes ont bravé la pluie lundi. Les débardeurs du Port de Montréal ont déclenché une grève générale illimitée la semaine dernière.

Aux « pressions amicales » exercées par les gouvernements québécois et ontarien pour qu’il aide à accélérer la conclusion de la grève au port de Montréal, Ottawa répond qu’il garde confiance dans les négociations en cours et se réjouit « des progrès encourageants » accomplis récemment.

Une semaine après le déclenchement d’une grève générale illimitée par les 1125 débardeurs du port de Montréal, des ministres québécois et ontariens ont fait parvenir lundi une lettre conjointe au gouvernement fédéral lui rappelant l’importance économique du port et le priant, comme les milieux d’affaires québécois la semaine dernière, « d’exercer son leadership » afin que les parties « parviennent rapidement à une entente négociée ».

« Notre gouvernement croit au processus de négociation collective », a réitéré dans un communiqué la ministre fédérale du Travail, Filomena Tassi. Disant avoir déjà exprimé, avec son collègue au Transport, Marc Garneau, l’« urgente nécessité que les deux parties [le Syndicat des débardeurs et l’Association des employeurs maritimes] parviennent rapidement à une entente », la ministre a laissé entendre que son approche pourrait être en train de porter ses fruits.

« Nous savons que des progrès encourageants ont été réalisés au cours des récentes négociations entre les deux parties, a-t-elle déclaré. Il s’agit d’un point très positif et cela doit se poursuivre. Le temps est venu de continuer sur cette lancée et de prendre toutes les mesures nécessaires pour agir en collaboration et parvenir à une entente. »

En cours depuis 2018 malgré l’aide d’un médiateur nommé par Ottawa, les négociations au port de Montréal se sont envenimées, ces dernières semaines, par divers moyens de pression de part et d’autre, jusqu’au déclenchement de la grève le 10 août.

La principale revendication syndicale et point d’achoppement des négociations et la conciliation travail-famille.

2,6 milliards
C’est l’activité économique annuelle que génère normalement le port de Montréal, représentant 19 000 emplois « directs, indirects et induits ».

D’entrée de jeu, les milieux d’affaires québécois ont dénoncé un conflit qui complique, selon eux, la délicate reprise économique en cours et en ont appelé à l’imposition, par Ottawa, d’une loi spéciale forçant le retour au travail si la grève n’était pas terminée à la fin de la semaine dernière.

Le gouvernement fédéral se trouve dans une situation délicate, puisque la Cour suprême a statué, dans un arrêt historique rendu en 2015, la protection constitutionnelle dont jouit le droit de grève au Canada.

« Pressions amicales »

Interrogé sur la question lundi à Montréal, alors qu’il participait à une conférence de presse sur un tout autre sujet, l’un des signataires de la lettre envoyée à Ottawa, le ministre québécois du Travail et de l’Emploi, Jean Boulet, s’est bien gardé de trop faire la leçon au gouvernement fédéral, dont relève le port de Montréal.

« Ça demeure une pression amicale », a-t-il dit à La Presse canadienne à propos de sa démarche à laquelle se sont également joints son confrère à l’Économie et à l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, ainsi que leurs homologues ontariens. « Je n’ai pas l’intention de dicter quand et comment intervenir », a-t-il insisté tout en répétant l’importance « de souligner ce que ça peut avoir comme conséquence ».

Québec et Toronto tenaient notamment à rappeler qu’en tant que premier port de l’est du Canada et de seul port à conteneur sur le Saint-Laurent, Montréal génère normalement une activité économique de 2,6 milliards par année, représentant 19 000 emplois « directs, indirects et induits » au sein d’un vaste réseau d’importateurs et exportateurs reliés notamment par 6300 entreprises en transport et logistique.

Alors que l’import ou l’export d’un seul conteneur destiné à Montréal peut coûter entre 350 $ et 600 $ de plus s’il est détourné vers un autre port, Québec estime que 40 000 conteneurs sont actuellement coincés sur ses quais ou se trouvent sur des navires qui ont changé de cap pour d’autres ports.

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