Wall Street reste dominée par les «géants de la tech»

Les principaux indices boursiers ont terminé la première séance du mois d’août en hausse.
Angela Weiss Agence France-Presse Les principaux indices boursiers ont terminé la première séance du mois d’août en hausse.

Wall Street amorce août comme elle le fait depuis le creux de la pandémie, avec un élan haussier placé sous l’impulsion dominante des « géants de la tech ». Les principaux indices boursiers ont terminé la première séance du mois d’août en hausse. Le S&P 500, qui avait bondi de 5,5 % en juillet, a ajouté lundi 0,7 % à sa poussée, pour désormais ne se situer qu’à 3 % de son sommet prépandémie du 19 février. Pour sa part, le Nasdaq a touché un nouveau record à 10 902,80 points, en hausse de 1,5 % par rapport à vendredi. Cet indice à forte saveur technologique avait bondi de 6,8 % le mois dernier.

Comme c’est le cas depuis le creux atteint le 23 mars au plus fort de la pandémie, le marché des actions s’en remet à la bonne santé du secteur technologique. « Tant que les investisseurs et les courtiers ne jugeront pas que l’économie est sur une trajectoire solide, ils continueront de s’accrocher à la croissance, au bilan et à la trésorerie des grands noms de la tech », explique Quincy Krosby, responsable de la stratégie marché pour Prudential Financial, à l’Agence France-Presse.

En Bourse, les « géants de la tech » se sont attiré l’étiquette de valeurs refuges en cette pandémie, affichant des résultats financiers généralement en forte hausse, alors que la moitié des entreprises accusent des baisses de revenu de 20 % ou plus. Le secteur technologique accapare désormais 40 % de la capitalisation du S&P 500, dont plus de 20 % pour les Microsoft, Apple, Amazon, Alphabet et Facebook.

Cette remontée rapide des grands indices boursiers après une correction de 34 % (du S&P 500) en seulement un mois fait contraste avec la reprise, plus hésitante, de l’activité économique. Lundi, Oxford Economics rappelait que le PIB de nombre d’économies développées a affiché des replis de 10 % à 15 % au deuxième trimestre, des plongeons devant être plus sévères encore dans les économies émergentes. « Nous en sommes encore à observer une stabilisation en juin », qui se veut dépendante de la résurgence de la pandémie dans nombre de pays, souligne la firme de recherches.

En fait, seules les ventes au détail semblent avaliser le scénario de reprise en V servant de carburant aux marchés boursiers, mais cet indicateur est plus qu’imparfait. Les ventes au détail comptent pour 25 % à 50 % des dépenses de consommation totales selon les économies, et plusieurs grands secteurs manquent encore à l’appel. Surtout, cet indicateur se veut très sensible à toutes mesures de reconfinement, prévient Oxford.

Dans une note de recherche du personnel de la Banque du Canada mise sur le site de l’institution la semaine dernière, James Kyeong écrivait que la reprise rapide du marché boursier doit être interprétée avec prudence. « Alors que les principaux indices boursiers ont remonté à leurs plus hauts de tous les temps, les investisseurs n’ont pas été aussi optimistes quant aux actions plus sensibles au cycle économique. » Pointant en direction de la distorsion provoquée par la poussée des titres de croissance, géants de la technologie en tête, le marché boursier sous-jacent évoluerait plutôt selon un scénario de reprise économique plus lente et moins profonde, donc pas en forme de V.

Découplage

« Pour être clair, cette constatation n’indique pas nécessairement que les marchés boursiers sont actuellement surévalués. Elle reflète plutôt le fait que les principaux indices boursiers, tels que le S&P 500, sont dominés par les actions de croissance, qui devraient en moyenne mieux absorber les chocs négatifs que les actions dites de valeur. » Celles des GAFA, plus performantes, représentent désormais plus de 20 % de la capitalisation boursière du S&P 500. « Elles sont largement considérées comme les bénéficiaires de la pandémie parce qu’elles ont accéléré les changements structurels vers la numérisation », ajoute l’analyste, qui se défend toutefois de conclure qu’elles sont surévaluées. « Je laisse cela aux analystes boursiers. »

Dans une analyse publiée à la fin de juin, le Fonds monétaire international se disait préoccupé par le découplage entre les marchés financiers et l’économie dite réelle. D’autant que l’institution venait d’assombrir ses perspectives de reprise, chiffrant désormais à 4,9 % la récession mondiale en 2020, contre un scénario de 3 % formulé en avril, au cœur de la pandémie.

Selon l’institution de Washington, les interventions des banques centrales et des gouvernements alimentent un optimisme croissant chez les investisseurs, qui semblent miser sur un scénario de reprise économique rapide en V qui ne se vérifie pas dans les cartes, disait-elle.

À voir en vidéo