L’OCDE brosse un portrait plus sombre encore de l’économie

Inquiète du chômage chez les jeunes et les travailleurs précaires, l’OCDE recommande que ceux qui se trouvent dans les secteurs les plus touchés, comme les spectacles, soient aidés à se recaser dans des domaines qui se portent mieux. Sur notre photo, le festival Osheaga 2019.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Inquiète du chômage chez les jeunes et les travailleurs précaires, l’OCDE recommande que ceux qui se trouvent dans les secteurs les plus touchés, comme les spectacles, soient aidés à se recaser dans des domaines qui se portent mieux. Sur notre photo, le festival Osheaga 2019.

Les dommages économiques infligés par la pandémie de coronavirus seront encore plus sévères qu’on le disait même au début de la semaine, prévoit l’OCDE, y compris au Canada. Les gouvernements devront continuer de faire preuve « de réactivité et de flexibilité ».

L’économie canadienne sera chanceuse si elle s’en tire avec un recul étourdissant de 8 %, cette année, pour rebondir, ensuite, modestement de 3,9 % l’an prochain, estime l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans la dernière mise à jour de ses perspectives économiques dévoilée mercredi. En effet, s’il fallait qu’elle essuie une deuxième vague de la pandémie de COVID-19, la chute, cette année, pourrait être plutôt de 9,4 % et son rebond, en 2021, de seulement 1,5 %.

Ces prévisions sont à des lieues de ce que l’OCDE prédisait au Canada au début du mois de mars (+1,3 % en 2020), de ce que prévoyait le Fonds monétaire international (FMI) à la mi-avril (-6,2 %), ou de ce que projetaient encore les économistes de la Banque Royale mercredi matin (-5,9 %).

Le Canada n’est toutefois pas le seul dans cette situation, l’OCDE prédisant que l’économie mondiale se rétractera d’un hallucinant 6 % cette année, voire de 7,6 % en cas de deuxième vague, comparativement à -3 % pour le FMI en avril et -5,2 % pour la Banque mondiale en début de semaine. Le reste est à l’avenant pour les États-Unis (de -7,3 % à -8,3 % cette année), la zone euro (de -9,1 % à -11,5 %), le Japon (de -6 % à -7,3 %) et même la Chine, à qui l’OCDE est la première à oser prédire une décroissance de l’économie cette année de 2,6 % à 3,7 %, alors que le rythme d’expansion s’y maintenait encore au-dessus de 6 % l’an dernier.

9,4 %
Ça pourrait être le recul de l’économie cette année s’il fallait qu’elle essuie une deuxième vague de la pandémie.

Incertitude et faux dilemme

Comme tant d’autres avant lui, le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, a rappelé « l’incertitude extrême » qui entoure le contexte actuel. Mais chose certaine, « nous sommes au milieu de la crise mondiale la plus sévère — à la fois en termes sanitaire, économique et social — qu’il nous a chacun été donné de vivre », a-t-il déclaré en conférence de presse.

Rejetant « le faux dilemme entre la défense de la santé ou de l’économie », le Mexicain a salué la rapidité d’action des gouvernements quand est venu le temps d’amortir le choc infligé par leurs mesures de confinement. Aujourd’hui, « ils devraient prendre garde à ne pas les retirer trop rapidement », pense-t-il, et continuer plutôt de faire preuve de « réactivité et de flexibilité ». Un grand soin devra aussi être mis dans l’élaboration des futures mesures de relances économiques parce que « la façon dont on s’y prendra façonnera le monde pour les années à venir ».

L’économiste en chef de l’institution, Laurence Boone, a pressé les gouvernements de « ne pas répéter leur erreur de la dernière crise financière » en cherchant à rééquilibrer leur budget trop vite. Leurs dépenses, a-t-elle dit, devraient malgré tout « être soigneusement ciblées sur l’aide aux plus vulnérables et sur les investissements nécessaires pour assurer la transition vers une économie plus résiliente et durable ».

Inquiète particulièrement par le chômage chez les jeunes et les travailleurs précaires, l’OCDE recommande, entre autres, que ceux qui se trouvent dans les secteurs les plus touchés du tourisme, de la restauration ou encore de l’hébergement soient aidés à se recaser dans des domaines qui se portent mieux, comme la santé ou le commerce électronique.

Transition verte au Canada

Frappée par le double choc des mesures de confinement et de la chute du prix des ressources naturelles, notamment de son pétrole, l’économie canadienne restera, les prochains mois, largement tributaire de l’évolution de la situation chez son voisin et grand partenaire américain, dit l’OCDE.

Actuellement, les autorités canadiennes « doivent assurer une planification d’urgence pour faire face à d’éventuelles répliques de la COVID-19 » tout en réduisant « les effets secondaires indésirables » des mesures adoptées dans la hâte, comme la prestation canadienne d’urgence (PCU). S’il « est probable que l’augmentation du chômage aggravera les problèmes économiques et sociaux des groupes vulnérables », le choc subi par son secteur pétrolier offre aussi « l’occasion d’accélérer la transition verte en adoptant des mesures qui peuvent faciliter la réaffectation des ressources vers les régions et les secteurs les plus durement touchés par le déclin des activités liées au pétrole ».

« L’urgence climatique n’a pas disparu. Elle reste le plus important problème intergénérationnel auquel on fait face », a répété Angel Gurría.

Déjà sérieusement mise à mal par les tensions commerciales, notamment entre les États-Unis et la Chine, la coopération internationale s’est révélée le principal « point faible » de la réponse des gouvernements durant la crise, déplore l’OCDE. Il n’y a pourtant rien de mieux pour redonner confiance aux entreprises et aux investisseurs que de voir leurs gouvernements s’entendre sur la façon la plus efficace et la plus équitable d’aller de l’avant, a expliqué Laurence Boone. « La prospérité naît du dialogue et de la coopération. C’est vrai sur le plan national, comme au niveau mondial. »

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