Le couperet tombe encore

Les avionneurs ont abaissé  les cadences  de production puisque les compagnies  aériennes ont cloué leurs avions au sol, reporté des livraisons  et annulé des commandes.
Getty Images Les avionneurs ont abaissé les cadences de production puisque les compagnies aériennes ont cloué leurs avions au sol, reporté des livraisons et annulé des commandes.

La paralysie de l’aviation commerciale provoquée par la pandémie de COVID-19 continue de faire disparaître des emplois dans la grappe aéronautique québécoise, une tendance qui pourrait se poursuivre puisque les effets de la crise risquent de mettre du temps à se dissiper.

Héroux-Devtek, qui fabrique des trains d’atterrissage et d’autres pièces d’aéronautique, a annoncé mardi qu’elle éliminera 10 % de son effectif, soit 225 postes, dont 125 se trouvent au Québec, en plus de fermer l’usine montréalaise d’Alta Précision acquise l’an dernier.

« Du côté des avions gros-porteurs, on voit des baisses allant de 30 % à 50 % des taux de production, a expliqué le président et chef de la direction de la société, Martin Brassard, au cours d’une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne. Chez Boeing, il y a eu une réduction de cadence du 777 et du 777X — dont le train d’atterrissage est livré par Héroux-Devtek — et chez Airbus c’est pareil. » Boeing représente près du quart des revenus annuels de Héroux-Devtek.

Établie à Longueuil, l’entreprise mise sur son secteur de la défense, qui représentait environ les deux tiers de son carnet de commandes de 839 millions en date du 31 décembre, pour traverser la tempête. « Pour l’aviation civile, je suis d’accord avec les analyses selon lesquelles nous allons ressentir les impacts pendant deux à trois ans, à moins que l’on trouve un vaccin ou un traitement », a dit M. Brassard.

Ailleurs au Québec, le constructeur de moteurs Pratt & Whitney Canada, qui compte quelque 2400 travailleurs syndiqués, éliminera plus de 343 emplois puisque le carnet de commandes est moins garni. Du côté de la Société en commandite Airbus Canada, c’est 350 mises à pied temporaires qui ont été effectuées à Mirabel, où l’on a également retardé l’accélération de la cadence production de l’A220.

Les avionneurs ont abaissé les cadences de production puisque les compagnies aériennes, frappées de plein fouet par les restrictions visant à limiter la propagation de la COVID-19, ont cloué leurs avions au sol, reporté des livraisons et annulé des commandes.

Lundi, Air Canada a signalé qu’il lui faudra plus de trois avant de se relever de la crise. Aux États-Unis, le milliardaire Warren Buffett, à la tête du conglomérat Berkshire Hathaway, a liquidé l’intégralité de ses participations dans les principales compagnies aériennes et le secrétaire au Trésor, Steve Mnuchin, a dit ne pas être certain que les voyages internationaux reprendront cette année.

D’après les données d’Aéro Montréal, la grappe de la métropole compte quelque 60 000 travailleurs, dont 43 000 se trouvent dans le secteur de la fabrication, et génère un chiffre d’affaires annuel supérieur à 15 milliards.

S’il est encore difficile de conjecturer sur l’impact qu’aura la crise actuelle sur l’industrie, il n’en reste pas moins que toute la chaîne d’approvisionnement est actuellement touchée, a estimé le directeur du groupe d’études en management des entreprises en aéronautique à l’UQAM, Mehran Ebrahimi. « De penser que nous allons pouvoir traverser la pandémie sans qu’il y ait trop de problèmes serait l’équivalent, à mon avis, de croire au père Noël. »

Selon M. Ebrahimi, il faudra attendre de voir quelle sera l’étendue des mesures d’aides gouvernementales, s’il y en a, octroyées à des secteurs comme l’aérospatiale, avant de pouvoir dresser un bilan. Il a ajouté que la subvention salariale d’urgence d’Ottawa, même si elle est appropriée dans les circonstances, vient un peu brouiller le portrait, puisqu’elle permet à de nombreuses compagnies de retenir des travailleurs, ce qui pourrait changer lorsque la portée du programme sera diminuée ou lorsqu’il prendra fin.

« J’aimerais avoir une boule de cristal, a répondu M. Brassard, lorsqu’invité à dire ce qui attendait l’industrie québécoise. Si des entreprises sont entrées dans cette crise avec une situation financière précaire, il faudra beaucoup de créativité pour s’en sortir. »