Après la pandémie, le plein air

Pendant quelques semaines, la propriétaire de Do Sport, Dominique Vallée, a été toute seule à faire rouler l’entreprise, qui compte normalement de cinq à sept personnes. Do Sport fabrique des planches à pagaie.
Photo: Do sport Pendant quelques semaines, la propriétaire de Do Sport, Dominique Vallée, a été toute seule à faire rouler l’entreprise, qui compte normalement de cinq à sept personnes. Do Sport fabrique des planches à pagaie.

Pelican, qui fabrique des kayaks et des pédalos, est prête : la compagnie lavalloise a accru ses mesures sanitaires et l’annonce du déconfinement de l’industrie manufacturière est, pour elle comme pour bien d’autres, une excellente nouvelle. Mais les inconnus sont nombreux, explique son président et chef de la direction, Danick Lavoie. Parmi les grandes questions : le consommateur. « On espère que la demande va être au rendez-vous », dit-il.

Pour les spécialistes d’équipement de sport et de loisir, l’arrivée du beau temps représente toujours une période forte, mais l’année 2020 aura fourni son lot de problèmes. Commerces fermés, baisses de revenus draconiennes chez les clients habituels, plans de vacances soudainement incertains. D’une entreprise à l’autre, la situation est différente, mais tous se croisent les doigts pour le retour d’une certaine normalité.

« Le stress et la peur des gens, on l’a senti tout de suite », raconte Dominique Vallée, propriétaire et présidente de Do Sport, qui fabrique notamment des planches à pagaie et de wakesurf à Trois-Rivières. Un des problèmes : non seulement les boutiques qui achèteraient les planches en temps normal sont fermées, mais elles traversent des difficultés financières énormes. « On a eu trois semaines où on s’est dit “comment on va passer au travers ?” Mais depuis deux semaines, ça recommence à bien bouger. Et l’effet de l’achat local incite les gens à s’informer plus. On note beaucoup d’intérêt. » La pandémie a donc produit un effet double, dit Mme Vallée : négatif sur les finances, mais positif sur la sensibilisation de ce qui est fabriqué ici.

Un des gros enjeux, ça va être la capacité à apporter les produits chez les détaillants

 

Pendant quelques semaines, Mme Vallée a été toute seule à faire rouler l’entreprise, qui normalement compte de cinq à sept personnes. Téléphone, réseaux sociaux, mais aussi du travail d’atelier comme le sablage, etc. Après vérification avec le gouvernement, l’activité a repris partiellement il y a une semaine et demie, avec une équipe restreinte. Si les boutiques vont pouvoir rouvrir, un inconnu plane à l’horizon : le sort des écoles. « Ce sont les meilleurs ambassadeurs pour nous. Lorsqu’ils vont dans les écoles, les gens peuvent essayer nos planches. Mais là, dans ces écoles, il y a beaucoup de stress en ce moment. » Pourtant, la planche est parfaite pour la distanciation sociale, dit-elle. « C’est pour ça que les écoles ont hâte de voir ce qui va se passer au niveau gouvernemental. Quand on est sur notre planche, il n’y a pas de proximité comme c’est le cas pour bien d’autres sports. »

Livraisons impossibles

Spécialisé dans la fabrication d’embarcations tels canots et kayaks, abitibi & co., de Rouyn-Noranda, a partiellement redémarré cette semaine après avoir consulté le gouvernement pour maintenir un niveau de production minimal afin de favoriser le redémarrage. « Un des gros enjeux, ça va être la capacité à apporter les produits chez les détaillants, dit Guillaume Leblanc, copropriétaire et directeur général. La crise est arrivée au moment où on amorçait nos livraisons. Mais en même temps, les détaillants étaient aussi fermés. Pendant ce temps, tes frais fixes continuent, mais tu n’as aucun revenu. Toutes les entreprises sont dans le même bateau, si je peux dire. » La compagnie mettra les bouchées doubles pour soutenir ses détaillants, dit-il. « On vend très rarement directement [au public]. Si on le fait, c’est parce qu’on n’a vraiment aucun détaillant dans le secteur. »

« Il y a eu un effet positif », raconte Simon Bergeron, copropriétaire de Panorama Cycles. Spécialisée dans le fatbike, la PME réalise le gros de ses ventes avec son site Internet. La grande partie de la fabrication est faite en Asie, et l’assemblage final a lieu au Québec. « Il y a un engouement pour la vente en ligne », dit-il. Pourquoi ? « On se dit que les gens ont peut-être annulé des projets de voyage et opté pour un vélo, ou que les gens veulent acheter québécois. » Il y a peut-être l’effet des modèles lancés à l’automne, poursuit-il. Il se peut, aussi, que les gens aient du temps et pensent au vélo à l’approche de l’été. Au final, « ça va un peu mieux que ce qu’on avait anticipé ».