Les raffineries canadiennes réduisent la cadence

L’industrie canadienne du raffinage compte environ 18 000 travailleurs et 16 raffineries, dont deux au Québec. Sur la photo, des installations à Toronto.
Photo: Getty images L’industrie canadienne du raffinage compte environ 18 000 travailleurs et 16 raffineries, dont deux au Québec. Sur la photo, des installations à Toronto.

L’effondrement de la demande pour divers types de produits raffinés, de l’essence au diesel en passant par le carburant pour avions, a forcé les raffineries canadiennes à réduire leurs niveaux de production. Toutefois, une seule, à Terre-Neuve, a jusqu’ici choisi de cesser temporairement ses activités. D’autres suivront-elles ?

« Ça, c’est la question. La question fondamentale porte sur la durée », a dit le vice-président de l’Association canadienne des carburants pour l’est du pays, Carol Montreuil. Selon la forme que prendra la reprise, par exemple un célèbre V ou un redémarrage très lent et graduel, « la question va se poser ».

À l’heure actuelle, la demande moyenne pour l’ensemble des produits raffinés a plongé de 30 à 32 %. La baisse la plus forte se trouve dans le carburant pour avions, lesquels sont en grande partie cloués au sol depuis des semaines, suivie par celle de l’essence ordinaire et du diesel. Bien qu’il soit moins demandé par rapport à l’avant-crise, le diesel est très utilisé dans l’industrie du camionnage, maillon crucial de l’économie.

L’industrie canadienne du raffinage compte environ 18 000 travailleurs et 16 raffineries, dont deux au Québec : Suncor à Montréal et Valero à Lévis.

Si les choses se replacent de manière graduelle dans un délai raisonnable, les raffineries n’auront eu besoin que d’ajuster la production sans s’arrêter, tout en sachant que la demande reprendra à l’horizon. « Ça, c’est un scénario, a dit M. Montreuil. L’autre scénario, c’est que, si la situation actuelle perdure et empire, ou s’il y a une deuxième vague, à ce moment-là, comme dans n’importe quelle industrie qui produit des biens pour lesquels il n’y a pas de consommation, il faudra trouver une façon d’en produire encore moins. Et une de ces façons-là, c’est effectivement d’arrêter des raffineries. »

Au Québec

« Le fil conducteur de nos activités est directement lié à la demande », a dit Marina Binotto, directrice des affaires publiques et gouvernementales d’Énergie Valero, raffinerie Jean-Gaulin. « À partir du moment où la COVID s’est présentée, au jour le jour on regardait nos inventaires, les commandes et la demande, et on a ajusté notre production en conséquence. L’objectif ultime étant toujours de demeurer en activité, parce qu’une raffinerie, c’est en continu, on n’arrête jamais. Présentement, les charges sont au minimum, “sécuritairement parlant” et tout, et on répond à la demande, qui est à la baisse. » Les données de production sont confidentielles.

Dans l’ensemble, Valero et la raffinerie Jean-Gaulin comptent pour 70 % de la production de produits finis au Québec. Selon Mme Binotto, la demande pour le carburant d’avions a plongé de 90 %, celle pour l’essence, de 60 % et celle pour le diesel, de 20 à 30 %.

Un baril de pétrole contient plusieurs produits raffinés éventuels, a expliqué M. Montreuil. « Il y a un problème logistique. Comment je fais pour continuer de produire assez de diesel, parce que le diesel fonctionne assez bien et que les camions circulent, en essayant, en même temps, de faire le moins possible d’essence et le moins possible de carburant d’aviation parce que la demande s’est écroulée, a-t-il dit. Ça devient un casse-tête très difficile pour les raffineurs. Et à la fin, quand on essaie de résoudre cette équation-là, la première contrainte qu’on va avoir, c’est qu’il n’y aura plus de place pour stocker l’essence. Il y a moins de demandes d’essence et, même si je voulais produire encore plus de diesel, malheureusement, je produirais encore trop d’essence. »

Le pétrole rebondit

Pendant ce temps, le pétrole brut a vivement rebondi mercredi à New York, après s’être écroulé lundi et mardi, mais le marché restait sous pression face à la chute de la demande et la quasi-saturation des capacités de stockage. Le baril de WTI pour livraison en juin, dont c’est le premier jour d’utilisation comme contrat de référence, a grimpé de 19 %, ou de 2,21 $US, à la clôture pour s’établir à 13,78 $US. Lundi, le baril pour livraison en mai avait fini en territoire négatif pour la première fois de son histoire.

À Londres, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juin a gagné 5,4 %, à 20,37 $US.

Avec l’Agence France-Presse

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