Le secteur américain de l’énergie secoué par les prix du pétrole

Les raffineries américaines ont drastiquement abaissé leur cadence et travaillent maintenant à 60% ou 70% de leurs capacités.
Photo: Frederic J. Brown Agence France-Presse Les raffineries américaines ont drastiquement abaissé leur cadence et travaillent maintenant à 60% ou 70% de leurs capacités.

Donald Trump a promis mardi de venir en aide à la filière gaz et pétrole, ravagée par la chute vertigineuse des prix du baril de pétrole, la faillite guettant des centaines d’entreprises déjà lourdement endettées.

« Jamais nous ne laisserons tomber notre grande filière américaine du pétrole et du gaz », a assuré le président américain dans un tweet. Il a donc ordonné à son secrétaire à l’Énergie et à son secrétaire au Trésor « de mettre des fonds à disposition pour que ces entreprises très importantes et les emplois soient garantis pour longtemps à l’avenir ».

Le président n’a pas précisé combien d’argent pourrait être mis sur la table ni quelles entreprises pourraient y prétendre.

L’ensemble du secteur des hydrocarbures souffre de la pandémie. Avec les mesures de confinement imposées pour enrayer la propagation de la COVID-19, les transports comme les usines se sont figés. La demande en essence ou en kérosène s’est effondrée. Mais la production met du temps à s’ajuster. Surtout aux États-Unis, où le secteur de l’énergie est fragmenté en une multitude de petites et grosses compagnies qui n’ont, au nom des lois sur la concurrence, pas le droit de se coordonner.

Résultat : les réserves explosent. Et faute d’espaces de stockage suffisants aux États-Unis, certains investisseurs ont été contraints de payer pour se débarrasser des barils de WTI coté à New York qu’ils détenaient sur papier et qui risquaient de se matérialiser dans leur arrière-cour s’ils ne s’en séparaient pas à temps.

Les investisseurs semblent miser sur un redressement des cours dans les mois à venir, mais la situation est loin d’être encourageante, selon Stewart Glickman du cabinet CFRA.

« Le contrat pour livraison en avril 2021 affiche un prix de 33 $ environ, ce qui est au-dessous du niveau de rentabilité pour de nombreuses compagnies d’exploration et production, explique-t-il à l’AFP. Celles qui survivront sont celles qui ont les reins financiers les plus solides. »

Les entreprises du secteur ont en effet largement profité des taux d’intérêt très faibles ces dernières années et de la volonté des acteurs financiers à leur prêter de l’argent pour s’endetter massivement. Ce qui a permis aux États-Unis de devenir le premier producteur mondial d’or noir.

Mais où trouver de l’argent actuellement pour rembourser les emprunts ? « Pour survivre, elles peuvent émettre de nouvelles actions, mais leur prix est tellement bas actuellement que cela ne vaut pas le coup », indique M. Glicksman. « Elles peuvent émettre des obligations, mais elles sont en concurrence avec tellement d’autres entreprises qu’il leur faudrait accepter un niveau absurde d’intérêt. Elles peuvent aussi emprunter auprès des banques, qui prennent en garantie leurs réserves de pétrole, mais ces dernières ne valent pas grand-chose actuellement », ajoute-t-il.

Les premières victimes seront probablement selon lui les tout petits producteurs, qui extraient chaque jour de 10 à 15 barils. « Il y en a des milliers à travers les États-Unis qui, au total, représentent environ 8 % à 10 % de la production américaine de brut. » « Ensuite, il y aura les compagnies cotées en Bourse dont le ratio entre dette et capital est à 35 % ou plus » et qui pourraient avoir du mal à rembourser les intérêts.

Dépôts de bilan

« Le secteur de l’exploration et de la production est tellement endetté aux États-Unis que les prix actuels vont probablement créer le plus grand nombre de dépôts de bilan jamais enregistré dans l’histoire moderne », avait pour sa part écrit le cabinet Rystad dans une note début avril. Sur les 9000 entreprises du secteur, si le baril reste à 20 $, environ 140 pourraient faire faillite en 2020 et près de 400 en 2021, avaient alors prédit ses experts.

Du côté des raffineries, qui achètent du brut pour le transformer, les bas prix ne font pas forcément les bonnes affaires, remarque Marc Amons du cabinet Wood Mackenzie. La chute de la demande en essence et kérosène a « fait baisser fortement les marges des raffineurs et ils ont en conséquence abaissé les volumes raffinés », explique-t-il.

Les raffineries ont ainsi dramatiquement abaissé leur cadence et travaillent maintenant à 60 % ou 70 % de leurs capacités là où, habituellement, à l’approche des grands déplacements des vacances d’été, elles sont à plus de 90 %.