Onde de choc sur le marché du travail

Le secteur de l’hébergement et de la restauration a essuyé les plus grandes pertes avec un recul de plus de 40% du nombre total d’heures travaillées.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le secteur de l’hébergement et de la restauration a essuyé les plus grandes pertes avec un recul de plus de 40% du nombre total d’heures travaillées.

Ouch !

On savait, avec la pandémie de COVID-19 et les politiques de confinement des gouvernements pour y faire obstacle, que les chiffres sur l’emploi au Canada allaient être mauvais pour le mois dernier, mais l’ampleur et la rapidité de la chute restent impressionnantes. Un peu plus de 3 millions, ou 16 % des travailleurs canadiens, ont perdu leur emploi ou vu leur nombre d’heures de travail réduites d’au moins la moitié en l’espace d’un mois seulement. Au Québec, le choc est proportionnellement encore plus brutal avec plus de 800 000 travailleurs touchés, soit plus d’un travailleur sur six (18 %).

En première ligne dans cette bataille, le secteur de l’hébergement et de la restauration a essuyé les plus grandes pertes avec un recul de plus de 40 % du nombre total d’heures travaillées, suivi par le monde de l’information, de la culture et des loisirs, à plus de 30 %, et, beaucoup plus loin, par celui du commerce de détail (- 7 %), plusieurs magasins étant encore en activité au moment de l’enquête de Statistique Canada.

Les travailleurs les plus modestes et les plus vulnérables sont les premiers touchés, la moitié du recul de l’emploi étant essuyée par des personnes gagnant moins des deux tiers du salaire horaire médian et la proportion de travailleurs temporaires à perdre leur emploi (15,8 %) se révélant trois fois plus élevée que celle des travailleurs permanents (5,3 %).

La crise du verglas

À respectivement 7,5 % et 8,1 % pendant la semaine du 15 au 21 mars, le taux de chômage au Canada et au Québec était encore loin, bien sûr, de leurs sommets de 13,1 % et 15,8 % des années 80. Mais attendez de voir les chiffres du mois d’avril, met elle-même en garde Statistique Canada.

En fait, explique l’Agence, le formidable coup de frein appliqué à l’économie par le nouveau coronavirus et les politiques de lutte des gouvernements ressemble moins, pour l’instant, aux récessions passées qu’à l’impact qu’avait eu la tempête de verglas en 1998, mais en huit fois plus mauvais, et ce, seulement pour le mois de mars.

La question maintenant est de savoir combien de temps il faudra à cette chape de glace pour fondre ? Si l’on se fie aux pays, comme la Chine ou l’Autriche, qui sont entrés dans cette crise sanitaire avant nous, et à condition que l’on parvienne aussi à éviter le déferlement d’autres vagues d’infections, on peut espérer le début d’un retour à la normale quelque part au cours des trois prochains mois, ont expliqué les économistes de la Banque CIBC dans une analyse mercredi.

Ce rebond de l’économie et du marché de l’emploi ne pourra toutefois pas être aussi marqué que leur dégringolade des dernières semaines, ont-ils prévenu, particulièrement dans les secteurs les plus éprouvés. Les règles de distanciation sociale des gouvernements ne seront pas levées d’un coup et les gens ne se remettront pas non plus à rêver de voyages à l’étranger ou de bain de foule du jour au lendemain. Et puis, on estime déjà, dit la CIBC, que 10 % des quelque 100 000 restaurants au Canada ne rouvriront plus jamais leurs portes et que cette proportion aura doublé le mois prochain.

Pour un retour du printemps

Il n’est toutefois pas dit que l’emploi ne retrouvera pas son allant des beaux jours au Québec, aidé par la pression exercée par la rareté de main-d’œuvre, concluait jeudi une analyse de l’Institut du Québec. Mais pour ce faire, l’aide financière d’urgence des gouvernements doit continuer d’encourager le maintien du lien d’emploi entre les travailleurs et leurs entreprises, soutenir les secteurs industriels les plus touchés par la crise et réduire le nombre de chômeurs de longue durée par des programmes spécifiques de formation et d’embauche.