Les compagnies aériennes lancent un appel à l’aide

Selon l’IATA, les revenus de vente de billets devraient diminuer de 252 milliards$US en 2020, comparativement à 2019.
Photo: Rick Bowmer Associated Press Selon l’IATA, les revenus de vente de billets devraient diminuer de 252 milliards$US en 2020, comparativement à 2019.

Figurant parmi les victimes en première ligne de la pandémie du coronavirus, les compagnies aériennes misent sur une aide de l’État dont l’articulation peut être ardue, d’après l’expérience observée aux États-Unis. Selon l’Association du transport aérien international (IATA, en anglais), 25 millions d’emplois seront en jeu si les restrictions de voyage s’étendent sur trois mois.

Dans son analyse publiée mardi, l’IATA estime que, sur les 65,5 millions d’emplois que comptent les industries aérienne, du voyage et du tourisme — dont 2,7 millions dans les compagnies aériennes seulement —, quelque 25 millions pourraient disparaître en raison de l’effondrement de la demande de transport aérien dû à la crise de la COVID-19. Ce scénario repose sur l’hypothèse que les restrictions de voyage vont s’étendre sur trois mois.

Par grandes régions, l’Asie-Pacifique serait la plus vulnérable avec 11,2 millions d’emplois menacés, suivie de l’Europe (5,6 millions), de l’Amérique latine (2,9 millions), de l’Amérique du Nord et de l’Afrique (2 millions dans chaque zone) et du Moyen-Orient (900 000).

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Pertes importantes

L’IATA, qui compte 290 membres revendiquant 82 % du trafic aérien mondial, reprend ses estimations déjà publiées. Ainsi, selon le même scénario, sur l’ensemble de l’année, les compagnies aériennes devraient voir les revenus de vente de billets diminuer de 252 milliards $US (–44 %) en 2020 comparativement à 2019. « Le deuxième trimestre est le plus critique, la demande chutant de 70 % au pire de la crise et les compagnies aériennes se délestant de réserves de trésorerie de 61 milliards $US », rappelle-t-elle. Selon ses projections, la capacité devrait diminuer de 65 % au deuxième trimestre par rapport au trimestre correspondant de 2019, de 40 % au troisième et de 10 % au quatrième, toujours par rapport au trimestre correspondant de 2019.

Les compagnies aériennes demandent aux gouvernements de fournir immédiatement une aide financière pour les aider à demeurer viables et en mesure de diriger la reprise lorsque la pandémie sera endiguée. En particulier, l’IATA demande un soutien financier direct, des prêts et garanties de prêts et un soutien au marché des obligations de sociétés, ainsi que des allègements fiscaux.

Le flou persiste aux États-Unis

L’exercice ne coule pas de source, comme en témoigne l’exemple américain. Aux États-Unis, les compagnies aériennes sont engagées dans des négociations périlleuses avec le gouvernement fédéral, qui est déterminé à prendre des participations dans leur capital en échange de son aide financière pour éponger les pertes dues au coronavirus.

Un bras de fer se joue en coulisses entre des dirigeants de l’aérien et le Trésor, chargé de répartir les 2200 milliards de dollars du plan d’aide économique promulgué fin mars par Donald Trump, d’après des sources industrielles. Ce plan prévoit une aide de 50 milliards aux compagnies, dont la moitié doit servir à préserver des emplois jusqu’au 30 septembre.

Si le Trésor refuse de parler de renflouement, le ministère veut néanmoins éviter d’être accusé de signer un chèque en blanc. Une des contreparties en discussion est une prise de participation au capital, dont l’ampleur dira si c’est une nationalisation ou pas. Dans tous les cas, cette hypothèse est considérée comme une ligne rouge par les dirigeants, d’après des sources industrielles, car ils redoutent que l’État actionnaire ne soit un repoussoir pour les marchés financiers. American Airlines, United Airlines, Delta Air Lines et Southwest, les quatre grandes compagnies américaines, hésitent, expliquent les mêmes sources, à accepter l’aide publique malgré l’érosion brutale de leurs revenus.

Delta, American, United et Southwest sont en position de faiblesse dans ces tractations : leur survie est menacée et elles ont consacré 39 milliards de dollars les cinq dernières années à choyer leurs actionnaires par des programmes de rachat d’actions, a calculé S&P Dow Jones Indices, plutôt que de se prémunir d’une éventuelle crise. Ces handicaps sont de nature à encourager le Trésor à durcir ses exigences, ce qui pousserait ces compagnies à préférer se déclarer en faillite, redoutent les syndicats et des élus démocrates.

Avec l’Agence France-Presse