Les divisions persistent sur le plan de relance européen

Les pays européens les plus affectés par le virus continuent de réclamer la création d’un instrument de dette commun dans la perspective de la récession annoncée.
Daniel Roland Agence France-Presse Les pays européens les plus affectés par le virus continuent de réclamer la création d’un instrument de dette commun dans la perspective de la récession annoncée.

Les ministres européens des Finances peinaient mardi à surmonter leurs divergences sur un plan de relance européen après l’épidémie, les pays du Nord restant opposés à ceux du Sud, qui réclament un effort financier sans précédent au prix d’une dette commune.

La visioconférence devait reprendre en soirée après deux heures d’interruption consécutives à un premier tour de table. Cette réunion constitue un test décisif pour l’unité des 27, qui ne peuvent se permettre d’étaler une nouvelle fois leurs divisions, après l’échec d’un sommet des chefs d’État et de gouvernement consacré à la crise le 26 mars.

Face à la pandémie, la réponse européenne devrait s’orienter sur trois axes, qui remportent globalement l’adhésion des ministres, selon plusieurs sources : des prêts du fonds de secours de la zone euro, un fonds de garantie pour les entreprises et un soutien au chômage partiel. Mais les pays les plus affectés par le virus continuent de réclamer la création d’un instrument de dette commun (sous la forme d’euro-obligations parfois appelées « coronabonds » ou « eurobonds ») dans la perspective de la profonde récession annoncée. Et ils pourraient bloquer un accord. Parmi eux figurent l’Italie, l’Espagne et la France, mais aussi la Grèce, Malte, le Luxembourg ou l’Irlande, selon des sources concordantes.

« Les eurobonds représentent une réponse sérieuse et adaptée à la crise que nous vivons », a insisté lundi soir le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte, dont le pays est le plus touché en Europe (plus de 16 523 morts et plus de 132 000 cas). L’Italie, confrontée à l’opposition des pays du nord de l’Europe (Allemagne et Pays-Bas en tête), avait déjà, avec Madrid, entraîné l’échec du sommet consacré à la riposte de l’Union fin mars.

Opposition

Juste avant la réunion, le président de l’Eurogroupe, Mario Centeno, a appelé les ministres « à prendre un engagement clair en faveur d’un plan de relance coordonné et de grande envergure » après l’épidémie, sans aller jusqu’à évoquer l’idée d’une dette commune.

Le ministre allemand des Finances, Olaf Scholz, s’est, lui, dit prêt à travailler sur « l’après-crise », évoquant une « reconstruction » de « manière solidaire ». Mais une mutualisation des dettes constitue une ligne rouge pour son pays, ainsi que pour les Pays-Bas : ils refusent de s’engager dans un emprunt commun avec des États très endettés comme l’Italie ou l’Espagne, qu’ils jugent laxistes dans leur gestion.

Le Danemark, l’Autriche, la Suède et les pays baltes sont dans leur camp, a indiqué une source européenne.

La France espérait offrir un compromis, en proposant un « fonds de relance » capable d’émettre de la dette commune aux États membres, mais limité aux services publics essentiels, comme la santé, ou aux filières menacées. Le ministre des Finances Bruno Le Maire exige que cette « option » soit « mentionnée » dans les conclusions des ministres, quitte à ce qu’elle soit détaillée plus tard.

Afin d’éviter un blocage, une formulation assez vague pourrait être approuvée, afin que « chacun puisse dire : les “coronabonds” sont toujours là. Ou pas. Et le débat se poursuivra », anticipe un diplomate.

Les propositions des ministres devront encore être approuvées par les chefs d’État et de gouvernement.