Le CRTC approuve l’achat de V par Bell

Globalement, Bell Canada voit l’exigence de dépenses d’émissions canadiennes passer de 35% à 40% des revenus de l’année précédente.
Photo: Darren Goldstein La Presse canadienne Globalement, Bell Canada voit l’exigence de dépenses d’émissions canadiennes passer de 35% à 40% des revenus de l’année précédente.

Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), a autorisé vendredi sous certaines conditions l’achat de V Interactions par Bell, une transaction importante dans le portrait télévisuel québécois. L’acheteur a accueilli « favorablement » la décision, alors que son adversaire Québecor estime qu’elle alimente « la domination de Bell » sur le marché.

L’achat de V par Bell Média lui permet d’ajouter un diffuseur généraliste à ses chaînes spécialisées (dont RDS, D, Vrak et Canal Vie). Le CRTC, qui ne dévoilera les motifs de sa décision qu’ultérieurement, imposera toutefois des « conditions de licence » à Bell afin que soient garantis « des niveaux adéquats d’investissements en programmation locale et en programmation originale canadienne de langue française. »

Le réseau de V comprend cinq stations de télévision généraliste en français, exploitées dans les marchés de Montréal, Québec, Saguenay, Sherbrooke et Trois-Rivières.

Selon les nouvelles conditions du CRTC, elles devront toutes diffuser cinq heures de programmation locale par semaine. Pour la métropole et la capitale, ce nombre d’heures passera à huit heures et demie dès 2021-2022.

Plusieurs conditions

Plus globalement, Bell Média voit l’exigence de dépenses d’émissions canadiennes passer de 35 % à 40 % de ses revenus. Le CRTC lui demandera aussi 18 % des revenus de l’année précédente en émissions d’intérêt national — soit des documentaires de longue durée, des émissions dramatiques et comiques, ainsi que certaines remises de prix d’envergure nationale ou régionale. Ce pourcentage était de 10 % pour les stations de V, note le CRTC.

Bell devra également investir plus de 3 millions de dollars — à payer sur sept années consécutives — qui seront répartis entre le Fonds des médias du Canada et le Fonds Bell. 

Bell a accueilli « favorablement » la décision de vendredi. « Avec cette approbation qui arrive à point, Bell est maintenant à une étape plus près d’assurer la viabilité à long terme de V, étant donné que l’industrie de la télédiffusion traverse une période critique, a déclaré dans un communiqué Karine Moses, présidente de Bell Média Québec. C’est une nouvelle ère qui débute pour l’écosystème télévisuel québécois et Bell Média offrira de nouvelles occasions de création de contenu francophone et une programmation améliorée de nouvelles. »

Désaccord chez Québecor

Le compétiteur direct de Bell, Québecor, avait déjà souligné à grands traits son désaccord au sujet de cette transaction. Vendredi, Québecor a estimé qu’« encore une fois, le CRTC aura décidé d’alimenter la domination de Bell et les effets néfastes sur les marchés francophone et anglophone au détriment des autres acteurs de l’industrie. » L’entreprise déplore notamment que le CRTC n’ait pas dévoilé ses motifs. « Il n’y a également aucune garantie sur l’augmentation réelle des dépenses en émissions canadiennes exigées par le CRTC, puisque Bell pourra utiliser une partie des surplus déjà dépensés par les stations V pour satisfaire aux exigences. Aucune décision pour faire cesser les pratiques anti-concurrentielles de Bell. »

La transaction, dont les détails financiers n’avaient pas été dévoilés lors de l’annonce initiale, inclut le service de vidéo sur demande Noovo.ca et le site 25 Stanley, mais Groupe V Média conservera les chaînes spécialisées Max et Elle Fictions.

CJPX deviendra WKND

Le CRTC a par ailleurs également approuvé l’achat de la station de radio montréalaise Radio-Classique (CJPX-FM) par la Québécoise Leclerc Communication, modifiant ainsi la formule spécialisée de musique classique à un son plus grand public. « La formule proposée par Leclerc permettra à de nombreux artistes canadiens francophones, particulièrement les artistes émergents, d’accroître leur visibilité », a noté le Conseil.

Dans un communiqué, Jean-François Leclerc, vice-président Programmation de Leclerc Communication, a souligné que « cette acquisition est une opportunité en or pour [l’acteur] indépendant que nous sommes. Elle nous permet de mettre la main sur l’une des antennes couvrant le plus grand territoire dans un marché où aucune nouvelle fréquence n’est disponible. »

La fréquence portera donc la bannière WKND 99,5, et « offrira un format similaire à celui de la station WKND 91,9 à Québec ». L’arrivée sur le marché de Montréal « constitue un grand défi, mais nous sommes plus que prêts à le relever », a affirmé Nicolas Leclerc, vice-président Ventes et Marketing de Leclerc Communication.

Le communiqué évoque la présence d’une musique pop-rock et alternative. Le propriétaire de Radio-Classique continuera de diffuser en ligne et sur son application.