Analyse: ces crises inattendues qui n’en sont pas

L’éventualité d’une pandémie de grippe mortelle était présentée, en 2006, comme l’un des plus grands risques de crise mondiale dans un rapport du Forum économique mondial.
Photo: Jens Meyer Associated Press L’éventualité d’une pandémie de grippe mortelle était présentée, en 2006, comme l’un des plus grands risques de crise mondiale dans un rapport du Forum économique mondial.

Le rapport sur les risques mondiaux du Forum économique mondial (FEM) est devenu un rendez-vous habituel à la veille du fameux événement qui se tient chaque année à Davos. Établie maintenant depuis 15 ans, cette sorte de classement des principaux dangers qui menacent notre planète, en matière de dommages potentiels ou de probabilité, est basée sur l’opinion d’environ un millier d’experts et de décideurs d’un peu tous les domaines et de tous les pays, mais majoritairement issus des pays dits développés et provenant pour un tiers des milieux d’affaires. Ce portrait de la réalité n’est pas à l’abri des modes et des sujets de l’heure, mais fait de gros efforts pour ne pas trop se laisser distraire par des phénomènes superficiels et regarder le plus loin possible en avant.

Dans l’un de ces rapports, la pandémie d’un nouveau virus de la grippe mortel était présentée comme l’un des quatre plus grands risques dans un monde plus interconnecté que jamais. Un tel événement ne manquerait pas, disait-on, d’avoir un coût humain et économique important en affectant non seulement les voyages, le tourisme et les chaînes de production manufacturière, mais aussi l’investissement des entreprises et la consommation des ménages. Cet avertissement était dans le premier rapport du Forum de Davos, celui de 2006, et voyait les récents épisodes du SRAS et de la grippe aviaire comme des avertissements.

Au cours des années qui ont suivi, le risque de pandémie a continué d’apparaître dans les rapports du FEM, tout en reculant un peu dans le classement des plus grandes menaces. Dans le dernier rapport, dévoilé au début du mois de janvier, il pointait encore parmi les dix plus grands risques mondiaux en matière d’impact potentiel, et l’on déplorait, au passage, que, loin de s’améliorer, le niveau de préparation des pouvoirs publics et des entreprises à cette éventualité était en recul.

Les autres risques

Cet échec à entendre les mises en garde contre ce danger qui nous pendait au bout du nez est un puissant incitatif à retourner voir ce que disaient d’autres de ces fameux rapports. Il y était question de risques d’effondrement des actifs financiers et de montée du protectionnisme dès le début de 2007. On y évoque souvent la montée des inégalités, les problèmes de cybersécurité, le drame des migrations involontaires et la crise des finances publiques, ainsi que la volatilité des prix de l’énergie et la menace des armes de destruction massive.

Mais ce qui prend de plus en plus de place, ce sont toutes les questions liées à l’environnement, à commencer par les bouleversements climatiques, mais aussi la perte de biodiversité, les épisodes climatiques extrêmes et la pénurie d’eau. C’en est au point où, cette année, ces menaces occupaient quatre des cinq premières places pour les risques aux conséquences les plus graves pour le monde et monopolisaient les cinq premiers rangs pour les risques les plus probables.

Ces dangers qui guettent notre planète, et dont nous préviennent les experts depuis des années, ne doivent pas être pris isolément, mais comme des phénomènes interconnectés, expliquent chaque année les auteurs du rapport du Forum de Davos. L’éclatement d’une pandémie, par exemple, est susceptible, entre autres, de renforcer la tendance actuelle des pays de se refermer sur eux, en plus de frapper disproportionnellement les plus pauvres, de grever les finances publiques et de donner une bonne excuse aux récalcitrants pour remettre à plus tard la lutte contre les bouleversements climatiques. Ces mêmes bouleversements climatiques qui occupent, pourtant, le sommet du classement des principales menaces auxquelles nos sociétés feraient face.

Appel à l’action

Comme son nom l’indique, ce rapport sur les risques mondiaux — comme les autres mises en garde du même genre que nous adressent les experts — n’est pas la chronique des malheurs qui s’abattront nécessairement sur nous. Certains de ces dangers peuvent ne jamais se matérialiser, ou alors pas avant des années. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles nos sociétés ont souvent autant de mal à s’y attaquer sérieusement, jusqu’à ce que l’urgence ne les force à agir.

Et comme son nom l’indique aussi, ce rapport sur les risques mondiaux montre également que ces dangers ne sont pas seulement l’affaire de quelques pays, mais pèsent sur tout le monde, et que, pour s’y attaquer, une action commune est nécessaire.