La Banque du Canada sort l’artillerie lourde

La Banque du Canada a prévenu que la propagation de la COVID-19 a des «conséquences sérieuses pour les Canadiens et pour l’économie, tout comme la chute marquée des prix mondiaux du pétrole».
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne La Banque du Canada a prévenu que la propagation de la COVID-19 a des «conséquences sérieuses pour les Canadiens et pour l’économie, tout comme la chute marquée des prix mondiaux du pétrole».

Devant les effets de la pandémie qui ne montrent aucun signe d’affaiblissement, la Banque du Canada sort l’artillerie lourde. Pour la troisième fois depuis le début du mois, l’institution a réduit son taux directeur vendredi, mais son comité de politique monétaire a profité de l’occasion pour annoncer deux programmes d’envergure visant à améliorer la liquidité dans les marchés financiers.

Après avoir fait passer son taux directeur de 1,75 % à 1,25 % le 4 mars, et de 1,25 % à 0,75 % la semaine suivante, la Banque du Canada l’a ramené à 0,25 % vendredi matin, ce que son gouverneur, Stephen Poloz, a décrit comme étant « le bas de la fourchette ».

« L’idée d’aller plus bas est une possibilité théorique, mais ce n’est pas quelque chose que nous envisageons », a dit M. Poloz en conférence de presse en compagnie de la première sous-gouverneure, Carolyn Wilkins. « En fait, nous pensons que le système fonctionnera le mieux à ce niveau-ci, et nous avons l’intention de le maintenir pour le moment. »

L’ajustement à la hausse ou à la baisse du taux directeur entraîne un effet sur les taux d’emprunt des consommateurs et aux entreprises, ce qui permet de ralentir l’activité économique ou, comme dans le cas présent, d’offrir un certain soutien pour éviter qu’elle ne s’effondre. La réduction de 150 points de base en 23 jours est un « rythme d’assouplissement sans précédent », a fait remarquer l’équipe d’économistes de la Banque Nationale. Et du coup, le taux revient à celui en vigueur après la crise de 2008-2009.

D’entrée de jeu, la Banque du Canada a prévenu que la propagation de la COVID-19 a des « conséquences sérieuses pour les Canadiens et pour l’économie, tout comme la chute marquée des prix mondiaux du pétrole », lesquels touchent des niveaux qu’on n’avait pas vus depuis les années 1990. Le brut de l’Ouest canadien s’est replié vendredi matin à moins de 5 $US, soit 17 $US de moins que le baril de brut WTI qui sert de référence aux États-Unis.

Rachat de titres

En plus de la baisse du taux directeur, la banque centrale rachètera des actifs pour améliorer la fluidité de certains marchés moins connus du grand public. Elle propose d’acheter du papier commercial (PC) afin de « rétablir une source essentielle de financement à court terme des entreprises », et elle met sur pied un programme d’achat de titres du gouvernement canadien sur le marché secondaire. Le marché du PC est « essentiellement gelé », a dit M. Poloz.

En ce qui concerne le marché des titres du gouvernement canadien, dans lequel la Banque achètera pour au moins 5 milliards par semaine, il est visiblement tendu. Il constitue un pilier du système et le programme sera en place jusqu’à ce que l’économie se rétablisse, a dit M. Poloz. « S’il ne fonctionne pas de manière fluide, avec des écarts minces entre les cours acheteurs et vendeurs, le reste du système ne fonctionne pas bien. » La Banque du Canada, qui pense aussi à la préparation d’une reprise économique, n’a pas elle-même utilisé l’expression « assouplissement quantitatif », mais M. Poloz ne s’est pas opposé non plus à son usage lorsqu’une journaliste l’a mentionnée dans une question.

Le personnel de la Banque du Canada travaille d’arrache-pied pour produire le prochain Rapport sur la politique monétaire, prévu le 15 avril, a par ailleurs indiqué M. Poloz. L’institution fournira alors des perspectives à plus long terme. « Comme vous l’avez entendu de la part d’autres économistes, c’est très difficile à faire. »

En observant la situation évoluer, l’agence de notation DBRS a confirmé la cote du Canada au niveau AAA vendredi matin, même si l’impact et la durée de « l’ensemble des chocs » économiques demeurent « très incertains ».