À Wall Street, la pandémie efface les années Trump

Les courtiers déserteront le parquet de Wall Street dès lundi.
Photo: Johannes Eisele Agence France-Presse Les courtiers déserteront le parquet de Wall Street dès lundi.

Toujours aussi effrayés par les conséquences possibles de la pandémie de coronavirus en dépit des milliards promis en aide publique, les marchés financiers ont été le théâtre, mercredi, d’une autre dégringolade dont n’ont été épargnés ni les actions d’entreprises, ni le pétrole, ni les obligations des gouvernements, ni même l’or.

À peine avaient-elles eu le temps de profiter d’un petit rebond la veille que les principales places boursières du monde ont replongé mercredi. Si celle de Tokyo n’a finalement perdu que 1,7 %, Londres (–4 %), Francfort (–5,6 %) et Paris (–5,9 %) en ont été quittes pour une chute plus marquée.

En glissade dès l’ouverture de la séance, la Bourse de New York a vu se déclencher, pour une énième fois ces derniers temps, l’interruption automatique de ses échanges pendant un quart d’heure, le temps de permettre aux acteurs du marché de reprendre leurs esprits. Poursuivant un recul entrepris depuis un mois durant lequel il a perdu près du tiers de sa valeur, Wall Street est même passé, durant la journée, sous un seuil qui n’a pas dû plaire au président américain en pleine année électorale, le fameux indice Dow Jones Industrial Average pointant plus bas qu’il ne l’était le jour de l’assermentation de Donald Trump, le 20 janvier 2017. L’indice a finalement bouclé la séance par une perte 6,3 %, soit à peine mieux que le S & P 500 (–7 %), plus représentatif.

 

Phénomène inusité, cette nouvelle chute des titres boursiers ne s’est pas accompagnée d’une remontée de leurs habituelles alternatives de placement, comme les obligations émises par les États, ou même des valeurs refuges, comme l’or, qui ont aussi piqué du nez, mais pas autant que le pétrole. Toujours durement secoué par la dégradation rapide des perspectives économiques mondiales, mais aussi par la guerre des prix que se livrent l’Arabie saoudite et la Russie, le WTI américain a perdu 24 % et est tombé à son niveau le plus bas en 18 ans, à 20,37 $US le baril, contre 24,88 $ (–13 %) pour celui de la référence mondiale, le Brent.

Ces nouveaux bouleversements financiers n’ont pas manqué de se faire également sentir au Canada, où, là aussi, après une interruption automatique des échanges, la Bourse de Toronto a finalement perdu durant la journée 7,6 % et où le huard a retraité de 2,2 ¢ US, à un peu moins de 69 ¢ US.

La responsabilité de cette grande débandade financière depuis des semaines incombe, bien sûr, aux impacts réels et anticipés de la pandémie de la COVID-19, mais aussi à la réponse insuffisante des pouvoirs publics, estime Benoît Vesco, directeur des investissements de Meeschaert AM. « Dans ce contexte, alors qu’il faudra du temps pour juguler la crise sanitaire, la volatilité va rester particulièrement élevée tant que les autorités monétaires et gouvernementales n’apporteront pas le soutien nécessaire. »

Des milliards

À cet égard, cherchant à faire oublier les semaines qu’il a perdues à nier la gravité de la crise, Donald Trump a multiplié les annonces mercredi, évoquant, entre autres, la possibilité de recourir à une loi du temps de la guerre de Corée pour forcer les fabricants de matériel de protection médicale ou d’appareils respiratoires à augmenter leur production pour répondre à la pénurie, et promettant aussi d’envoyer un navire-hôpital à New York et un autre sur la côte ouest du pays.

Alors que le Congrès américain ajoutait 104 milliards d’aide financière aux quelque 8 milliards qu’il a déjà promis, la Maison-Blanche poursuivait avec lui des négociations visant l’adoption d’un ambitieux plan de relance de 1300 milliards, dont 500 milliards seraient directement envoyés en deux versements aux ménages américains, 300 milliards seraient destinés aux PME pour les aider à payer leurs employés et 200 milliards iraient en garanties financières aux autres entreprises, selon des informations obtenues par le New York Times.

Mardi, le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, avait brandi le spectre d’un taux de chômage de 20 % pour convaincre les élus républicains d’agir.

« Nous sommes très loin de ça, a dit mercredi Donald Trump. C’est le pire des plus sombres scénarios. »

Fermeture du parquet

La Bourse de Wall Street, gérée par le New York Stock Exchange, a annoncé mercredi qu’elle allait par précaution fermer temporairement à partir de lundi son célèbre parquet, où se réunissent encore physiquement quelques courtiers. La fermeture du bâtiment n’affectera en revanche pas les échanges, qui se poursuivront de façon électronique comme c’est le cas pour la plupart des autres places boursières, comme le Nasdaq, a assuré par voie de communiqué ICE, la maison mère du NYSE.

Avec l’Agence France-Presse