Coronavirus: un confinement fortifiant pour Amazon?

Aujourd’hui, Amazon représente 37% du commerce en ligne aux États-Unis et contrôle l’essentiel de sa chaîne logistique, sauf quand les usines s’arrêtent.
Photo: Ina Fassbender Agence France-Presse Aujourd’hui, Amazon représente 37% du commerce en ligne aux États-Unis et contrôle l’essentiel de sa chaîne logistique, sauf quand les usines s’arrêtent.

Géant du commerce et des technologies, Amazon se retrouve au cœur de la vie quotidienne de millions de personnes confinées chez elles, et pourrait émerger de la pandémie de coronavirus plus puissant que jamais s’il joue ses cartes correctement.

« Regardez la journée typique des gens en ce moment : ils travaillent en ligne, en utilisant peut-être des outils collaboratifs alimentés par les serveurs d’Amazon. Ils font leurs courses sur Internet et le soir, ils se divertissent avec des plateformes comme Netflix, qui fonctionnent à partir du nuage d’Amazon », constate Bob O’Donnell, de Technalysis Research.

Les mesures de quarantaine représentent une occasion majeure de tenter de changer les habitudes des consommateurs — ceux qui préfèrent encore les commerces de proximité, par exemple. Amazon et ses concurrents ont une marge de progression : en 2019, 11 % des ventes de détail ont eu lieu en ligne aux États-Unis, et 14 % dans le monde, d’après le cabinet eMarketer.

Mais encore faut-il pouvoir répondre à l’explosion des commandes. « Certains produits de base pour la maison et certains produits médicaux sont en rupture de stock […] Ces produits en forte demande seront désormais prioritaires dans nos centres de commandes », et ce, jusqu’au 5 avril, a indiqué mardi un porte-parole d’Amazon.

Pendant longtemps, le groupe du milliardaire Jeff Bezos a dégagé des profits très faibles afin de réinvestir ses gains dans les entrepôts et les fermes de serveurs.

Aujourd’hui, Amazon représente 37 % du commerce en ligne aux États-Unis et contrôle l’essentiel de sa chaîne logistique, sauf quand les usines s’arrêtent. « Sa faiblesse, ce sont les livraisons, remarque l’analyste Rob Enderle. Si UPS ou Fedex fermaient, Amazon ne serait pas capable d’assurer la distribution. »

La société a annoncé lundi qu’elle allait recruter 100 000 personnes pour ses entrepôts, centres logistiques et opérations de livraison aux États-Unis. Les salariés américains et européens de ces activités recevront désormais 2 dollars / livres / euros de plus par heure environ « pour que les autres puissent rester chez eux ».

Le groupe de Seattle, un des foyers américains du coronavirus, dans le nord-ouest du pays, doit répondre à la demande tout en protégeant ses équipes — 800 000 personnes dans le monde, sans compter les sous-traitants et les saisonniers. Amazon a promis jusqu’à deux semaines de salaire à ses employés contaminés (moins de 10 personnes, à ce stade, d’après la presse américaine) ou placés en quarantaine. Elle a aussi débloqué des fonds pour soutenir ses salariés ou contractuels qui se retrouvent en difficulté financière dans le monde.

« L’enjeu pour Amazon, c’est d’empêcher la propagation du virus dans ses centres de distribution, note Patrick Moorhead, de Moor Insights and Strategy. Dans le pire des cas, ils se retrouveront dans la même situation que tous ces magasins physiques qui ont dû fermer. Mais s’ils relèvent le défi, ils seront applaudis comme des sauveurs. »

Employeur majeur alors que le chômage menace, fournisseur de produits de première nécessité pendant le confinement… « Ils ont l’occasion d’améliorer socialement et économiquement les vies des gens pendant les mois qui viennent », relève Bob O’Donnell.

Mais l’exercice relève du funambulisme : Amazon doit se rendre discrètement indispensable, sans avoir l’air de tirer profit de la crise. Car le mastodonte est déjà dans le viseur des autorités fédérales, qui enquêtent sur d’éventuelles pratiques anticoncurrentielles des grandes plateformes, dont Google, Facebook ou Amazon.