Baisse-surprise du taux directeur de la Banque du Canada

Le ministre des Finances, Bill Morneau, et le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz ont présenté plusieurs mesures pour répondre à l’incertitude économique accompagnant la pandémie de coronavirus.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le ministre des Finances, Bill Morneau, et le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz ont présenté plusieurs mesures pour répondre à l’incertitude économique accompagnant la pandémie de coronavirus.

Elle l’avait fait la semaine dernière, en mimétisme à la baisse-surprise de 50 points du taux cible de la Réserve fédérale. La Banque du Canada en a rajouté vendredi, sans autre avertissement, en appliquant une baisse additionnelle de 50 points de son taux directeur. La COVID-19, mais également la forte chute des cours pétroliers ont commandé ce nouvel assouplissement monétaire musclé.

Devançant cette fois la réunion officielle du comité monétaire de la FED, la semaine prochaine, la Banque du Canada a retiré 50 points de base à son taux cible du financement à un jour pour le ramener à 0,75 %. Il était à 1,75 % dix jours auparavant. Le dollar canadien a évidemment écopé, tombant à 71,94 ¢US, contre 72,36 ¢US la veille. Sur le marché du crédit, si la réduction précédente avait entraîné un recul similaire du taux préférentiel des banques, le geste de vendredi demeurait toujours sans écho au moment où ces lignes étaient écrites.

« Cette décision non prévue se veut une mesure proactive prise à la lumière des chocs négatifs subis par l’économie canadienne en raison de la pandémie de COVID-19 et de la récente chute des prix du pétrole », indique la banque centrale dans son communiqué. « Il est clair que la propagation du coronavirus a des conséquences sérieuses pour les familles canadiennes, et pour l’économie du pays. De plus, la diminution des prix du pétrole, même depuis notre dernière décision du 4 mars, pèsera grandement sur l’économie. » L’institution entend faire le point sur les économies canadiennes et mondiales le 15 avril.

0,75 %
C’est le taux directeur établi par la Banque du Canada vendredi, une baisse additionnelle de 50 points par rapport à celle annoncée le 4 mars.

Dans une conjoncture plutôt déflationniste, elle laisse la porte ouverte à d’autres ajustements de la politique monétaire, au besoin, « pour soutenir la croissance économique et maintenir l’inflation à la cible ».

Remontées en Bourse

Les investisseurs ont apprécié. En Bourse, l’indice S & P / TSX a terminé vendredi avec un gain de 9,7 %, effaçant une grande partie de la perte de 12,3 % encaissée la veille. « Une baisse de 100 points de base en quelque dix jours est un record pour la banque centrale », ont écrit les économistes de la Banque Nationale.

Cette baisse, accompagnée d’autres mesures présentées vendredi par le ministre des Finances, Bill Morneau, par le Bureau du surintendant des institutions financières et par la Banque du Canada, a été saluée par l’économiste senior de la Banque TD, Brian DePratto. « Les distorsions économiques et sociales liées au virus vont vraisemblablement s’amplifier au cours des prochaines semaines. Mais avec les bons supports mis en place, le gros de l’impact économique a de bonnes chances d’être de courte durée. » L’important pour cette issue est une réponse adéquate du gouvernement américain à la pandémie et le soutien apporté à son économie, ajoute-t-il.

Wall Street semblait, vendredi, voir les gouvernements prendre la juste mesure, longtemps souhaitée, de la situation et des actions à poser. L’indice symbolique Dow Jones a effectué un bond de fin de séance pour terminer en hausse de 9,4 % et ramener sa perte sur la semaine à 10,4 %, applaudissant la déclaration par Donald Trump de l’état d’urgence aux États-Unis. Le S & P 500, plus large, a pris 9,3 %, à 2711,02. Après avoir touché des niveaux jamais vus depuis la crise de 2008, l’indice de volatilité VIX, dit de la peur, est redescendu sous les 58 points, en baisse de 23,4 %, ce qui ne l’empêche pas de demeurer dans la zone où la peur et l’émotivité l’emportent sur le rationnel.

« La bonne nouvelle est que le marché n’a pas complètement capitulé », remarque Peter Cardillo, de Spartan Capital Securities. « Cela ne veut pas dire qu’on va regagner en vigueur tout de suite, mais le pire de la panique est sans doute passé », avance l’expert, la multiplication des mesures de soutien à l’économie, monétaires ou budgétaires, alimentant une reprise de confiance. Cela reste un rebond plus technique que fondamental, ajoute Guillaume Garabedian, responsable de la gestion-conseil à Meeschaert gestion privée, la volatilité étant appelée à persister tant que la pandémie ne sera pas maîtrisée.

Avec l’Agence France-Presse