Le quart des PME canadiennes déjà touchées par le blocus

Le CN et le CP se sont entendus pour permettre à certains trains de marchandises de contourner les barrages des voies ferrées du CN, en passant par les États-Unis ou alors en utilisant les voies du Canadien. 
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne Le CN et le CP se sont entendus pour permettre à certains trains de marchandises de contourner les barrages des voies ferrées du CN, en passant par les États-Unis ou alors en utilisant les voies du Canadien. 

La multiplication de barrages ferroviaires et routiers au Canada ne dit rien qui vaille aux entreprises québécoises.

Près du quart des propriétaires de PME canadiennes rapportent avoir déjà commencé à faire les frais des blocages ferroviaires des dernières semaines alors qu’une autre moitié s’attend à en ressentir les effets bientôt, a rapporté mardi la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) sur la base des résultats préliminaires d’un sondage réalisé auprès de ses membres.

Les entreprises les plus touchées se retrouveraient dans les provinces de l’Ouest, à en croire les premiers résultats de l’enquête en cours dans le Canada anglais depuis vendredi et dans le Canada français depuis seulement lundi et qui a recueilli jusqu’à présent près de 7000 répondants. Les entreprises du Québec ne sont toutefois pas très loin derrière, a expliqué au Devoir François Vincent, vice-président à la FCEI. Les pertes financières rapportées s’élèvent en moyenne à 60 000 $, « ce qui est considérable pour les petites entreprises qui ne disposent habituellement pas de coussin financier important. »

Neuf répondants sur dix disent craindre aussi les dommages que la situation pourrait infliger à la réputation du Canada à l’étranger. Le secteur le plus touché serait celui de l’agriculture, suivi par celui du commerce de gros, des ressources naturelles, du transport et la fabrication. Mais même des détaillants se disent touchés.

Alarme agricole

La Fédération canadienne de l’agriculture (FCA) a sonné à son tour l’alarme, mardi, lors de son assemblée générale annuelle à Ottawa, et réclamé une intervention d’urgence du gouvernement Trudeau. « Grosso modo, 7 à 10 jours sont les estimations que nous avons des stocks qui nous restent, autant au niveau du propane que du soya, pour faire face à la situation », a décrié Marcel Groleau, le président de l’Union des producteurs agricoles du Québec.

Le gouvernement fédéral a indiqué avoir évité le pire des pénuries de propane, de produits chimiques nécessaires au traitement de l’eau potable ou encore de produits agricoles essentiels, grâce à des ententes conclues entre les compagnies ferroviaires. Le CN et le CP se sont entendus pour permettre à certains trains de marchandises de contourner les barrages des voies ferrées du CN, en passant par les États-Unis ou alors en utilisant les voies du Canadien Pacifique, et ainsi être en mesure de livrer leurs cargos. « Ça ne peut pas remplacer complètement le nombre de trains, mais ça aide un peu et ça nous donne une petite marge de manoeuvre supplémentaire », a fait valoir le ministre des Transports, Marc Garneau.

La présidente de la FCA, Mary Robinson, a argué que la collaboration du CN et du CP qui a permis le déplacement de certains trains depuis trois semaines a seulement permis l’approvisionnement dans l’Ouest canadien, mais pas encore dans l’est du pays.

Infiniment complexe

Les apparitions, démantèlements et réapparitions de barrages ferroviaires des dernières semaines placent les entreprises devant « un problème infiniment complexe » où elles finissent « par ne plus savoir ce qui bouge ou pas, ni combien de temps il faudra attendre encore avant de pouvoir livrer sa production ou recevoir une livraison qui est bloquée quelque part depuis des semaines », rapporte Véronique Proulx, p.-d.g. des Manufacturiers et Exportateurs du Québec. « Au moins, avec la dernière grève du CN, on savait que cela finirait tôt ou tard par une entente ou une loi spéciale. »

Certains ne peuvent plus attendre et se tournent vers la livraison par camion ou même par avion, au détriment de leurs portefeuilles. D’autres ont pris le parti de fabriquer et de stocker des produits à moitié finis, ou d’affecter leurs employés à d’autres tâches, en attendant que les pièces manquantes leur soient livrées.

« Mais cela ne peut durer qu’un temps », observe Véronique Proulx, et n’arrangera probablement pas la réputation du Canada auprès de clients américains déjà portés au protectionnisme.

Avec La Presse canadienne