Les plans d’Alstom sous haute surveillance

Les 365 emplois à l'usine de Bombardier à La Pocatière devraient être maintenus, et une expansion est même envisagée par Alstom.
Photo: François Lo Presti Agence France-Presse Les 365 emplois à l'usine de Bombardier à La Pocatière devraient être maintenus, et une expansion est même envisagée par Alstom.

Des rumeurs persistantes, des entreprises discrètes, mais un résultat que tous attendaient : la vente de Bombardier Transport à Alstom n’a surpris personne lundi, mais tous se sont affairés à mesurer les conséquences. Si l’entente marque la sortie de Bombardier d’un secteur qui générait la moitié de ses ventes, elle place la Caisse de dépôt et placement au coeur du capital de la compagnie française, où son bloc de 18 % en fera l’actionnaire principal du deuxième acteur mondial dans le transport intégré.

Applaudie par le gouvernement et le milieu des affaires, la transaction évaluant la division Transport à 8,2 milliards de dollars américains sera toutefois surveillée de près par les employés — tant à La Pocatière qu’au siège à Saint-Bruno — et les partis d’opposition, qui voudront savoir le plus rapidement possible la teneur précise des plans que lui réservera Alstom.

La vente des trains et des systèmes de transport collectif permettra à Bombardier de réduire sa dette, estimée à 9,3 milliards de dollars américains, en se concentrant uniquement sur les avions d’affaires. Compte tenu de certaines déductions, dont des sommes liées aux retraites, la compagnie montréalaise touchera un produit final se situant entre 4,2 et 4,5 milliards de dollars américains. Cela inclut un demi-milliard en actions d’Alstom.

Plan de cinq ans

« Vendre les activités de transport sur rail nous permettra de remodeler et de redéfinir notre structure du capital », a déclaré le président de Bombardier, Alain Bellemare. « Nous sommes convaincus que la vente […] est la bonne chose à faire pour toutes les parties prenantes. »

Au terme d’un virage de cinq ans « exigeant », a dit M. Bellemare à des analystes financiers, « nous faisons atterrir Bombardier au bon endroit ». Les dernières années ont été marquées par la cession du contrôle du programme C Series à Airbus, la vente du programme d’avions Q400, la vente du programme CRJ et la vente de l’unité d’aérostructures (pièces et service après-vente). La participation résiduelle dans la famille C Series, renommée A200, a été cédée à Airbus et à Investissement Québec la semaine dernière.

Bloc de la Caisse

La transaction prévoit que la participation de la Caisse dans la division Transport (32,5 %), évaluée entre 2,1 et 2,3 milliards de dollars américains (entre 2,8 et 3 milliards de dollars canadiens), seront convertis en actions d’Alstom. Cette somme reflète un rendement de 15 % que la division Transport devait générer pour le placement initial de la Caisse, une somme de 1,5 milliard de dollars américains investie en 2015 quand Bombardier était à court de moyens.

 
1000
C’est le nombre d’employés  de la division Transport au Québec. De ce nombre, 400 œuvrent à l’usine de La Pocatière.

La Caisse a profité de l’occasion pour investir 700 millions d’euros de plus (environ 1 milliard de dollars canadiens) dans Alstom. Résultat : son bloc de 18 % lui donne le droit de nommer deux personnes à son conseil d’administration en plus d’un observateur.

Bombardier Transport compte environ 1000 employés au Québec, dont près de 400 à La Pocatière. Alstom s’est engagée à faire de Montréal le siège des activités pour les Amériques — il supervisera 13 000 employés — et à mettre sur pied un « centre d’excellence pour la conception et l’ingénierie, ainsi que pour les activités de R & D de haute technologie ». Selon la Caisse, le fabricant français prévoit une « expansion » des activités de l’usine de La Pocatière et de sa propre usine, à Sorel-Tracy.

La transaction, soumise à l’examen des autorités, devrait être conclue dans la première moitié de 2021.

36 000
C’est le nombre de personnes que la division Transport de Bombardier emploie dans le monde.

La division Transport compte 36 000 employés dans le monde, surtout en Europe, et a généré l’an dernier des revenus de 8,3 milliards de dollars américains. Son carnet de commandes atteint 36 milliards, mais certains contrats ont été marqués par des retards et des problèmes de qualité.

La Pocatière

« Il est certain que j’aurais souhaité que les choses se passent autrement pour Bombardier, parce que cette entreprise a occupé et continuera d’occuper une place importante dans l’économie du Québec », a affirmé le premier ministre, François Legault. « Mais avec la Caisse comme premier actionnaire de la nouvelle Alstom, nous pouvons être rassurés : les intérêts du Québec seront toujours à l’agenda de l’entreprise. »

Le bloc de 18 % « est significatif », a reconnu Michel Nadeau, directeur général de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées ou publiques. « Mais vous n’êtes pas décisionnels. » Il ne faut pas oublier qu’Alstom a des sites de production aux États-Unis, notamment une usine de 160 ans dans l’État de New York, a-t-il rappelé.

À la CSN, on estime que la transaction dissipe l’incertitude découlant de la situation financière chez Bombardier, mais on invite Alstom à préciser sans tarder sa vision pour La Pocatière. Pour la centrale, l’usine doit jouer un rôle dans les projets de tramways qui sont à l’étude. Le Parti québécois et Québec solidaire ont tous deux insisté sur la protection des emplois.

 
18 %
C’est part d’actions d’Alstom que la Caisse de dépôt et placement détiendra.

« Nous avons démontré à plusieurs reprises que les employés de La Pocatière sont capables de relever de grands défis », a indiqué Claude Michaud, président du syndical local affilié à la centrale. « Nous avons l’expertise, la technologie et les infrastructures pour mener à bien les importants projets de transport collectif dont le Québec a grandement besoin. »

Il s’agit pour Bombardier d’une deuxième transaction en deux semaines, après avoir cédé sa participation résiduelle dans le programme A220 au constructeur Airbus et au gouvernement du Québec. Avec les transactions conclues ou en voie de l’être, Bombardier détiendra une encaisse de 6,7 à 7 milliards de dollars, selon la compagnie.

Quant à la division des avions d’affaires, la seule qui restera au terme des transactions, elle détient un carnet de commandes de 14,4 milliards de dollars et compte 18 000 employés.