Le coronavirus grippe la croissance mondiale

À Wuhan, épicentre de l’épidémie, le constructeur automobile Toyota a pris la décision de prolonger d’une semaine le congé du Nouvel An chinois en raison du virus.
Photo: Noël Celis Agence France-Presse À Wuhan, épicentre de l’épidémie, le constructeur automobile Toyota a pris la décision de prolonger d’une semaine le congé du Nouvel An chinois en raison du virus.

Les scénarios dominants s’en tiennent, pour l’heure, à un impact du coronavirus ressenti sur l’économie mondiale mais de courte durée, le temps d’un trimestre ou deux. On mesure toutefois moins l’effet de contagion venant d’une Chine très imbriquée dans les chaînes d’approvisionnement.

Multipliant les séances en dents de scie depuis l’éclosion de l’épidémie, Wall Street a brisé ce rythme mardi avec un gain de 1,5 % de son indice de référence, le S & P 500, qui s’ajoutait au rebond de 0,7 % lundi. Les investisseurs boursiers misent sur un effet de courte durée et continuent d’apprécier le soutien offert par la banque centrale de Chine afin de rassurer les marchés. Des statistiques économiques favorables et la bonne tenue des résultats financiers des entreprises ont ajouté à l’ambiance favorable. Dans l’espoir de rassurer les marchés, la Banque centrale chinoise a notamment injecté plus de 220 milliards $US de liquidités ces deux derniers jours. Et l’on retient que Pékin se montre en contrôle et qu’il continue de prendre des mesures très strictes de confinement afin de tenter de limiter la propagation du virus.

Ce qui n’empêche pas une révision à la baisse des cibles pour une économie mondiale déjà fragilisée par les tensions commerciales. Le président de la Banque mondiale, David Malpass, a prévenu que la projection va être abaissée au moins pour la première moitié de 2020, sous le double effet de l’impact de l’épidémie à la fois sur l’activité économique en Chine et sur les chaînes d’approvisionnement. Selon les perspectives de l’institution publiées en janvier, la croissance mondiale devrait s’établir à 2,5 % cette année — à peine plus que le niveau le plus bas depuis la crise, enregistré l’an dernier — soit en légère hausse par rapport aux 2,4 % de 2019, à la faveur de la reprise progressive des échanges commerciaux et des investissements.

« On peut penser que la Chine pourrait perdre un point sur son PIB cette année et cela enlèverait mécaniquement 0,4 point au PIB mondial », a soutenu l’économiste en chef de la Société générale, Michala Marcussen, qui a toutefois qualifié ce scénario de bénin. La progression du PIB chinois était attendue sous la barre des 6 % en 2020. Chez Oxford Economics, la croissance chinoise anticipée en 2020 est ramenée de 6 à 5,4 %.

L’ex-présidente de la Réserve fédérale américaine, Janet Yellen, a évoqué mardi « un effet important » au cours des premiers mois, pour ensuite minimiser l’impact. « La Chine représente une part importante de l’économie mondiale, ce qui devrait avoir un effet de contagion », la Chine étant aujourd’hui particulièrement intégrée dans les chaînes d’approvisionnement internationales. Cela dit, les épisodes passés de pandémie ont montré qu’à long terme, « il semble y avoir un effet relativement petit ».

Pas comme le SRAS

Sauf que le passé ne peut être garant de l’avenir. « Le problème, c’est que la Chine a changé de taille », a dit Julien Manceaux, économiste chez ING. En 2003, lorsqu’elle était frappée du SRAS, « elle représentait 4 % du PIB mondial contre 16 % aujourd’hui ». De plus, en 2003, la Chine jouait le rôle d’atelier du monde, fabriquant des produits de consommation bas de gamme. Aujourd’hui, son secteur manufacturier est très présent dans les produits plus sophistiqués et à valeur ajoutée.

Et si le tourisme apparaît la première victime économique, « Wuhan, épicentre de l’épidémie, est le fief du secteur automobile chinois », rappelle Julien Manceaux. « Le simple fait que les usines restent longtemps à l’arrêt aura nécessairement des conséquences sur la production. » Le sud-coréen Hyundai, pour sa part, a annoncé mardi qu’il va interrompre cette semaine toute sa production dans le pays, en raison d’un manque de pièces lié au nouveau coronavirus. De son côté, Toyota a pris la décision de prolonger d’une semaine le congé du Nouvel An chinois.

L’effet de contagion pourrait se répandre aux pays maintenant des liens économiques très étroits avec la Chine, comme Taiwan, la Corée du Sud, les Pays-Bas, la Hongrie et l’Indonésie, a énuméré l’assureur Allianz. Pour ensuite menacer les pays producteurs de matières premières comme le Chili et l’Australie, ajoute-t-on chez Capital Economics. ING rappelle pour sa part que « la Chine est le pivot du marché mondial des matières premières ». « Plus les usines resteront fermées, plus les mesures de restriction sur les voyages seront maintenues et plus le secteur de la construction sera en panne, plus les conséquences sur la demande de matières premières seront grandes », a dit ING.

Avec, pour première conséquence, que le coronavirus « va retarder les achats massifs de produits américains prévus par la Chine dans le cadre de l’accord commercial préliminaire signé le 15 janvier entre les deux pays », a prévenu mardi le conseiller économique de la Maison-Blanche, Larry Kudlow. Néanmoins, Washington table sur « un impact minimal » sur son économie. « La totalité du monde n’est pas dans la région de Wuhan. »

Avec l’Agence France-Presse