Les entreprises canadiennes s’endettent rapidement

Le fardeau de la dette des entreprises non financières a crû plus vite au Canada depuis 2011 que dans n’importe quel autre pays développé, ont observé les économistes de la Banque TD.
Photo: Savas Keskiner Getty Images Le fardeau de la dette des entreprises non financières a crû plus vite au Canada depuis 2011 que dans n’importe quel autre pays développé, ont observé les économistes de la Banque TD.

Il n’y a pas que les ménages qui sont de plus en plus endettés au Canada. Il y a aussi les entreprises, dont l’endettement est l’un des plus rapides des pays développés et qui ajoute ainsi une « couche de vulnérabilité » en cas de récession.

Le fardeau de la dette des entreprises non financières a crû plus vite au Canada depuis 2011 que dans n’importe quel autre pays développé, ont observé les économistes de la Banque TD, Brett Saldarelli et James Orlando, dans une brève analyse publiée lundi. Équivalents, désormais, à presque 60 % de leurs revenus, leurs paiements d’intérêt et frais d’amortissement sont les plus élevés, à l’exception de la France, et ce, « alors même que les profits ont augmenté et que les taux d’intérêt ont diminué ».

Au total, cette dette des compagnies équivaut à presque 119 % du produit intérieur brut (PIB) du Canada, une proportion que seules la Chine (155 %) et la France (154 %) dépassent parmi les pays du G20.

Mauvaise dette

Le phénomène n’avait pas échappé à la Banque du Canada lorsqu’elle a dressé, en juin, le portait des principales vulnérabilités financières qui pèsent sur le pays, dans sa Revue du système financier. Comme la Banque TD, lundi, la banque centrale constatait d’abord qu’il est surtout le fait de certains secteurs, notamment celui du pétrole et gaz, des mines et de la fabrication, aux prises, à la fois, avec une chute de leurs revenus et des conditions plus difficiles d’emprunt.

Confrontées au Canada, comme dans le reste du monde, à des institutions bancaires forcées, depuis la crise financière, de maintenir des niveaux de liquidité et de risques plus prudents, de plus en plus d’entreprises se tournent vers des prêteurs non bancaires prêts à offrir du financement plus spéculatif. Plus chers et souvent plus opaques, ces prêts et autres obligations peuvent être regroupés et être revendus par la suite à des investisseurs sous forme de titres garantis par des prêts, un peu comme on le faisait avant la crise des subprimes en 2007-2008.

Le total de la dette obligataire émise par des institutions non bancaires a ainsi doublé en dix ans au Canada, passant de 270 milliards à 580 milliards, mais a triplé dans le pétrole et gaz, les mines et la fabrication.

Comme le marché canadien est souvent trop petit pour offrir ce type de financement, les entreprises canadiennes qui y ont recours le trouvent à l’étranger, notamment aux États-Unis, ce qui explique que la part des obligations émises en dollars américains par des entreprises canadiennes et exposées aux variations des taux de change est aussi passée de 40 % à 60 %.

Solides malgré tout

La Banque du Canada continue néanmoins de considérer l’endettement des ménages et les poussées de fièvre du marché du logement comme les principales fragilités financières au pays, notamment si une récession devait survenir. Aux dernières nouvelles, l’endettement des ménages canadiens avait remonté à une moyenne de 175,9 % de leur revenu disponible. Cela contribue à porter la proportion de leurs revenus consacrée au paiement des intérêts et au remboursement de leurs dettes à presque 15 %.

De l’entreprise canadienne moyenne, la Banque du Canada disait, en juin, qu’elle dispose de suffisamment d’actifs et de liquidités « pour faire face à une montée rapide des taux d’intérêt ou à un recul prononcé de ses recettes ».

Brett Saldarelli et James Orlando n’en disconviennent pas, mais, « s’il fallait que le contexte économique se détériore, le niveau d’endettement des entreprises agirait comme un amplificateur et aggraverait la sévérité de la récession », écrivent les deux économistes de la Banque TD dans leur analyse. « Cela ne fait qu’ajouter une couche de vulnérabilité à une économie canadienne déjà serrée financièrement. »