L’Union européenne espère donner tort au Royaume-Uni

Plusieurs à Bruxelles, comme dans les autres capitales européennes, en ont soupé du psychodrame du Brexit et de toute l’attention qu’il a accaparée depuis 2016.
Photo: Daniel Roland Agence France-Presse Plusieurs à Bruxelles, comme dans les autres capitales européennes, en ont soupé du psychodrame du Brexit et de toute l’attention qu’il a accaparée depuis 2016.

Le Brexit aura été un révélateur de nombreux défis auxquels fait face l’Europe, comme le reste du monde. La suite des choses montrera si les Européens sauront mieux les relever ensemble que les Britanniques seuls.

On n’a pas encore fini de parler du Brexit. L’approbation par le Parlement européen mercredi de l’entente de divorce entre le Royaume-Uni et l’Union européenne négociée pendant 3 ans et demi, et sa ratification par les États membres de l’UE jeudi étaient les dernières étapes dont avait encore besoin Boris Johnson pour consacrer officiellement leur rupture ce vendredi. Commencera immédiatement ensuite un hallucinant sprint de négociations censé accoucher, avant la fin de l’année, d’un traité qui fixera les règles de leurs futures relations.

Alors que plusieurs experts ne voient pas comment une tâche d’une telle ampleur et d’une telle complexité pourra être bouclée dans les temps de manière adéquate, d’autres n’arrivent toujours pas à lâcher prise et continuent de répéter que le Royaume-Uni se trompe lourdement en pensant que sa soi-disant libération de l’emprise européenne lui permettra de mieux relever ses défis pressants en matière notamment d’environnement, de productivité, d’inégalités régionales, d’infrastructures, d’éducation et de finances publiques. « Le Brexit éliminera bien des excuses, mais ne résoudra aucun de ces problèmes », a asséné mardi le commentateur économique principal du Financial Times, Martin Wolf.

De 28 à 27 pays membres

De l’autre côté de la Manche, on n’avait pas à chercher bien loin derrière les derniers au revoir émus pour trouver des soupirs de soulagement et des « bon débarras ». C’est que plusieurs à Bruxelles, comme dans les autres capitales européennes, en ont soupé du psychodrame du Brexit et de toute l’attention qu’il a accaparée depuis 2016. Mais aussi parce que les Britanniques passaient souvent pour des empêcheurs de danser en rond, particulièrement aux yeux de ceux (Français, Allemands, Belges…) qui aspirent à une intégration politique et économique européenne plus forte.

Il est vrai que la France et l’Allemagne devraient y gagner de l’influence et que, comme le Royaume-Uni était dans l’UE, mais en dehors de la zone euro, son départ y augmentera aussi automatiquement le poids relatif des pays ayant la même monnaie et la même banque centrale. Les pays membres de la zone euro passeront ainsi de l’équivalent de 72 % du produit intérieur brut (PIB) de l’UE à 85 %.

Mais le départ du Royaume-Uni enlève aussi à l’Union européenne un représentant au G7 et au Conseil de sécurité de l’ONU au moment même où les géants américain et chinois tendent de plus en plus à occuper toute la place sur la scène internationale. Bien que l’UE demeurera le plus grand marché unique au monde, sa population fondera aussi de 66 millions de personnes pour s’établir désormais à 446 millions d’habitants.

L’UE perd aussi, avec le Royaume-Uni, un contributeur net à son budget annuel d’un peu plus de 1100 milliards. En pleine élaboration de son prochain exercice budgétaire, elle devra ainsi composer avec un manque à gagner de 84 milliards sur sept ans, rapportait l’Agence France-Presse jeudi.

Unique et bancale

Ces tractations budgétaires coïncideront avec l’examen et l’éventuel lancement de l’ambitieux Pacte vert de la nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Ayant pour objectif de faire de l’Europe « le premier continent climatiquement neutre » d’ici 2050, ce plan propose une longue liste de mesures visant à mettre en place au cours des prochaines années en matière de climat, d’énergie, de développement économique, d’emploi, de commerce, d’agriculture et de biodiversité. Il s’agit, bien sûr, de la lutte contre les bouleversements climatiques, mais aussi de s’attaquer aux problèmes de productivité, d’inégalités, d’infrastructures et de montée des tensions sociales auxquels sera confronté le Royaume-Uni après le Brexit, comme le reste du monde d’ailleurs.

Comme plusieurs de ces enjeux dépassent les frontières nationales et commandent une forme ou l’autre de coopération entre les gouvernements, l’Union européenne pourrait être mieux placée que les autres pour réussir. Mais rien n’est moins sûr.

« Construite sur le pragmatisme économique, l’UE n’a pas entraîné la fin de l’État nation », observait dans Le Monde, jeudi, l’historien britannique Ian Kershaw. « L’Europe reste cet objet unique, bancal, qui repose sur les États nations tout en cherchant à les chapeauter par une structure commune et un certain degré de supranationalité. » On verra si l’avenir lui donnera raison.