Le processus de ratification de l’ACEUM est lancé à Ottawa

Donald Trump a signé le nouvel accord de libre-échange entre les États-Unis, le Mexique et le Canada, mercredi, lors d’une cérémonie officielle sur la pelouse de la Maison-Blanche à laquelle seuls des élus du Parti républicain avaient été invités.
Photo: Drew Angerer Agence France-Presse Donald Trump a signé le nouvel accord de libre-échange entre les États-Unis, le Mexique et le Canada, mercredi, lors d’une cérémonie officielle sur la pelouse de la Maison-Blanche à laquelle seuls des élus du Parti républicain avaient été invités.

Le nouvel accord de libre-échange avec les États-Unis et le Mexique a passé sa première étape parlementaire mercredi : presque tous les partis d’opposition ont choisi de l’appuyer, ne serait-ce que pour en permettre le débat. Seul le Bloc québécois s’y est refusé, peu rassuré qu’il est par la volonté réelle du gouvernement Trudeau de chercher à obtenir de meilleures protections pour l’industrie de l’aluminium.

Le premier vote à la Chambre des communes autorisant le dépôt du projet de loi de mise en oeuvre de l’ACEUM s’est soldé par 290 voix pour et 28 voix contre. Libéraux, conservateurs, néodémocrates, verts et l’indépendante Jody Wilson-Raybould ont donné un premier feu vert à l’ACEUM. « On veut avoir des débats », a expliqué le député conservateur Richard Martel. « Il y a beaucoup à étudier dans cette entente et nous voulons avoir l’occasion de faire cette étude », a renchéri le néodémocrate Daniel Blaikie.

Le Bloc québécois n’est pas aussi conciliant. Il s’inquiète toujours du fait que l’accord conclu avec les États-Unis et le Mexique n’accorde pas à l’aluminium les mêmes protections que celles accordées à l’acier. L’accord exige désormais que 70 % de l’acier et de l’aluminium utilisés dans la fabrication des automobiles soient de provenance nord-américaine. Pour l’acier, l’accord précise qu’il doit être coulé et fondu ici pour être considéré comme nord-américain, précision qui n’a pas été faite pour l’aluminium. Le Bloc, comme d’ailleurs les syndicats des travailleurs, craint que le Mexique n’importe en masse de l’aluminium chinois et ne le transforme légèrement pour le faire devenir nord-américain.

« À l’heure où on se parle, il n’y a pas de changement encore, alors on garde la même ligne », a lancé Alexis Brunelle-Duceppe pour expliquer le vote négatif de ses collègues.

Impact économique

Une nouvelle étude rendue publique mercredi donne un aperçu de l’impact économique que pourrait avoir l’ACEUM si les pires prédictions se matérialisaient. On y lit qu’il existe sur les tables à dessin de l’industrie six projets d’agrandissement d’usine — ou sept en comptant le deuxième volet de l’un d’entre eux. Ces projets feraient passer la production québécoise annuelle d’aluminium d’environ 2,8 millions de tonnes à 3,6 millions (+30 %). L’étude pose l’hypothèse qu’aucun ne verrait le jour si l’ACEUM va de l’avant. Ce sont alors des investissements de 6,24 milliards de dollars qui seraient perdus, et près de 3000 emplois qui ne seraient pas créés au Saguenay–Lac-Saint-Jean et sur la Côte-Nord.

Mais peut-on vraiment présumer que tous ces projets avorteront ? L’auteur de l’étude, Roger Boivin, explique que deux des sept projets avaient été annoncés en juin. « Alcan-Rio Tinto est breffé sur les conséquences de l’accord et oups ! Ils suspendent les projets en octobre. » Trois autres qui en sont les prolongements sont tout aussi compromis, continue-t-il. Il n’en demeure donc que deux.

Patrick Bérubé, le directeur général de l’organisme de développement économique Promotion Saguenay, déplore que le gouvernement canadien soutienne qu’aucune concession n’a été accordée dans l’ACEUM par rapport à ce qui existait dans le précédent ALENA. Il y a 20 ans, explique-t-il, la Chine n’était pas un producteur important d’aluminium. « Le marché a changé beaucoup et on n’a pas l’impression que cette nouvelle entente prend en compte la nouvelle réalité. »

Rencontre avec Freeland

Une importante délégation du Saguenay–Lac-Saint-Jean s’était déplacée à Ottawa mercredi pour assister au vote. Les maires de Saguenay et d’Alma, ainsi que des représentants syndicaux ont longuement rencontré la vice-première ministre Chrystia Freeland, responsable de l’accord. Ils en sont ressortis avec un niveau variable de satisfaction.

« Je pense que le gouvernement a bien compris les enjeux », a lancé le maire d’Alma, Marc Asselin, qui s’est dit « rassuré » par sa rencontre.

Le président du Syndicat des travailleurs de l’aluminium d’Alma, Sylvain Maltais, s’est montré plus pessimiste. « Pour le moment, ce qui est triste, c’est qu’on n’a pas de garanties et on n’est pas capable d’avoir d’engagements de la part du gouvernement. […] Oui, ils nous ont dit qu’il y a une certaine ouverture, mais les engagements fermes, je ne les ai pas. Alors je demeure inquiet. »

De fait, le lieutenant québécois Pablo Rodriguez, qui assistait lui aussi à la rencontre, a confirmé qu’aucune garantie n’avait été donnée. « Avant de pouvoir parler de quoi que ce soit d’autre et d’aller plus loin, il faut que cet accord-là soit ratifié », a-t-il expliqué aux journalistes.

Pendant ce temps à Washington

Le Canada est désormais le seul des trois pays signataires de l’ACEUM à ne pas l’avoir encore ratifié. Deux semaines après que l’entente a eu le feu vert du Congrès américain, Donald Trump y a apposé à son tour sa griffe, mercredi, lors d’une cérémonie officielle sur la pelouse de la Maison-Blanche à laquelle seuls des élus du Parti républicain avaient été invités.

« Nous avons mis là-dedans tout notre coeur — c’est probablement la raison numéro un pour laquelle j’ai décidé de mener cette vie folle, par opposition à cette belle et simple vie de luxe que je menais avant, a dit le président américain en riant. J’adore faire ce que je fais, et la raison pour laquelle j’adore ça, c’est que personne en trois ans n’a fait autant, comme nous tous — personne. »

L’ACEUM n’entrera en vigueur que trois mois après que les trois pays l’auront ratifié.

Avec La Presse canadienne