Le Canada offre plus de chance de vivre le rêve américain que son voisin

Au 15e rang, derrière notamment l’Allemagne (11e) et la France (12e), le Canada est le premier pays qui ne soit pas d’Europe et devance de justesse le Japon (16e) dans ce palmarès.
Photo: Jacques Grenier Archives Le Devoir Au 15e rang, derrière notamment l’Allemagne (11e) et la France (12e), le Canada est le premier pays qui ne soit pas d’Europe et devance de justesse le Japon (16e) dans ce palmarès.

Le Canada se classe en milieu de peloton des pays riches en matière de mobilité sociale, selon un nouveau classement international. Cela reste mieux que son voisin où, ironiquement, la réalisation du prétendu rêve américain se révèle la plus improbable.

Dans quel pays un enfant pauvre a-t-il les meilleures chances de gravir l’échelle sociale, ou de faire le chemin inverse s’il est issu, au contraire, d’un milieu socio-économique privilégié ?

Le Forum économique mondial (FEM) de Davos a créé un nouvel outil de mesure de ce degré de mobilité sociale basé sur une cinquantaine d’indicateurs couvrant les principaux facteurs déterminants, comme l’éducation, la santé, les conditions de travail, le filet social, le fonctionnement des institutions et même l’accès aux technologies.

Comme cela se produit souvent dans ce genre d’exercice, ce premier classement de 82 pays en fonction du nouvel « indice mondial de mobilité sociale » du FEM accorde les six premières places à des pays d’Europe du Nord, à commencer par le Danemark au premier rang, suivi par la Norvège, la Finlande et la Suède.

Au 15e rang, derrière notamment l’Allemagne (11e) et la France (12e), le Canada est le premier pays qui ne soit pas d’Europe et devance de justesse le Japon (16e) dans ce palmarès dont les premières places sont largement accaparées par le club des économies riches de l’Organisation de coopération et de développement économiques, qui comptent un peu plus d’une trentaine de pays membres.

Aimant se décrire comme une société où tout est possible à force de travail et de détermination, les États-Unis ne parviennent pas à faire mieux que le 27e rang. La Russie (39e), la Chine (45e), le Mexique (58e), le Brésil (60e) et l’Inde (76e) suivent plus loin derrière dans cette marche que ferment trois pays d’Afrique subsaharienne.

Qui plus est, les pays qui présentent une meilleure mobilité sociale tendent aussi à être moins inégalitaires.

Une autre forme de capitalisme

Le succès des pays nordiques tient notamment au fait qu’ils ont opté pour un capitalisme qui n’a pas seulement à coeur les intérêts des actionnaires des compagnies, mais ceux aussi de leurs employés, de leurs clients, de leurs partenaires d’affaires ainsi que de l’ensemble de la communauté, dit le rapport du FEM. Un capitalisme qui s’accompagne entre autres de « systèmes éducatifs de haute qualité et équitables, de filets de sécurité sociale solides et des institutions inclusives, ainsi que des possibilités d’emploi et de bonnes conditions de travail ».

Le Canada fait particulièrement bien les choses en matière de services de santé, d’accès aux technologies ainsi que de qualité et d’équité en éducation, estime le rapport. Il ferait mieux, par contre, s’il comptait, par exemple, moins de travailleurs à faible revenu et si le taux de chômage des travailleurs les moins qualifiés n’était pas si élevé.

Aux États-Unis, les faibles taux de chômage et le bon accès aux technologies ne suffisent pas pour compenser, notamment, la faiblesse des salaires des travailleurs les plus modestes, la pauvreté du filet social et les lacunes des services de santé.

Dans ce contexte, il vous faudra, en moyenne, au moins deux générations pour accéder au revenu médian si vous êtes né dans une famille pauvre au Danemark, alors qu’il vous en faudra trois en Suède, quatre au Canada, cinq aux États-Unis, sept en Chine et neuf en Afrique du Sud.

Des milliards perdus

Ces barrières à la mobilité sociale infligent aussi un coût économique car elles nuisent à la meilleure utilisation possible de la main-d’oeuvre disponible, poursuivent les auteurs du rapport. Ainsi, si le Canada parvenait à ravir au Danemark le premier rang du classement, son économie serait plus riche d’un peu moins de 8 milliards par an. Quant aux États-Unis, il leur suffirait de se hisser au 10e rang pour s’enrichir de 86 milliards par année.

Dans une étude sur le même sujet, mais employant une autre méthodologie, l’Institut du Québec estimait, au mois d’avril, que la mobilité sociale est sensiblement la même au Québec que dans l’ensemble du Canada.