Analyse: une entente bienvenue

Le président des États-Unis, Donald Trump, et le vice-président chinois, Liu He, ont signé l'accord commercial mercredi.
Photo: Steve Helber Associated Press Le président des États-Unis, Donald Trump, et le vice-président chinois, Liu He, ont signé l'accord commercial mercredi.

Cette trêve — certains concluront à une trêve de façade — dans ce conflit commercial vieux de près de deux ans est la bienvenue. Un accord partiel, de phase I, est signé entre les deux plus grandes puissances économiques, suspendant une dynamique d’escalade et de surenchères tarifaires plutôt coûteuse pour les deux protagonistes et contre-productive pour l’économie mondiale.

Car l’accord partiel signé entre la Chine et les États-Unis n’aborde en rien les divergences de fond entre les deux belligérants. Surtout, il maintient les tarifs punitifs américains sur 65 % des importations chinoises et les tarifs de représailles chinois sur 57 % des importations américaines, selon les données du Peterson Institute of International Economics. Tout au plus vient-il cristalliser la rhétorique de sanctions sous-jacente à l’approche du gouvernement Trump en matière de politique commerciale priorisant les accords commerciaux bilatéraux.

À Washington, on se réjouit notamment de l’engagement de la Chine à acheter pour 200 milliards de dollars de produits américains supplémentaires au cours des deux prochaines années, sans égard à la capacité des producteurs américains d’y répondre et au profil réel des importations chinoises. Mais un Donald Trump voyant dans un déficit commercial un signe de grande faiblesse économique ne peut que s’en féliciter.

Cette trêve, tributaire du respect des engagements, devrait réduire de moitié, à 0,1 point de pourcentage, l’impact prévu pour 2020 des sanctions douanières sur la croissance réelle du PIB américain, selon les calculs de la firme de recherche Oxford Economics. Pour 2019, l’impact estimé sur la croissance réelle américaine est d’environ 0,3 point, et celui sur le PIB chinois, de 0,8 point. Avec un PIB (nominal) respectif de 20 500 milliards $US et de 13 400 milliards $US, les dommages causés par cette guerre commerciale se veulent sensibles. S’ajoutent l’aide totalisant 28 milliards consentie aux agriculteurs touchés par la guerre commerciale et le coût direct de plus de 40 milliards absorbé par les entreprises américaines après les 18 premiers mois de conflit.

Pour autant, l’excédent commercial de la Chine avec les États-Unis est certes passé de 323 milliards à 296 milliards entre 2018 et 2019, mais pour se maintenir au-dessus des 268 milliards comptabilisés en 2017, avant le déclenchement des hostilités.

Quant aux retombées de la trêve, Oxford évalue qu’en près de deux ans d’affrontements, le flux commercial bilatéral entre les deux pays a été réduit de 150 milliards, ou de 15 %, l’essentiel ayant été redirigé vers d’autres pays. Il en ira ainsi de l’engagement chinois de l’accord, qui prendra la forme d’une diversion des échanges et non d’ajout au commerce.

Effet collatéral

Mais le gros de l’effet collatéral demeure. Il prend la forme d’une perte de pouvoir d’achat, pour les producteurs et les ménages, dans les pays utilisant l’arme des tarifs douaniers, d’un ralentissement économique, local et mondial, et d’une frilosité des investissements des entreprises. Des pans entiers de l’économie américaine — agriculteurs, manufacturiers, sidérurgistes… — ressentent pleinement l’effet des tensions sur les prix des matières premières et sur la perte de marché.

Des entreprises subissent par surcroît une désorganisation des chaînes d’approvisionnement et une augmentation des coûts. Le profit des entreprises américaines a chuté l’an dernier, après une année 2018 dominée par une réduction du taux d’imposition, plus de 40 % des entreprises inscrites en Bourse ayant évoqué l’impact des tarifs douaniers dans leurs rapports financiers. La croissance moyenne du bénéfice par action des entreprises composant l’indice MSCI États-Unis est évaluée à 1,1 % en 2019, contre 24,2 % en 2018, selon les données de la Banque Nationale.

À l’international, le FMI chiffrait en octobre entre 0,6 et 0,8 %, ou entre 500 et 700 milliards sur un an, l’amputation du PIB mondial selon l’ampleur des sanctions douanières. On constatait déjà un ralentissement mondial synchronisé, avec une croissance du commerce se maintenant autour du point mort. Pour leur part, les pays en voie de développement se voyaient repoussés vers la pauvreté, subissant une diminution des investissements étrangers dont ils ont tant besoin et subissant l’érosion des chaînes de valeur.

Le gros de l’effet collatéral demeure.