La crise du 737 MAX a raison du patron de Boeing

<p>Le p.-d.g. démissionnaire de Boeing, Dennis Muilenburg, avait perdu son titre de président du conseil d'administration en octobre.</p>
Photo: Olivier Douliery Archives Agence France-Prese

Le p.-d.g. démissionnaire de Boeing, Dennis Muilenburg, avait perdu son titre de président du conseil d'administration en octobre.

L’enlisement de Boeing dans la crise du 737 MAX a eu raison de son directeur général. Suivant une série de « démissions » au sein du programme de cet avion vedette, Dennis Muilenburg quitte ses fonctions « afin de restaurer la confiance dans la Société », et de « réparer les liens avec le régulateur ».

Le conseil d’administration du manufacturier avait pourtant réitéré son appui à Dennis Muilenburg le 5 novembre dernier, une semaine après qu’il eut échoué au test du Congrès américain. Fin octobre, face aux questions des sénateurs puis des représentants de la Commission des transports et des infrastructures, le patron de Boeing venait de subir des auditions plutôt serrées qui ne lui ont pas permis de rétablir un lien de confiance envers l’avionneur et un de ses produits vedettes, le 737 MAX, cloué au sol depuis la mi-mars. Sur les ondes de CNBC le 5 novembre, le président du conseil d’administration, David Calhoun, affirmait que le conseil jugeait que M. Muilenburg « avait tout fait pour le mieux » et préparait la société de Chicago pour la remise en service de l’avion 737 MAX, après les deux écrasements qui ont coûté la vie à 346 personnes.

Lundi, dans un communiqué qualifié de sévère, la démission de Dennis Muilenburg était annoncée, avec effet immédiat. Le conseil estime qu’« un changement de direction est nécessaire pour restaurer la confiance dans la Société alors qu’elle poursuit ses efforts afin de réparer les liens avec les régulateurs, les clients et autres parties prenantes », peut-on lire.

Reprise des vols

Boeing venait de se résigner à annoncer la suspension temporaire de la production du 737 MAX en janvier. Après avoir multiplié les messages poussant une reprise des vols au quatrième trimestre, le patron de Boeing s’est fait dire par la Federal Aviation Administration (FAA) que l’organisme de réglementation prendrait son temps pour bien évaluer la sécurité de l’appareil une fois les modifications apportées, ce qui reportait à 2020 une éventuelle recertification. « Nous continuons à travailler avec d’autres régulateurs internationaux du contrôle aérien pour examiner les changements proposés à l’avion. Notre priorité numéro un est la sécurité et nous n’avons pas fixé d’échéance pour la fin de ce processus », a confirmé lundi la FAA, dans un communiqué.

Visiblement irritée par la stratégie de communication de Boeing, la FAA exhortait l’entreprise de Chicago à faire preuve de réalisme. L’Agence France-Presse mentionnait le 12 décembre une rencontre entre la FAA et Dennis Muilenburg suivie d’une lettre adressée au Congrès américain dans laquelle le régulateur manifestait son agacement et déplorait que le constructeur aéronautique veuille lui forcer la main.

Pressentie depuis, l’annonce du départ de M. Muilenburg a été saluée en Bourse lundi, où l’action Boeing gagnait 4 % peu après l’ouverture de Wall Street. Le gain a été de 2,9 % sur la séance. Elle accusait depuis mars une perte de plus de 20 %.

Série de départs

Cette « démission » n’est qu’une suite d’une série de départs liés à ce qui est devenu la pire crise de l’histoire de l’avionneur. Boeing avait annoncé le 22 octobre le limogeage du responsable de sa division d’aviation commerciale. Auparavant en juillet, le responsable du programme 737 décidait de prendre sa retraite. C’est au tour de Dennis Muilenburg, qui avait perdu en octobre son titre de président du conseil au profit de David Calhoun, alors un administrateur indépendant. M. Calhoun prendra le relais à titre de président et chef de la direction le 13 janvier. L’intérim sera assumé par le directeur financier de Boeing.

« Je crois fortement au futur de Boeing et de son 737 MAX », déclare David Calhoun dans le communiqué de Boeing. Pour l’heure, le flou total persiste autour des correctifs apportés aux dysfonctionnements et de l’hypothétique reprise des vols. Dans l’attente, les transporteurs clients du 737 MAX multiplient les modifications d’horaires face à la non-livraison des appareils commandés et multiplient les reports de remise en service des appareils déjà dans leur flotte. L’un d’entre eux, United Airlines, a annoncé vendredi le retrait de l’appareil de son horaire jusqu’en juin.

Les transporteurs s’emploient également à mesurer l’ampleur des pertes économiques subies par les quelque 350 appareils déjà en service cloués au sol et les 400 promis pour livraison. Boeing a déjà inscrit une provision de 5,6 milliards $US dans ses résultats du deuxième trimestre. Ceux du troisième trimestre ajoutaient 3,6 milliards à la facture, une somme liée à la hausse des coûts de production de l’appareil. Dans une analyse récente, JP Morgan estime que Boeing « brûle » environ 2 milliards par mois dans cette crise, une ponction mensuelle devant toucher le milliard même s’il y a arrêt de production.