Analyse: confusion à la Trump

Donald Trump s’inspire de la forte activité économique aux États-Unis, et de la multiplication des records à Wall Street, pour croire que l’économie américaine est immunisée.
Photo: Mandel Ngan Agence France-Presse Donald Trump s’inspire de la forte activité économique aux États-Unis, et de la multiplication des records à Wall Street, pour croire que l’économie américaine est immunisée.

Prompt à dégainer l’arme des tarifs douaniers punitifs, le président américain alimente confusion et incompréhension avec sa stratégie de négociations. Cette logique de guerre commerciale enfonce l’économie mondiale dans une stagnation plutôt asphyxiante alors que les défis qui se précisent sans cesse exigent un dynamisme concerté.

Il a été dit que le protectionnisme et la montée du populisme se voulaient une réplique au multilatéralisme fragilisant la souveraineté des États et à une mondialisation produisant son lot d’exclus et d’inégalités. Il en a résulté un vide non comblé et une absence de leadership politique retardant l’action face à d’autres enjeux encore plus structurels et systémiques, liés aux changements climatiques et à une numérisation de l’économie. Avec, à la clé, un oligopole du numérique renforçant son enracinement sous ces tensions géopolitiques.

Des tensions qui se généralisent et s’étendent sur plusieurs fronts. Des tensions alimentant la confusion qui a invité des analystes à se demander cette semaine pourquoi les marchés boursiers n’ignorent tout simplement pas cette rhétorique de Washington. Comme si ce jeu de sanctions et de représailles ne se mesurait pas déjà par une croissance économique mondiale s’enlisant dans la stagnation, selon la majorité des économistes, flirtant avec la récession, selon quelques-uns.

Je pense que la seule manière de comprendre tout ça est de reconnaître que le président Trump aime les tarifs douaniers. Il pense que ceux-ci sont de loin les armes les plus efficaces.

 

Donald Trump s’inspire de la forte activité économique aux États-Unis, et de la multiplication des records à Wall Street, pour croire que l’économie américaine est immunisée, que seule la Réserve fédérale a le pied sur le frein avec le maintien des taux d’intérêt à des niveaux jugés élevés soutenant un dollar fort. Il est vrai que l’économie chinoise paie le prix de cette guerre commerciale avec une progression de son PIB ramenée autour de 6 %. Mais côté américain, la hausse annuelle de 2,1 % mesurée au troisième trimestre demeure essentiellement une affaire de consommation des ménages, l’investissement des entreprises étant touché par l’incertitude alors que des pans entiers de l’économie — agriculteurs, manufacturiers, sidérurgistes… — subissent les effets collatéraux de ce face-à-face sino-américain.

Un influent sénateur républicain de l’Utah rappelait l’an dernier au gouvernement Trump qu’avec son isolationnisme commercial, « vous menacez les emplois américains et vous détruisez les marchés, à la fois étrangers et intérieur, des entreprises américaines, quels que soient leur taille et leur secteur ».

De nouvelles menaces

Or Washington ne cesse d’en rajouter, la confusion atteignant une intensité extrême cette semaine. Le Brésil et l’Argentine ont subi la menace de voir leurs exportations d’acier et d’aluminium vers les États-Unis subir l’imposition de droits de douane, le président américain les accusant d’avoir dévalué leurs monnaies. Comme si la crise économique que traversent ces pays ne suffisait pas à elle seule à plomber leur devise. Face à la Chine, après avoir multiplié les tweets annonçant un accord imminent dans ce conflit vieux de 18 mois maintenant, l’hôte de la Maison-Blanche a soulevé l’idée cette semaine « d’attendre après l’élection pour l’accord avec la Chine ». Encore ces dernières semaines, il se disait convaincu de conclure une entente rapidement avec la Chine, soulevant la possibilité d’un accord de phase I.

Dans le dossier de la taxe sur les revenus des multinationales, et malgré un accord avec la France de poursuivre les négociations qui se déroulent présentement au sein de l’OCDE, le gouvernement américain a déclaré considérer taxer à 100 % quelque 2,4 milliards de dollars de produits français en guise de riposte à la taxe française visant, notamment, les grands du numérique américain. Pour étendre la menace à l’Italie, à la Turquie, à l’Autriche, puis réexprimer mercredi son ouverture à une entente multilatérale. Etc.

M. Trump n’a pas tout faux et ses reproches ne sont pas toujours dénués de fondement. Mais quant à la façon de faire… « Je pense que la seule manière de comprendre tout ça est de reconnaître que le président Trump aime les tarifs douaniers. Il pense que ceux-ci sont de loin les armes les plus efficaces. Et il croit que les droits de douane sont dommageables aux concurrents, mais sont favorables à l’économie américaine », a résumé cette semaine Edward Alden, expert en politique commerciale au Council on Foreign Relations.

Pendant ce temps…